Les inventeurs de maladie - manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique
Les inventeurs de maladie
Manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique
Titre : Les Inventeurs de maladies
Auteur : Jörg Blech - traduction d’Isabelle Liber - postface de Martin Winckler
Editeur(s) : ACTES SUD
Date de Parution : version originale 2003, traduction française 2005
Je porte à votre attention ce livre que je reconnais ne pas avoir lu, mais dont le fond correspond à ce que j'ai pu constater et comme la postface est de Martin Winckler, dont j'ai mis en référence plusieurs articles précédemment, je n'ai donc aucun doute sur l'intérêt du contenu.
Lors de l'article sur les THS, j'avais évoqué le fait qu'une phase "naturelle" de la vie, la ménopause, était traitée comme une maladie, ce qu'elle n'est pas.
Cette médicalisation de la vie qui a tendance à être généralisée, et qui semble être entrée dans les pratiques et les moeurs, pose un réel problème à court terme de santé de publique mondiale, c'est à dire de dégradation de l'état de santé de l'espèce humaine, de finances publiques et des problèmes de fond de représentations, inconscientes pour la plupart, de ce qu'est "être en bonne santé" et même de la vie en général.
Le lobby des industries pharmaceutiques certes fait énormément de propagande en ce sens, le résumé commenté du livre Isabelle Hurbain et la post-face de Martin Winckler, en donnent les grands mécanismes, noyaute les agences gouvernementales de santé publiques pour faire mettre en place des politiques de santé publique aberrante pronant le traitement de masse à propos de tout et n'importe quoi, mais sur quels ressorts s'appuie cette propagande pour qu'elle fonctionne sur le citoyen lambda ?
Comme toute manipulation, une propagande ne peut être efficace que si elle d'appuie sur des mécanismes inconscients existant chez l'être humain, indépendamment du discours qu'elle tient. Et sortir de cette spirale infernale de peur de la maladie qui entraîne l'acceptation de cette médicalisation de la vie, entraînant même un mécanisme de surenchère de la part de la population, ne pourra se faire sans en comprendre les mécanismes.
Je fais un article séparé de fond sur ce sujet, qui sera en ligne d'ici la fin de la journée.
Ci-dessous l'article sur ce livre de Formindep et le début de la post-face de Martin Winckler sur son site.
Les inventeurs de maladies - Manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique
« Si on pouvait autrefois espérer trouver un jour un traitement pour chaque maladie, nous explique Jörg Blech, les marchands de la santé, aujourd’hui plus que jamais, semblent plutôt vouloir trouver une maladie pour chaque molécule fabriquée. »
Quatrième de couverture
« Si on pouvait autrefois espérer trouver un jour un traitement pour chaque maladie, nous explique Jörg Blech, les marchands de la santé, aujourd’hui plus que jamais, semblent plutôt vouloir trouver une maladie pour chaque molécule fabriquée. En manipulant des membres influents de la communauté médicale, les lobbys industriels ont peu à peu modifé les “normes” de certaines valeurs biologiques - comme le taux de choléstérol et la tension artérielle - afin d’augmenter le nombre de patients “susceptibles d’être traités”. Pour eux, faire croire à des gens en bonne santé qu’ils doivent se soigner à vie est une véritable rente viagère. Et pour propager une pareille absurdité, ils nous suggèrent que si “nous ne nous soignons pas” par anticipation, nous mourrons de cancer, nous serons diminués par des maladies cardiovasculaires ou nous perdrons la tête en raison d’une dégénérescence neurologique... Le principal argument de vente des marchands de la santé, c’est la peur. »
(extrait de la postface de Martin Winckler)
À partir d’un grand nombre d’articles parus dans d’importantes revues scientifiques, Jörg Blech a mené sa propre enquête. Grâce à une multitude d’exemples et de révélations, il développe une synthèse passionnante des dangers menaçant les patients, malades ou prétendus tels.
Traduit dans une douzaine de langues, Les Inventeurs de maladies est un livre à lire absolument avant de se rendre chez le médecin.
Après des études de biologie et de chimie biologique, Jörg Blech est aujourd’hui un journaliste scientifique important en Allemagne, qui collabore régulièrement avec des journaux comme Die Zeit et, depuis 1999, Der Spiegel.
Commentaires personnels
« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent »... cette citation du Knock de Jules Romains semble s’appliquer de plus en plus de nos jours... avec le concours des "inventeurs de maladies", dont l’intérêt se situe plus au niveau des actionnaires que des citoyens. C’est ce que montre Jörg Blech dans ce livre clair, didactique, agréable à lire et bien documenté (la bibliographie en fin d’ouvrage est très fournie).
Les Inventeurs de maladies explique comment l’industrie pharmaceutique cherche à faire de tous des « patients bien portants », que ce soit par le surdiagnostic et l’exagération des risques (cholestérol, hypertension, ostéoporose) ou par la surmédicalisation de processus naturels (vieillissement, ménopause, grossesse). Les concepts introduits par les firmes et la manière de les présenter aux membres des professions médicales et aux « patients pressentis » sont décrits.
La conclusion s’appuie sur cinq points qui auraient pu être énoncés quasiment tels quels par le Formindep :
- créer une autorité indépendante ayant pour tâche de surveiller la médicalisation intentionnelle de la société et d’en informer médecins et citoyens ;
- demander aux firmes des études précises et impartiales sur les maladies, les médicaments et leurs effets secondaires ;
- organiser de formations indépendantes de l’industrie pour les médecins et enseigner aux étudiants les moyens de se défendre contre la désinformation ;
- réglementer les liens entre les laboratoires pharmaceutiques et les médecins suivant un principe de transparence ;
- pratiquer la "médecine fondée sur les niveaux de preuves" (evidence-based medecine) sans oublier le "primum non nocere".
Site de Martin Winckler : article mis en ligne le 1er mai 2005 Les inventeurs de maladies - Manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique
Dans ce livre salutaire (fort bien traduit de l’allemand par Isabelle Liber), qui paraît ce mois de mai 2005 chez Actes Sud, Jörg Blech explique comment l’industrie pharmaceutique a, entre autres :
- imposé la baisse arbitraire des normes de cholestérol pour que des gens parfaitement normaux aient l’air malade
- fait naître la terreur de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées afin de favoriser la consommation de médicaments destinés à "prévenir les fractures"
- manipulé l’opinion afin d’élargir la consommation de médicaments destinés à "traiter l’impuissance masculine"
- surmédicalisé les femmes, les enfants et les personnes âgées, etc.
Le texte qui suit est le début de la post-face que j’ai écrite pour l’édition française.
Six milliards de malades imaginaires...
par Martin Winckler (post-face à Les Inventeurs de Maladies de Jorg Blech)
Lorsque j’ai commencé à exercer la médecine, au début des années 80, j’ai fait la connaissance de deux « maladies » très répandues en France mais qui ne figuraient dans aucun traité de pathologie : la crise de foie et la spasmophilie.
Toutes deux frappaient essentiellement (mais pas exclusivement) des femmes. Les patientes qui se présentaient comme « souffrant du foie » ou « spasmophiles » étaient légions devant le jeune médecin que j’étais, et je ne comprenais pas du tout pourquoi elle désignaient par ces noms des souffrances qui, à mes yeux, avaient un tout autre nom que celui qu’elles utilisaient.
Les femmes qui « souffraient du foie » me parlaient de symptômes apparaissant une ou deux fois par mois, souvent juste avant leurs règles : des nausées, des vomissements et surtout un mal de tête extrêmement violent, accentué par la lumière et par le bruit, qui ne leur donnait pas d’autre ressource que d’aller se coucher dans le noir.
Celles qui se qualifiaient de « spasmophiles » me décrivaient des symptômes moins systématisés (des fourmis ou des paralysies des membres), mais tous empreints d’une angoisse considérable.
Au cours de mes études, j’avais eu la chance d’être formé par des médecins curieux de tout, et dotés d’un solide bon sens. Ils m’avaient appris que la « crise de foie » était une migraine accompagnée de symptômes digestifs, que les « spasmophiles » étaient des femmes angoissées souffrant de crises de paniques.
Je savais donc que ni les unes ni les autres n’étaient à propremement atteintes par une maladie mais réagissaient ainsi de manière particulière et personnelle aux agressions de la vie, et que le soulagement de leurs souffrances passait par des méthodes thérapeutiques simples... et aussi, avant tout, par la dédramatisation de leurs symptômes.
Mais la difficulté ne résidait pas dans le fait de « rectifier le diagnostic » : elles accueillaient toujours mes explications avec intérêt, car on ne leur avait rien expliqué du tout en leur collant leur étiquette. Ce qu’elles avaient plus de mal à admettre, c’était qu’elles n’avaient pas besoin de traitement au long cours.
Les migraineuses avaient toutes déjà subi des radiographies de la vésicule et un nombre conséquent de prises de sang, qui avaient montré « un petit quelque chose » (de la « boue » dans la vésicule, par exemple). L’existence de ce « signe objectif » ne justifiait-il pas les « hépatotropes » et autres « cholagogues » - nom pseudo-savant dont on affublait les médicaments « pour le foie ou la bile » - qu’on leur avait recommandé de prendre 365 jours par an ?
Les « spasmophiles », qui avaient eu droit elles aussi à moult dosages sanguins et parfois également à des électromyogrammes totalement ininterprétables (mais rassurants, leur disaient les médecins) avaient pour leur part du mal à admettre que le magnésium qu’on leur faisait boulotter quinze jours par mois depuis des années était un placebo, et que leur anxiété chronique, bien réelle, avait de meilleures chances de s’atténuer grâce à un soutien psychothérapique adéquat et un environnement dans lequel on ne les traiterait plus comme des malades...
Tout bien portant est un malade qui s’ignore, déclare doctement Knock dans la pièce de Jules Romains. Ce faisant, il pose les jalons d’une vision de la santé entièrement définie par le médecin. Une vision faite de diktats et d’avertissement inquiétants. Une vision terroriste, et non soignante. De manière très appropriée, l’ouvrage de Jorg Blech commence par citer Knock, personnage emblématique du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui quand on parle de santé.
En France, on trouve dans les officines plusieurs dizaines de milliers de marques de médicaments. A l’opposé, sur la liste des médicaments essentiels, indispensables au traitement des principales affections qui frappent les habitants des pays pauvres établie par l’OMS, on comtpe... 325.
Est-ce parce que nous avons plus de médicaments que nous sommes mieux soignés ? Evidemment non. Telle un Knock transformé en Big Brother, dans les pays riches comme le nôtre - et comme l’Allemagne, dont il est question dans le livre de Jorg Blech, l’industrie du médicament - Big Pharma - n’a cessé depuis cinquante ans de croître... en nous faisant croire qu’elle nous faisait du bien.
Or, il n’en est rien. L’industrie du médicament (et, avec elle, celle des appareillages de dosage biologique, celle des machines diagnostiques lourdes, celle des cosmétiques, celle des instruments chirurgicaux...) ont fait de la devise du personnage de Jules Romains leur leitmotiv, en le modifiant à peine : « Tout bien portant est un consommateur en puissance... à condition de lui faire croire qu’il est malade. »
Le mot essentiel ici, est « consommateur ». J’entends souvent les politiciens fustiger le comportement de « consommateurs » des citoyens quand il s’agit de santé. Or, l’expression est hypocrite, pour ne pas dire crapuleuse. D’un côté, le citoyen d’aujourd’hui est incité à consommer des biens matériels pour maintenir la croissance industrielle.
De l’autre, on lui reproche de demander des soins inutiles et de grever le budget de la sécurité sociale. Dans cette équation, on oublie deux éléments importants, qui caractérisent les « consommateurs » d’aujourd’hui comme les patientes d’hier dont je parle au début de cette préface : les traitements qu’on leur prescrivait ne servaient à rien et ils coûtaient cher à la sécurité sociale, mais elles les prenaient de manière quasi-rituelle en espérant qu’ils préviendraient leurs symptômes.
Comme la fréquence des migraines et des crises d’angoisse varie beaucoup avec le temps et les conditions de vie, elles attribuaient au traitement leurs améliorations spontanées, et à un « relâchement du traitement » la réapparition tout aussi spontanée - et souvent inévitable - des symptômes.
Bref, elles étaient prises entre deux feux. Comme beaucoup de « consommateurs » de soins le sont aujourd’hui. Car enfin, ces traitements, qui les leur avait prescrits ? Qui leur laissait croire qu’elles en avaient absolument besoin ? Des médecins, investi de l’aura de confiance que confère leur titre.
Et ces médecins, pourquoi croyaient-ils à ces diagnostics inexistants ? Parce qu’on les leur avait enseignés en faculté et qu’ils étaient depuis entretenus dans ces diagnostics faux par des visiteurs pharmaceutiques qui venaient leur proposer... les traitements que leurs patientes attendaient.
Vingt ans plus tard, les choses vont-elles mieux ? Non, c’est pire. Certes, la « crise de foie » a disparu du langage des médecins français (et de l’enseignement), mais l’industrie a bien compris quel profit elle pouvait tirer des 15% de la population qui souffrent de migraines : les antimigraineux tous plus coûteux les uns que les autres sont de plus en plus nombreux... sans qu’on ait expliqué aux premiers intéressés que s’ils étaient correctement utilisés, les médicaments les plus anciens, les mieux connus, les moins chers étaient aussi efficaces.
Et certes, la spasmophilie ne fait plus partie des diagnostics officiels, mais la prescription d’anxiolytiques et d’antidépresseurs est en France la plus forte de tous les pays industrialisés.
Car, nous explique Jorg Blech, si on pouvait autrefois espérer trouver un traitement pour chaque maladie, les marchands de la santé, aujourd’hui plus que jamais, semblent plutôt vouloir trouver une maladie pour chaque molécule fabriquée. En manipulant des membres influents de la communauté médicale, les lobbys industriels ont peu à peu modifié les « normes » de certaines valeurs biologiques (le cholestérol, la tension artérielle), afin d’augmenter le nombre de patients « susceptibles d’être traités ».
Car faire croire à des gens en bonne santé qu’ils doivent se soigner à vie est, pour les fabriquants, une véritable rente viagère. Et pour faire croire une pareille absurdité, il nous laissent entendre que si nous ne « nous soignons pas » par anticipation, nous mourrons de cancer, nous seront diminués par des maladies cardio-vasculaires, nous perdront la tête en raison d’une dégénérescence neurologique... Le principal argument de vente des marchands de la santé, c’est la peur (...).
MW