Tent Cities, les bidonvilles de tentes qui explosent depuis plus d'1 an aux USA

Publié le par benedicte


Vu sur Paniers de Crabes


La vidéo est en anglais non sous-titrée, mais j'ai demandé à ma fille de me faire un résumé, que je mets en-dessous, avec un commentaire et des informations complémentaires trouvées sur le net



tent cities à Sacramento USA (vidéo)


Voici un reportage en anglais, mais dont les images parlent d’elle-mêmes, filmée à Sacramento (Californie), aux Etats-Unis, au coeur du << Rêve américain >>, avec des villes entières formées de toiles de tente qui fleurissent avec le printemps… il y a quelques jours à peine !

tent cities envoyé par tibrus

Source originale de l'article : 911nwo.info



Voir également, toujours sur Panier de Crabes, l'article VIOLENCE, BIDONVILLES ET CREDIT, repris de La Chronique Agora, où il est publié sous le titre "Quand la récession se transforme en dépression", qui n'est pas un organisme anti-libéral et se définit ainsi dans sa présentation "Notre souci est de développer une pensée indépendante, lucide et sensée de l'actualité financière pour vous faire profiter d'idées d'investissement différentes, exclusives et profitables..."

L'article commence ainsi :

"** Les sans-culottes deviennent violents. A ce jour, deux patrons ont été pris en otage en France. Les employés voulaient quelque chose que les patrons ne pouvaient -- ou ne voulaient -- pas donner.

* En Angleterre, les rustres ont attaqué la maison de Sir Fred Goodwin. Fred a coulé la Royal Bank of Scotland -- on aurait pu penser que le peuple en aurait été ravi.

* Aux Etats-Unis, pendant ce temps, on organise des excursions en bus pour aller voir les maisons des dirigeants d'AIG et hurler à la mort. Excusez-vous, démissionnez ou suicidez-vous, a suggéré le sénateur Grassley. (...)




Résumé des propos tenus dans la vidéo :


J'ai demandé à ma fille si elle pouvait me résumer ce qui était exprimé par les personnes interviewés dans ce reportage, parce que je ne voulais pas relayer, ni commenter cette vidéo, amputées de la parole de ceux/celles qui sont contraints d'y vivre ...

Petite précision, ma fille me traduisait approximativement, parce qu'en simultané à travers msn (elle est à l'étranger); au fur et à mesure qu'elle regardait la vidéo, et j'ai reformulé ensuite. Ce n'est pas une traduction exacte et complète de ce qui est dit, mais un résumé global à l'attention de ceux/celles qui comme moi ne comprennent pas l'anglais. Mais si quelqu'un a le temps, qu'Assyah n'a pas de faire une traduction complète, je suis preneuse !

 

Les interviews ont été effectuées par Lisa Ling, qui est reporter international, pour l'émission The Oprah Winfrey Show.

Il est estimé à environ 1200, les personnes qui vivent dans des camps de tentes à Sacramento, mais selon les officiels, ces camps surgissent un peu partout dans le secteur,  et ne sont pas prêts de s'en aller. ( En fait cela a commencé plus d'1 an, et non   fleuri au printemps en quelques jours comme le dit l'article de la vidéo). Et l'implantation sauvage de ces camps est en train d'exploser dans tous les Etats Unis.

La 1ère personne interviewée  :
Elle vit là depuis plus d’1 an. Son époux était dans l´immobilier, mais les gens ont cessé d'acheter des maisons, et il a perdu son travail et tout perdu, voiture, maison, etc… Elle explique qu’ils cherchent activement du travail et que  pour cela, son mari et elle, de conserver une apparence le plus propre et convenable possible. Elle déclare qu'ils mangent ce que les gens jettent,  et que c'est une réalité mais que c'est vraiment gênant pour elle de devoir l'avouer. Ce qui lui manque le plus, ce sont toutes les commodités dont elle avait l'habitude, prendre une douche, se laver les mains, allumer la lumière, se coiffer et se maquiller,
de ne plus avoir une apparence  "féminine". A la question de la journaliste qui lui demande « combien de temps elle pense rester là ? », elle répond qu’elle ne sait pas, qu’elle se donne quelques mois, qu’elle ne veut pas finir comme ça.
La 2ème personne interviewée  :

La seconde personne interviewée, vit là depuis 4 mois. il est veuf et père de 5 enfants. Ses propos ne sont pas très différents. Il était dans la construction, a perdu son travail et également tout perdu ensuite. Il n’a plus de véhicule lui non plus, parle aussi de l’absence des douches. Il dit que c’est comme apprendre à vivre de nouveau. La possession la plus précieuse est l'eau, du camp il faut faire 3 miles (soit environ 5 ,4 km !) ou plus pour s’en procurer une bouteille. Il déclare passer 60% de son temps à chercher à rester propre et avoir une apparence convenable. A la question de la journaliste qui lui demande "s'il avait imaginé se trouver un jour dans cette situation", il répond que jamais il ne lui était venu à l'idée qu'il pourrait un jour être amené à vivre dans ces conditions.

Les derniers interviewés :

Corvin était vendeur de voiture et sa femme Tina chauffeur routier. Ils ont tous les deux perdus leur travail, il y a environ 1 an et vivent depuis à Tent City. Ils ont à eux deux 3 enfants, mais ne leur ont pas dit qu’ils vivaient là. Tina appelle généralement le sien pendant les vacances pour dire que tout va bien. Elle pense qu’il l’aimerait quand même, mais ne veut pas l’inquiéter, ni lui demander d’aide. Elle dit qu'elle ne veut pas lui rendre la vie plus difficile.

La journaliste à la fin des interviews :

Elle dit que ce qui l’a le plus marqué, est que la majorité des personnes qui ont des enfants, ne veulent pas que ceux-ci sachent, ne veulent pas être un fardeau pour eux.  Bien que les gens veulent s’en sortir et cherchent du travail, elle ajoute qu'on sait que les temps ont changé, ils n'en trouvent pas ...

C’est choquant de le voir à l’étranger, mais encore plus choquant ici pour elle, elle n'y est pas habitué à le voir aux USA, et Sacramento est sa ville natale. Elle ajoute que toutes les personnes avec lesquelles elle a parlé, disent que ces six derniers mois le nombre de personnes dans les tent cities à explosé.

Le reportage se finit sur le fait ces campements ne sont pas légaux, et que la ville (Sacramento) est en train de penser à les "légaliser" .





Compléments d'information  :

 


Cela fait effectivement bien plus d'1 an que ça a commencé à fleurir, au vu d'un article : Tranche de vie à Tent City sur L'En Dehors qui date du 22 mars 2008 et contient déjà un lien sur une vidéo. Déjà à cette époque il était tenté de limiter ces camps, voir d'en expulser les personnes en tout ou partie, lire l'article. Depuis le processus connaît une expansion croissante, voire explosive.

Loin de légaliser ces camps, comme il est dit qu'il l'était envisgé à la fin de la vidéo, courant de ce mois de mars des décisions de fermeture des camps ont été prises en Californie, lire ici : La “tent city” de Sacramento: on ferme du 21 mars 2009 sur Defensa.org. Et oui, il n'y a qu'au cinéma que Schwarzy est un  héros, dans la réalité c'est juste une belle ordure parmi les autres !

Sur El Blogo, dans  "Tent cities" à Sacramento du 12 mars 2009, on s'interroge sur l'irruption de cette soudaine sensibilité "compassionnelle" à la misère dans les médias américains, avec un lien sur un article du New-York Times et une vidéo de la chaîne NBC News.

Cumulant les deux sujets, fermeture et médiatisation, lire sur Cyberpresse.ca, de Nicolas Bérubé Les tentes de la honte du 28 mars 2009.


Voilà pour les compléments d'information glânées sur le net francophone ... je ne comprends toujours pas l'anglais !

Par contre il y a pas mal d'articles de blog et de forum en anglais, pour ceux/celles qui le comprennent..

J’ai croisé des sites américains certainement intéressants à parcourir, concernant des actions, revendications, réflexions et mise en œuvre de mode d’organisation et fonctionnement « démocratiques » issues de cette explosion des tent cities et visant à créer un réseau en leur sein. Il est probable qu’il s’agisse pour l’instant d’un courant activiste minoritaire, dont on ne peut présumer du développement, mais je n'arrive pas à comprendre le contenu, je ne vous en dirais donc pas plus :



Crédit photo : Justin Sullivan/Getty Images source le NY Times




Commentaires personnels


Il faut rapprocher cette vidéo de l'article Les USA en chute libre par Catherine, informations données sur un forum par une franco-américaine et que certains ont pensé, ou voulu croire, à tort être un hoax, tant la propagande pro-étatsunienne donne, depuis des années, une image de la société américaine très éloignée de la réalité.

Si vous n'avez pas lu  "Les cinq stades de l'effondrement" de Dmitry Orlov, n'hésitez pas à le faire, pour replacer ce qui se passe actuellement aux USA dans le déroulement des événements actuels. Le texte est long, mais décrit assez bien, la réalité du processus dans lequel nous sommes embarqués.

Ne pensez pas que nous allons être épargnés. Notre pays n'a pas été encore complètement ravagé par le néo-libéralisme comme les USA ou le Royaume-Uni, et nous n'avons pas exactement la même histoire et culture qu'eux, de ce fait les choses seront un peu différentes, mais pas tant, et cela dépendra en partie de la réactivité de la population, c'est à dire de vous, de moi, de chacun de nous.

Ce n'est pas seulement le système économique néo-libéral qui s'effondre, ce n'est pas la puissance américaine, mais la société/civilisation occidentale. C'est notre mode de vie, nos croyances, nos habitudes, notre quotidien qui vont en être bouleversés. Et je sais que même ceux qui le sentent, je m'inclus dans ceux-là, ne sont pas prêts à affronter ce que ça va entraîner, et ceux qui ne le voient pas, vont se trouver en état de choc lorsque leur vie va basculer.

Ce sont des bidonvilles, ces camps de réfugiés du naufrage du néo-libéralisme,qui se montent aux abords des grandes villes et dans lesquels se retrouvent jetée, ayant tout perdu, une partie de la classe moyenne américaine dont la vie s'est brutalement effondrée. Comme Orloff, le dit à juste titre, "... l'effondrement peut se produire à différents moments pour différentes personnes. Vous pouvez ne jamais vraiment savoir que l'effondrement s'est produit, mais vous saurez qu'il s'est produit pour vous personnellement, ou pour votre famille, ou pour votre ville ...", c'est ce qui est en train d'arriver à ces américains de la classe moyenne, et c'est un processus qui ne cesse d'être en expansion depuis 6 mois, bien qu'il ait commencé il y a plus d'un an.


Ne croyez pas qu'ils imaginaient que ça pouvait leur arriver, plus que vous n'imaginez que cela puisse vous arriver. Je dis "vous", parce que j'envisage la possibilité que cela puisse m'arriver d'une manière ou d'une autre. Il s'agit d'un phénomène de masse, et les gens en état de choc, se regroupent par dizaines ou centaines, ce qui le rend d'autant plus visible. Essayez de vous imaginer, même si ça vous effraie, que du jour au lendemain, vous perdiez tout, (pour ceux qui n'ont pas déjà tout perdu) et vous retrouviez dans un de ces camp de fortune, tenant à la fois du bidonville et du camp de réfugié, sans eau, sans électricité, sans la moindre hygiène et salubrité minimales ... du jour au lendemain ?

Vous vous dites qu'ici ça n'arrivere pas, que nous avons encore des filets de protection de sociale, qui n'existent pas aux USA. Combien de temps tiendront-ils ou seront ils maintenus au fur et à mesure que le système s'effondrera si aucun autre système n'est mis en place ? ... d'ores et déjà, une partie de la population dépend du caritatif pour la nourriture et les vêtements, et ces organismes de charité voient les dons récoltés diminuer, car ils ne proviennent pas de ceux qui ont l'argent, dont la cupidité et l'avidité, ne se sont jamais nourrie que de la spoliation des autres, mais justement de ces classes moyennes et populaires, qui sont de plus en plus touchées par la crise.

Notre société a développé la charité en même temps qu'elle détruisait les solidarités humaines existantes, avant de commencer à détruire les solidarités collectives : la protection sociale et les services publics.


Le plus important est la re-création du lien social, du relationnel. Il faut recréer du collectif, de la communauté, dans le sens de partage, de vie et mise en commun, et non au sens communautariste qu'il a de nos jours. C'est le cinquième stade dans le texte d'Orloff et qu'il appelle culturel. Etant donné que même long il ne s'agit que d'un seul texte, je ne sais pas si il y a divergence de fond ou seulement de terme sans importance. La communauté n'est pas au sens où je l'entends liée à des croyances ou cultures communes, mais au sens de collectivité, de ceux qui sont physiquement proches, les voisins, les habitants du quartier, du village ... c'est de ceci que dépendra d'une part la manière dont nous traverserons cette période, et d'autre part la société qui en naîtra.


Ce n'est que le début, alors nous serons forcément amener à en reparler, les uns et les autres !


Crédit photo AFP pris sur l'article de Cyberpresse.ca cité au-dessus

Publié dans Politique Monde

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Charlotte 31/03/2009 15:57

Coucou ma Béné, merci à ta petite pour la traduction de la vidéo, et merci à toi pour les compléments d'infos sur le sujet. Effectivement, ça n'arrive pas qu'aux autres, et nous ferions bien d'agir avant que ça ne nous arrive.Gros bisous. mail suit.

benedicte 05/04/2009 21:26


Oui, mais je ne crois pas que beaucoup encore soient conscients que ce n'est pas une crise passagère, même de quelques années, après laquelle tout pourra reprendre comme avant ... et tant que ce
sera le cas, il ne sera pas possible de mettre en place grand chose. Bises


sixtine 31/03/2009 13:38

Aspirine dit vrai, et le phénomène va s'accentuer au fur et à mesure que la crise va exploser l'économie...L'effondrement avant le chaos et, si en plus, la planète s'y met, pauvre de nous !

benedicte 05/04/2009 21:24


l'effondrement de l'économie avec un peu de chance va diminuer la pression sur la planète. Pour le reste nous verrons au fur et à mesure que les choses se préciseront, ce que les gens seront prêts
à essayer de mettre en oeuvre ...


Aspirine 31/03/2009 08:45

Impressionnant ! Nous avons ces tentes cities en France, de moindre ampleur, relativement à la taille de notre pays, mais elles sont moins visibles, plus discrètes et reléguées dans des non lieux par les autorités...

benedicte 05/04/2009 21:22


Oui et non. Oui chez nous les personnes à la rue sont en expansion depuis 15 à 20 ans et reléguées hors de la vue en quelque sorte, de manière à ce qu'elles soient invisibles en quelque sorte. Mais
les USA les avaient également et reléguées pareillement. Mais ce qui est nouveau aux USA, c'est cette explosion de personnes de la classe moyenne, des gens qui étaient installés dans la vie,
beaucoup de 40/50 ans qui brutalement perdent tout et se rerouvent à la rue ... l'équivalent ici, serait que des dizaines de milliers de familles moyennes propriétaires de maisons et pavillons de
lotissement, avec un crédit toujours en cours, se retrouvent d'un coup sans travail et dans la rue en un rien de temps, avec selon les endroits des lotissement qui se videraient de leurs habitants
...
Ce n'est pas sûr que la crise se traduise de la même manière ici, parce qu'il n'y a aucun filet de sécurité aux USA, ce qui n'est pas le cas ici ... nous ne pouvons qu'attendre et voir/
Amicalement