Salon du livre de Paris : petite mise au point
Salon du livre de Paris : petite mise au point
Suite à la désinformation des JT concernant l’ouverture du salon du livre à Paris
Outre que faire d’Israél l’invité d’honneur et célébrer la naissance de ce pays, alors que la barbarie est permanente dans les territoires occupés de Gaza et Cisjordanie, semble fort peu judicieux, ce qui a suscité dans un pays comme l’Italie qui sera confronté au même problème d’ici quelque semaine une mobilisation des intellectuels … il faut croire que la France n’en a plus, et vit sur une gloire passée et aujourd’hui défunte.
Ce n’est pas chez nous qu’a eu lieu la mobilisation médiatique pour soutenir le réalisateur Mohamed Bakri et casser la censure dont a été victime son reportage « Jenine, Jenine » en réussissant à le faire diffuser dans 40 villes en Italie dont Rome, Milan et Turin … non, ici on déroule le tapis rouge aux tortionnaires et suite à Khadafi et Poutine, à Shimon Perez.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire les JT, où les vilains arabes boycottent des Israéliens entiérement
ouverts au dialogue. Les positions chez les Israéliens et juifs qui militent pour les droits des palestiniens étaient partagée certains ont appelé au boycott, d’autres ont expliqué pourquoi ils participaient sans pour autant jeter l’anathème sur ceux qui boycottaient, chacun respectant les positions des autres. C’est comme ça chez les gens de bonne volonté, on n’a pas forcément la même perception des moyens à utiliser pour avancer, mais n’ayant pas de désaccord de fond, le dialogue ne s’interrompt pas pour autant.
Je mets donc ci-dessous les explictions d’Ilan Pappe qui invité n’est pas venu et a appelé au boycott, ainsi que celles d'Aharon Shabtai, la raison pour laquelle l’UJFP et la maison d’édition La Fabrique dirigée par Thierry Hazan ont finalement décidé de participer malgré tout, et également les explications de Tariq Ramadan et celles d'Omar Barghouti concernant l'appel au boycott la foire du livre de Turin.
Personnellement je suis favorable au boycott et trouvent juste les arguments de ceux qui le prônent, du moins ceux que je cite.
Et je rappelle que 2008 ce sont les 60 ans de la Naqba (*), « la catastrophe » pour les Palestiniens … et si les nazis ont perdus la guerre, il semble que la barbarie humaine, elle, l’ait gagnée … du moins pour l’instant …
(*) plusieurs textes sur ce qu'ont vécu les palestiniens en 1948 La Naqba sur le site Al-Oufok
Ilan Pappe boycotte le Salon du Livre et appelle à le boycotter (English text below) 3-03-2008
Le Monde Diplomatique, dans sa dernière édition, a annoncé à tort la participation d’Ilan Pappe au prochain salon du Livre à Paris, qui a choisi Israël comme invité d’honneur pour célébrer ses 60 ans d’existence. Ci-dessous la lettre de l’historien israélien, qui a récemment émigré en Angleterre.
Ci dessous la lettre envoyée par Ilan Pappe aux editions la Fabrique qui ont publié plusieurs de ses livres et qui l’invitaient à participer à ce salon.
Chers Amis,
Comme vous le savez sans doute, le Salon du Livre de Paris, cette année, est dédié au soixantième anniversaire d’Israël.
Je supposais, et j’espérais, que les manifestations organisées par l’édition « La Fabrique » ne s’intégreraient pas dans le cadre de ce Salon. J’avais tort, et j’ai été attristé d’apprendre qu’elles en font partie intégrante.
La décision d’associer le Salon du Livre, cette année, à la célébration des soixante années d’Indépendance d’Israël ont amené beaucoup d’écrivains et d’artistes progressistes, Palestiniens et plus généralement Arabes, à s’en retirer, et à boycotter cette manifestation. On est fondé à supposer que les agressions génocidaires récentes d’Israël contre la bande de Gaza ne pourront qu’amener beaucoup de leurs collègues à faire de même.
Dans de telles circonstances, je ne saurais, en ce qui me concerne, participer à ce Salon, ni de près, ni de loin. Je suggère que nous convenions ensemble d’une nouvelle date, en-dehors des journées de tenue du Salon du Livre, afin de ne pas être associés à sa célébration de l’indépendance d’Israël, ainsi qu’à son total déni de la Nakbah palestinienne.
Toutefois, je comprendrais que l’édition « La Fabrique » et d’autres participants ne partagent pas cette position, auquel cas, je me retirerai – personnellement – de ces festivités.
Sincèrement, bien à vous
Ilan Pappe 2 Mars 2008
Oulala.net
ENTRETIEN AVEC AHARON SHABTAI
Israël, « invité d’honneur » aux salons du livre de Paris et de Turin, doit être boycotté
mardi 26 février 2008, par Sylvia Cattori
Alors qu’en Italie l’annonce de la venue d’écrivains israéliens à la « Fiera del libro » de Turin (*), où l’Etat d’Israël est invité d’honneur, a immédiatement suscité une vague de protestations, et que de nombreuses personnalités ont soutenu l’appel au boycott lancé par les syndicats d’écrivains palestiniens, jordaniens, et égyptiens, en France, curieusement, la même invitation au Salon du livre de Paris n’a pas fait grand-bruit. Parmi les 40 écrivains israéliens invités, seul le poète Aharon Shabtaï a refusé d’y participer. Il explique ici pourquoi il faut boycotter ces Salons -qu’il qualifie d’entreprise de propagande en faveur d’Israël- ainsi que tout événement culturel où l’Etat hébreux est célébré.
Silvia Cattori : En décembre 2007, ayant appris que votre nom figurait parmi les noms de quarante écrivains israéliens invités au Salon du Livre de Paris, dont Israël sera le « pays hôte d’honneur », vous avez déclaré qu’il est impossible de participer à un événement culturel où Israël, qui "commet des crimes contre des civils quotidiennement", est, lui aussi, invité [1]. Apparemment, trente-neuf écrivains israéliens ne considèrent pas leur participation comme problématique ?
Aharon Shabtai [2] : Ce salon sera inauguré par le président français, Nicolas Sarkozy, ainsi que par le président israélien, Shimon Peres. Dans ces conditions, aller au Salon du Livre de Paris en tant qu’écrivain, figurant dans la délégation officielle israélienne, cela signifie que vous vous drapez dans les couleurs du drapeau israélien. Tous les jours, Israël perpètre des crimes de guerre, et il inflige des punitions collectives aux Palestiniens. Il n’y a aucune raison de célébrer quoi que ce soit. Israël viole toutes les lois internationales. Pas seulement la Convention de Genève. La Cour Internationale de Justice de La Haye a condamné la muraille illégale qu’Israël a érigée sur le territoire palestinien confisqué.
Ce salon du livre, ainsi d’ailleurs que toute autre sorte de manifestation où l’Etat d’Israël est invité, n’est pas un moyen de promouvoir la paix au Moyen-Orient, ni un moyen d’apporter la justice aux Palestiniens. Il s’agit uniquement de propagande, visant à donner à Israël une image de pays libéral et démocratique.
Un Etat qui perpétue une occupation militaire et commet, quotidiennement, des crimes à l’encontre de civils, ne mérite pas d’être invité à une manifestation culturelle quelle qu’en soit la nature. Nous ne saurions accepter d’être considéré comme faisant partie de cet Israël là, qui n’est pas un pays démocratique, mais bien un pays d’apartheid. Nous ne saurions soutenir cet Etat, en quoi que ce soit.
Silvia Cattori : Donc, en invitant l’Etat d’Israël à célébrer ses soixante années d’existence, la France et les organisateurs de ce Salon sont en train, à votre avis, de faire une énorme erreur ?
Aharon Shabtai : Cela n’est pas une erreur ! C’est une politique ! Je pense que, pour M. Sarkozy, c’est une façon de participer à l’occupation israélienne [3]. Il y a une collaboration entre les gouvernements européens et Israël. L’invitation d’Israël en fait partie. Sans l’aide des Etats-Unis, et désormais, sans l’aide de la France, Israël ne pourrait pas poursuivre une telle politique à l’encontre des Palestiniens. Cette aide donne à Israël le feu vert pour attaquer et tuer des Palestiniens, en particulier à Gaza. Il est très regrettable de constater que la France, l’Allemagne et les autres pays européens -qui ont un passé de persécution à l’encontre des juifs- participent, aujourd’hui, à la persécution, par Israël, des Palestiniens et des peuples arabes et musulmans. ( ... )
Le Salon du Livre a choisi de faire d'Israël son invité d'honneur pour les 60 ans de la naissance de cet Etat. Nous avons d'emblée dénoncé ce choix au moment où cet Etat viole systématiquement le droit international, nie les droits du peuple palestinien, multiplie les crimes de guerre. Mais cela ne nous paraissait pas suffisant.
Depuis des mois, l’UJFP travaille donc avec les Editions la Fabrique -auxquelles elle est associée par l'intermédiaire de sa revue « de l’autre côté » - à contrer cette opération sur le terrain du salon du Livre -qui appartient à tout le monde et non à Israël- en créant un pôle avec ceux pour qui ce sont les 60 ans de la Naqba qu'il faut rappeler, ceux pour qui c'est Israël qui doit être sanctionné et boycotté tant qu'il mène cette politique criminelle. Pour cela nous avons invité plusieurs auteurs connus pour leur travail et leur lutte, ceux qu'avec « La Fabrique » nous faisons connaître car ils combattent l'occupation. Les menaces, nous en avons déjà reçues, notre stand fait scandale en tant que tel. Des auteurs tels que Amira Hass, Michel Warschawski, Ilan Pappe, Eyal Weizman, Jamal Zahalka (député du front national démocratique en Israël et auteur d articles), Yael Lerer (directrice des éditions Andalous qui traduisent la littérature arabe en hébreu pour faire connaître la culture arabe) sont invités à prendre la parole dans différents débats à l'intérieur du salon sur notre stand, ou sur une aire de débat indépendante à l'extérieur du salon, à Sciences Po et Reid Hall .
La situation terrible faite à Gaza par les gouvernements israéliens successifs depuis plusieurs mois, plusieurs années, s'aggrave encore. On en est aujourd'hui à de véritables massacres de populations civiles. Que cela rende furieux et révèle cruellement notre impuissance est un fait que nous ne pouvons que partager. Que cela serve de prétexte à détruire un travail construit dans la plus grande transparence et lisibilité pour lutter contre la place d’honneur attribuée a Israël serait stupide et sans objet.
Aujourd'hui, Aaron Shabtai, invité de la délégation israélienne, refuse de mettre les pieds au salon du livre, c'est bien sûr tout a son honneur. Qu'Ilan Pappe, invité par Fayard pour la sortie de son dernier ouvrage, et par nous pour porter cette parole, préfère le boycott pur et simple, nous le comprenons. Que l’on exige de nous ou des écrivains que nous invitons qu’ils se retirent et ne fassent pas le travail politique que nous comptons faire ensemble serait pure réaction irrationnelle et contre productive. Cela ne servirait qu’à réjouir ceux qu’il s’agit de contrer. Quant à nous, partisans du boycott et de sanctions contre l'Etat israélien en raison de ses crimes, nous y serons et nous y ferons le travail que nous nous sommes promis d y faire : diffuser d'autres idées et d'autres points de vue sur Israël aux 200 000 visiteurs qui viendront comme chaque année parcourir les allées du salon.
Boycotter Israël, ce n'est pas boycotter les Israéliens qui en Israël même se battent contre les crimes de leur gouvernement et de leur armée. Quand nous avons boycotté l'Afrique du Sud, nous n'avons pas boycotté l'ANC ni les écrivains blancs anti apartheid.
Nous ne laisserons pas Israël occuper le salon du livre et prendre en otage les deux cent mille visiteurs du salon sans contradiction.
Info-palestine.net
Israël, le sens d’un boycott : il s’agit de ne pas nous taire !
Tariq Ramadan samedi 1er mars 2008
Israël invité d’honneur de la Foire du Livre de Turin (8 au 12 mars 2008) et du Salon du Livre de Paris (14 au 18 mars). N’ajoutons pas l’offense à l’indignité...
Depuis des semaines, les médias italiens se sont mobilisés autour de la question du boycott de la Foire du Livre de Turin qui célèbre Israël à l’occasion de son soixantième anniversaire. Nous avons tout entendu, des contre-vérités et des déclarations qui ont semé la confusion sur les termes du débat et les positions respectives. Je ne suis pas l’initiateur de cet Appel au Boycott et quand j’ai été appelé par un journaliste de l’Agence ATIC, j’ai effectivement soutenu cette action en affirmant que cette célébration était une provocation, que le silence de la communauté internationale vis-à-vis de la souffrance des Palestiniens était inacceptable et que l’on ne pouvait pas tout accepter de l’Etat d’Israël (je n’ai jamais dit : qu’ « on ne pouvait rien accepter de l’Etat d’Israël » : cette mauvaise traduction de la langue arabe est due à l’agence ATIC et qui l’a reconnue).
Le boycott ne signifie absolument pas nier l’existence d’Israël : je ne nie pas son existence mais je m’oppose à la politique d’occupation et aux campagnes répressives et inhumaines des gouvernements israéliens successifs.
J’ai combattu et je continuerai à combattre l’antisémitisme et toutes formes de racisme : je n’ai de cesse de participer à ces cercles de réflexions et de débats judéo-musulmans mais je n’accepte pas le chantage auquel des politiciens, des intellectuels et certains médias nous soumettent.
Confondre la critique de l’Etat d’Israël et de sa politique avec l’antisémitisme est une imposture. Une injure à la conscience humaine et à la dignité des Palestiniens qui consiste à se mettre aveuglement du côté des plus forts en considérant que la vie des plus faibles n’a pas de valeur et peut être sacrifiée à l’aune de calculs politiciens.
La célébration d’un Etat et de son soixantième anniversaire, sauf à nous prendre pour des imbéciles, est éminemment politique.
Il ne s’agit pas de nier la liberté d’expression ou la culture des écrivains et des artistes. Leur invitation est bienvenue et j’ai toujours participé à ces débats (il reste néanmoins intéressant de se questionner sur cet étrange oubli quant à l’absence d’invitation aux auteurs israéliens arabes, chrétiens ou musulmans : quelle idée les organisateurs de la Foire se font-ils de la composition citoyenne de la société israélienne ?) ( ... )
Mondialisation.ca centre de recherche sur la mondialisation
Omar Barghouti et la Fiera del libro de Turin: « La gauche… est-ce que vous vous souvenez de la bataille contre l’apartheid ? »
Le 23 janvier 2008 par Michelangelo Cocco
Ils ont préparé une affiche :
« 60 ans d’expropriation des Palestiniens ! Il n’y a aucune raison de célébrer « les 60 ans d’Israël » ! ». Ils vont essayer de la publier dans les pages intérieures du New York Times et de l’International Herald Tribune. En attendant, la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (Pacbi, www.pacbi.org ) font parvenir aux pacifistes italiens un message sans si et sans mais : boycottez la Foire internationale du livre de Turin (du 8 au 12 mai prochains).
Omar Barghouti, fondateur de la Campagne palestinienne pour le boycott, joint au téléphone à Jérusalem, rejette les critiques de la gauche institutionnelle et répond : celui qui ne boycotte pas, affirme-t-il, est « complice du racisme ».
« Liberazione » (quotidien du parti Rifondazione communista, NDT) a écrit que « le boycott culturel est un réponse dangereuse parce qu’il conduit à la radicalisation des positions ». Qu’en pensez-vous ?
J’ai l’impression que les communistes italiens ont la mémoire courte : ils oublient que, pour abattre l’apartheid, le boycott total fut adopté contre l’Afrique du Sud, boycott qui touchait autant les individus que les institutions. Quand un pays commet des crimes, viole constamment le droit international et que ses institutions culturelles sont complices, si vous ne les boycottez pas, vous devenez vous-même complices.
Les écrivains ne sont pas responsables des politiques de leurs gouvernements, argumentent d’autres opposants au boycott.
La base idéologique de toute société est faite de figures intellectuelles et culturelles, y compris les écrivains qui sont toujours, du moins en partie, responsables. Cela ne signifie pas qu’ils doivent être punis pour toute action de leur gouvernement. Mais quand il y a un lien direct, c’est-à-dire quand ce qu’ils écrivent est de la propagande en faveur d’un Etat qui commet des crimes internationaux, alors on doit les considérer comme coupables. ( ... )