La montée actuelle du fascisme et de la xénophobie en Italie ...

Publié le par benedicte


Et à ce sujet, bizarrement (façon de parler) silence des médias et des politiciens européens qui s'étaient empressés de crier à la xénophobie des ouvriers anglais en grève de la raffinerie de Lindsey ...


Sans commentaire pour l'instant, je suis trop en colère, contre ce qui se passe en Europe et chez nous en France, mon langage laisserait beaucoup à désirer !


Il ne s'agit pas de stigmatiser les italiens, quand on a élu Sarko, on on est mal placé pour donner des leçons ou se la jouer « propre sur soi » ... Comme chez nous des voix s'élèvent et des résistances s'organisent. J'ai ajouté à la fin de l'article, 2 commentaires en parlant, mais il n'y a pas grand chose sur le net en français et je ne parle pas italien ...

Sur le même sujet sur Global Voices Italie : Un fichier national des Roms

En français des informations régulières dans la catégorie "En Italie" du blog Célestissima, le regard de Céleste, française vivant en Italie.





Lu sur Panier de Crabes  Charlotte qui écume le net, met à notre disposition tout ce qui l'a interpelé (merci à elle !) , un article du site Article XI ( site à explorer !)






Berlusconi ou Mussolini, du pareil au même… Plongée dans un sordide délire xénophobe, l’Italie semble avoir atteint le point de non-retour. A l’initiative de la Ligue du Nord, les sénateurs ont voté la légalisation des milices et la mise en place d’un fichier SDF. Pis : ils ont décidé de libérer les médecins de leur serment d’Hippocrate afin qu’ils puissent dénoncer les clandestins. Oui : ça pue…


Bêtise crasse et xénophobie rance : mais jusqu’où ira l’Italie ?

vendredi 13 février 2009, par JBB



 [1]

Il faudrait rire de l’aveuglement de nos voisins.

Moquer leur capacité d’oubli, leçons de l’histoire restant lettre morte, pays qui s’en retourne à grandes enjambées vers le régime mussolinien.

Et se gausser d’une nation assez crétine pour replonger gaillardement dans la plus idiote des xénophobies d’Etat, plus de cinquante ans après avoir été libérée du joug fasciste.

Mais voilà : personne n’a le cœur à rire.

Et surtout pas en France, pays si doué pour copier - à quelques années de différence - les joyeuses dégueulasseries imaginées par le pouvoir berlusconien.

   

Il s’en trouvera - pourtant - pour hausser les épaules.

Remarquer que rien ne sert de crier perpétuellement au retour du fascisme.

Et arguer qu’il importe de ne pas tout confondre quand on veut pointer les travers du voisin.

Soit.

Il est pourtant un signe qui ne trompe pas : même la petite-fille de Benito Mussolini, la député Alessandra Mussolini, pourtant résolument d’extrême-droite, a protesté contre un récent « paquet sécurité » adopté par le Sénat.

Et il n’échappera à personne qu’il faut déjà plonger très loin dans la xénophobie rance pour réussir à dégoûter la descendante du Duce, si empressée à mettre ses pas politiques dans celui de son grand-père.



Le « paquet sécurité », donc.

De quoi s’agit-il ?

Fort simple : sous l’impulsion de la Ligue du Nord, parti raciste qui a obtenu les meilleurs résultats de son histoire aux dernières élections d’avril 2008 (soit 60 députés et 25 sénateurs), le Sénat italien vient d’opérer un énième surenchérissement sécuritaire.

Votant sans tergiverser ce bouquet de lois qui comprend des mesures toutes plus infâmes les unes que les autres.

Dont la mise en place d’un registre national des sans-domiciles fixes.

La légalisation des milices populaires, ces « chemises vertes » créées par la Ligue du Nord, désormais encouragées à poursuivre leurs rondes citoyennes même si elles n’ont pas (encore) obtenu le droit de porter des armes.

L’interdiction de la « burka ».

La création d’un délit d’immigration clandestine.

Et l’institution d’un forfait payant pour le renouvellement de la carte de séjour, facturée de 80 à 200 €.

C’est tout ?

Oh non… tant les sénateurs italiens ne mégotent pas quand ils légifèrent.

Eux qui ont aussi décidé de libérer partiellement les médecins de leur serment d’Hippocrate en les « autorisant » à dénoncer les sans-papiers qui se rendraient dans les hôpitaux pour se faire soigner.

Ben oui : tant qu’à faire dans le dégueulasse, autant pousser la logique jusqu’au bout, hein…



Parmi ces mesures adoptées les 4 et 5 février par le Sénat - et qui doivent encore passer devant les députés pour être promulguées - , c’est cette dernière mesure qui est sans doute la plus emblématique.

Volonté évidente de traiter les sans-papiers en sous-hommes, la Ligue du Nord présentant cette autorisation médicale de délation comme « le seul moyen de combattre les épidémies que transmettent les immigrés ».

Et décision résolue de les laisser crever dans leur coin, laquelle porte déjà ses fruits avant même d’avoir été mise en application :

Mais en quelques jours, la peur d’être dénoncés a entraîné une diminution du nombre de patients étrangers (de l’ordre de 20% selon les médecins) dans les hôpitaux et les dispensaires. « Vendredi dernier, quand la presse et la télévision ont mis en circulation le bruit que les médecins devront dénoncer les clandestins, pour la première fois depuis quinze ans, la salle d’attente est restée vide », a raconté Corrado Ferro, responsable d’un dispensaire turinois spécialisé dans l’accueil sanitaire des immigrés, rapporte ainsi le quotidien suisse Le Temps.

Une réalité désolante.

A laquelle le mouvement massif de protestation des professionnels de santé, résolus dans leur majorité à ne pas se faire délateurs, risque bien de ne pas changer grand chose, tant la peur de la dénonciation l’emportera chez les clandestins sur le risque sanitaire.

Ainsi que l’explique Giorgio Contessi, président de Médecins sans frontières Italie, en une interview donnée à CaféBabel :

Nous sommes bouleversés. MSF est une organisation indépendante politiquement et pour cette raison, nous ne pouvons prendre position en Italie. Nous sommes bouleversés car, il faut le rappeler, les médecins ne sont pas obligés de « dénoncer » qui que ce soit : cette mesure crée un climat de peur chez les immigrés, surtout au moment où ils doivent décider de se rendre aux urgences ou non. Désormais, ils réfléchiront un bon moment avant de se faire soigner. Si par peur, ils ne se déplacent pas, leur maladie, peut-être bénigne, peut ensuite dégénérer.

 

Que ce « paquet sécurité » soit finalement adopté (ou pas) par les députés ne change plus grand chose à l’affaire : l’Italie a touché le fond.

Et il suffit, pour le constater, de faire le compte de quelques récentes informations emblématiques.

Inventaire à la pervers qui dit suffisamment ce que ce pays est devenu.

Depuis la décision de la municipalité de Lucca d’interdire les « restaurants ethniques » au centre ville, mesure s’inscrivant dans une campagne de « purification ethnique culinaire » (revendiquée comme telle !) entretenue par certains médias et politiques [2]

Jusqu’aux violences collectives contre les ressortissants d’origine roumaine à chaque faits divers pouvant leur être imputé, le dernier en date - l’arrestation fin janvier de quatre Roumains soupçonnés d’être impliqués dans le viol collectif d’une femme, lesquels auteurs supposés ont failli être lynchés par la foule - ayant entraîné plusieurs tentatives d’incendies de commerces tenus par des Roumains.

Sans oublier l’infâme traitement fait aux clandestins sur l’île de Lampedusa, où 1 000 migrants sont enfermés dans des conditions si infâmes que 11 d’entre eux ont tenté ensemble, le vendredi 6 février, de se suicider en absorbant des lames de rasoir et des boulons, un douzième faisant preuve d’une grinçante originalité en essayant de se pendre…

Non plus que la grand débat national suscité par la fin du calvaire d’Eluana Englaro - jeune femme plongée dans le comas depuis 17 ans et enfin laissée en paix - qui a vu l’église catholique faire preuve de son emprise croissante sur la société, tandis que Berlusconi s’enflammait : « Eluana n’est pas morte de mort naturelle, elle a été assassinée. »

C’est cela : l’Italie, qui ne cessait de sombrer depuis des années, a dépassé le point de non-retour.

Et il nous faut prendre garde qu’elle ne soit définitivement ce modèle sur lequel nous semblons toujours davantage nous aligner.

Quitte à exhumer un mot d’ordre qui n’a jamais été aussi actuel.

No pasaran !




Notes

[1] Les quatre illustrations de ce billet ont été piquées sur le site de la Repubblica, quotidien qui a récemment publié une série de clichés des tags et slogans racistes fleurissant sur les murs de la ville de Rome.

[2] Une œuvre de « purification culinaire » qui n’hésite pas à user de toutes les armes disponibles pour mettre bas la nourriture dite ethnique : « Le Kebab ? Une bombe pour la santé », titrait ainsi le Corriere Della Sera du 27 janvier, faisant du sandwich en question « une menace significative pour la santé publique ». Et de citer notamment une prétendue spécialiste de la science de la nutrition de l’Università di Milano Biccoca, selon laquelle « le kebab représente une menace car, étant donné qu’il demande un effort de digestion plus long que la nourriture habituelle, il nuit à la concentration et à la qualité du travail après le repas ». Une campagne aussi pathétique que ridicule, détaillée par Chloé Morin en un billet fort instructif.





Informations complémentaires issus des commentaires de l'article :

13 février 22:53, par Céleste

Heureusement les Italiens commencent à vraiment réagir, aujourd’hui, à l’appel du syndicat Cgil ils étaient 700 000 dans les rues de Rome.

Voir en ligne : Pauvre Italie


14 février 11:04, par JBB

Heureusement qu’il y a ces réactions que tu évoques. Sur Lampedusa, par exemple, j’ai été heureusement surpris de lire que les habitants de l’île soutenaient avec classe les clandestins. Je te copie-colle la fin de cet article de HNS-info que tu as sans doute lu :

Enfin, la FTCR rend un hommage appuyé à la population de Lampedusa dans son ensemble. Celle-ci résiste magnifiquement aux appels à la haine, et a su faire preuve d’une solidarité et d’une humanité remarquable alors même que ses propres droits sont mis en danger par la politique de militarisation de l’île décidée par le gouvernement italien.

J’ai en effet lu ailleurs (mais je ne sais plus où…) que les habitants manifestaient régulièrement et soutenaient réellement les retenus. Comme quoi, il reste des esprits purs.


Publié dans Politique Monde

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Christelle 18/02/2009 09:54

Je connais bien l'Italie de part mes origineset pour y aller plusieurs fois par an. Il est vrai qu'il y a un relent de fascisme en Italie (les traces de l'histoire ont marquées ce peuple) depuis plusiseurs années qui se manifeste, notamment, dans les stades de foot. Beaucoup d'Italiens se mobilisent et sont choqués de telles attitudes, ils ne réagissent pas que maintenant ! La télé italienne appartient quasiment au même personnage... et actuel chef de l'Etat italien, un paradoxe de plus pour ce si beau pays démocratique. Je crois dans les forces vives et humaines de ce pays, elles existent, parfois passées sous silence mais elles sont bien présentes !

benedicte 20/02/2009 22:32


Si ça se traduit dans la forme différemment parce que les histoires des deux pays sont un peu différente, nous assistons à la même montée du totalitarisme ici, et j'ai bien précisé que nous
n'avions pas de leçons à donner aux italiens, parce que comme chez nous, la résistance tente de s'organiser et n'est pas médiatisée. C'est d'ailleurs le problème pour avoir des informations sur
cette résistance dans des pays voisins quand on ne parle pas la langue ... il est finalement plus facile de s'informer quand on ne parle que français, sur la situation aux USA que dans les autres
pays d'Europe y compris les plus proches !
Mais de pouvoir constater que ce n'est pas seulement chez nous, mais au sein de l'Europe que la même politique avec les mêmes effets pervers, est mise en place, devrait nous faire mesurer l'ampleur
du danger et d'autant plus réagir !
Amicalement


sixtine 16/02/2009 13:02

Heureusement qu'il y a Internet pour nous faire passer de telles infos...et merci à Charlotte et Cie de tout faire pour diffuser ce qui se passe sur notre " belle planète " !Pour le reste, c'est dramatique...régression totale de l'esprit humanitaire...Où va t-on ?

benedicte 20/02/2009 21:18


Dans le mur ! ...