Imaginons ... une télévision contribuant à une autre société

Publié le par benedicte

Imaginons ...
une télévision contribuant à une autre société


Je viens de décider de créer une rubrique "Imaginons ..." suite à un article en provenance du Venezuela, qui est une réflexion sur une autre télévision. Il tombait bien, ayant décidé récemment suite à la réception de la redevance, de virer mon poste de télé lors de ma prochaine déclaration d'impôt ! Je n'ai ni les moyens, ni le désir de continuer à payer 10€ par mois au vu de l'indigence des programmes (je ne suis pas maso au point de m'abonner en plus à des chaînes payantes ... lol) ... ça fait cher pour 2,5 chaînes dites publiques (ben oui, Arte/la Cinq c'est franco-allemand, donc une demi-chaîne française en terme de financement).


Il est vrai que si nous sommes un certains nombre à dénoncer le contenu de la télévision, que de nombreuses analyses, par forcément justes ceci dit, en critiquent les dérives et les conséquences, et le fait qu'elle soit devenue exclusivement un instrument de propagande et d'abêtissement entièrement dans les mains des castes dirigeantes, c'est la première fois que je lis une réflexion globale, partant de ce qu'elle est, explorant ce qu'elle pourrait être d'autre, proposant des pistes de réflexion et d'expérimentation, dont certaines sont déjà en-cours d'essai au Venezuela.

Ce texte ne détient pas la Vérité ou la Nouvelle télévision, et ne prétend pas la détenir, mais il est un bonne illustration d'une réflexion consciente de la réalité et de la nécessité de chercher à en comprendre les mécanismes, pour chercher et se donner les moyens de la changer !

Cette phrase de l'auteur synthétise ce que j'essaie d'expliquer maladroitement et régulièrement depuis des mois, parce que c'est une réalité incontournable :

« puisque personne ne peut produire seul l’analyse complète de la réalité dans toutes ses contradictions, la discussion collective des points de vue est indispensable pour approfondir notre connaissance et porter la production à un plan supérieur. »

Une réflexion collective à poursuivre là-bas, ici et ailleurs pour sortir des sentiers battus et démonter cette croyance infondée que nous ne pouvons rien changer !

Dialoguons, partageons, réfléchissons, inventons, expérimentons, réajustons, imaginons une société meilleure ... et soyons réalistes, inscrivons progressivement, ensemble, dans la réalité, le chemin y mène !


L'article lu sur Oulala.net ne peut être mie en entier sur mon blog, il est trop long. Il provient du site VIVE Belgique, un collectif belge, passerelle entre les médias communautaires vénézuélien et la population francophone, qui en a assuré la traduction et la mise en ligne. En l'explorant, j'ai trouvé du même auteur, un documentaire de 20mn sur le même sujet, que je mets en premier, parce qu'antérieur.



VIVE Belgique - Vidéo : Propositions pour une télé libre
dimanche 7 septembre 2008 par vive-be

 

Un essai vidéo de Thierry Deronne

 

2002 - Production : Teletambores

 

Thierry Deronne Vénézuélien d´origine belge. Licencié de l´institut des Hautes Etudes en Communications Sociales - HIECS, Bruxelles. Au Nicaragua, en 1988 il réalise plusieurs documentaires dont « Sergio Ramírez », portrait du romancier et vice-président du Nicaragua révolutionnaire. Depuis une dizaine d’années, il vit et travaille au Venezuela. « Le passage des Andes » en 2006 est un portrait de la naissance d´une démocratie participative dans ce pays en révolution. En 1995 il a fondé l’école populaire latino-américaine de cinéma ainsi que la télévision communautaire Teletambores à Maracay (Venezuela). « Propositions pour une télé libre », essai vidéo monté en quelques jours, est un manifeste expliquant qu´une autre télévision est possible. En 2005 il a été nommé vice-président de la jeune chaîne nationale ViVe, qui s´attache á retrouver les vertus d´un vrai service public, en mettant les outils et les programmes aux mains des communautés organisées (www.vive.gov.ve). Télévision participative créée il y a deux ans, Vive TV recueille, amplifie jour après jour le flot continu de paroles libres, critiques, créatrices des vénézuelien(ne)s eux-mêmes, ces paroles que beaucoup d´autres citoyen(ne)s du monde entier voudraient entendre mais que bâillonnent les médias dominants. Il s´agit, a Vive comme à TeleSur (chaîne d’information continentale), de mettre á jour une véritable information sur le Sud et par le Sud, celle d´un peuple devenu sujet, non plus objet médiatique.

 

Appréciations : « Un film manifeste magnifique, en français. Entre Godard et Frédéric Mitterrand (pour la voix), pour une réappropriation de la télévision par le peuple. Une exaltation de la culture populaire. »







Le Venezuela en Révolution.

 

DIX PROPOSITIONS POUR CRÉER UNE TÉLÉVISION SOCIALISTE.
mercredi 12 novembre 2008, par Thierry Deronne

« De ce qui se passe au Venezuela dépend en grande partie
ce qui peut se passer ailleurs, dans le reste du monde.
C’est notre responsabilité historique et parfois nous l’oublions.
Nous devons travailler avec des idées. Nous devons réveiller les consciences.
Notre degré de conscience est loin d’être à la hauteur que nous souhaitons »
Hugo Chavez, 28 septembre 2008

« L’action ne doit pas être une réaction mais une création »
Mao Zedong

(Dessin de André François, Paris, Herscher, 1986.)


1.Que le “tactique” cesse de différer le “stratégique”.

Après dix ans de révolution bolivarienne au Venezuela, il est fréquent d’entendre : “Imitons les codes de la télévision commerciale, puisque c’est ce que les gens aiment, sinon nous allons nous isoler des masses qui regardent depuis toujours Venevision et nous ne pourrons concurrencer les médias privés (NDT : Vemevision, propriété du groupe Cisneros, détentrice du Miss Venezuela, reste comme 80 % des ondes radio et télé du Venezuela de 2008 aux mains de l’opposition). Bien que certains défendent cette idée comme tactique transitoire, d’autres pensent que la seule télévision possible est celle qui a toujours existé (ou le pensent tout bas tant que dure le processus révolutionnaire).

Le débat sur la communication socialiste a déjà eu lieu dans les révolutions antérieures. Pourquoi ne pas tirer les leçons des cas chilien, nicaraguayen, cubain ?. « Inventer le socialisme du XXI siècle, - dit le Président Hugo Chavez - ne signifie pas ignorer la séquence d’expériences extraordinaires, de luttes et de penseurs qui ont forgé la théorie du socialisme. Ignorer l’Histoire serait nous condamner á la répéter. »

Dans l’ouvrage Culture et communication de masses (1975), Garreton, Valdez et Armand Mattelart analysent le Coup d’état contre le Président Salvador Allende. Si la possibilité d’une révolution socialiste a échoué au Chili, « on le doit en partie aux atermoiements de la gauche officielle dans sa politique communicationnelle, sa difficulté á concrètiser son propre projet historique, sa crainte que les masses elles-mêmes imposent leur voix dans les médias existants ou dans d’autres créés par elles. Il manquait la confiance suffisante pour laisser agir ces acteurs essentiels : les travailleurs. La gauche officielle campa malheureusement sur la défensive. L’accusé s’enferma dans le cercle argumentaire de son adversaire de classe, recyclant les représentations collectives produites par son ennemi politique et qui lui étaient intrinsèques. L’initiative du discours est restée dans les mains de la droite, les techniciens de la communication officielle n’ont pas été capables de s’effacer pour laisser surgir les embryons d’une nouvelle culture. La neutralité technique s’est révélée un mythe. Il n’y avait pas de “technique en soi”, utilisable à souhait par la droite ou par la gauche. Il n’y avait qu’une technique bourgeoise de la communication et rien de plus. Le peuple devait créer la sienne, mais n’a pas eu accès à cette possibilité. » (1)

Aujourd’hui, dans le Venezuela bolivarien, nous devons nous demander : Comment s’exprime la souveraienté populaire dans la télévision du Socialisme du XXIème siècle ? Comment relier peuple, télévision, État socialiste ? Comment évaluer une télévision socialiste ? Quelle est son mode de production ? Quelles sont ses relations de travail ? Qui la dirige ?

2.Le neuf ne peut copier le vieux. Il doit être autre chose”.

À cette pensée de Simon Rodriguez (1769-1854, formateur de Simón Bolívar) le Président Hugo Chavez répond au début 2008 par une réflexion autocritique : « Le socialisme est condamné à n’être qu’un fantôme errant, une utopie désincarnée, si nous ne transformons pas les relations de production qui sont à la base de la société. » Il réinsiste avec véhémence sur ce point au début de la campagne électorale du PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela), le 28 septembre 2008.

Comment appliquer ce mandat philosophique à un lieu de travail comme la télévision ? Dans la télévision capitaliste, c’est le producteur qui pense la tâche que doivent exécuter sa main d’oeuvre : monteurs, caméramans, ingénieurs du son, etc., confinés à la case muette de travailleurs. Par contre dans une télévision socialiste, les travailleurs dirigent collectivement et intellectuellement l’ensemble de la production et se forment en permanence pour cela.

En inaugurant un lycée á El Viñedo, dans l’État d’Anzoátegui en septembre 2008, le Président Hugo Chavez a exposé de nouveau les raisons de libérer le pouvoir créateur de l’être humain encore réduit à sa force de travail. Ce refus de la fragmentation de l’être, cette aspiration à construire la République comme assemblée d’êtres intégraux, plus complets et plus critiques, plus responsables, en un mot : plus libres, caractérisait déjà la pensée de Simon Rodriguez á l’aube du 19ème siècle : « la division du travail dans la production de biens ne fait qu’abrutir cette force de travail. Si pour produire d’excellents coupe-ongles, et bon marché, nous devions réduire les travailleurs à des machines, alors mieux vaudrait nous couper les ongles avec les dents. » (2)

Bien des années plus tard, Karl Marx mettra en cause cette division du travail : “Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres mais, tout au plus, des hommes qui, entre autres, s’occupent aussi de peindre.” (3)

3.Connaissance = conscience = action.

Dans une télévision socialiste, apprendre toutes les facettes de la technique n’est pas une fin en soi, mais le moyen pour chacun de comprendre le travail des autres, d’échanger les rôles et de penser l’ensemble de la production. Rien à voir avec la polyvalence technique telle que le pratique la télévision capitaliste afin de réduire son personnel et maximiser son profit.

Mais d’oú vient l’importance de penser collectivement ? Friedrich Engels (4) ou István Mészarós (5) nous enseignent à penser le réel en profondeur contre les idéologies dominantes (comme la Fin de l’Histoire ou le psychologisme postmoderne). Chaque chose se révèle unité de contraires, unité de contradictions en mouvement, infinité de possibles (Hugo Chavez, 2008). L’être humain est un être dialectique, toujours inachevé, tour á tour sujet ou objet de transformations selon les structures sociales, intimement lié aux luttes historiques.

Or, puisque personne ne peut produire seul l’analyse complète de la réalité dans toutes ses contradictions, la discussion collective des points de vue est indispensable pour approfondir notre connaissance et porter la production à un plan supérieur.

4.Briser la domination télévision/peuple et sortir d’une planification comme exclusion.

“Il y a ceux qui sont dans la lumière et ceux qui sont dans l’ombre.
Et l’on voit ceux qui sont dans la lumière
et l’on ne voit pas ceux qui sont dans l’ombre.”
Bertolt Brecht

L’objectif d’une formation sociopolitique permanente est que l’équipe de télévision devienne un groupe de militants pronfondéments liés á la population organisée, quelque chose comme son “intellectuel organique” (Gramsci). Une équipe de producteurs intégraux bien formés en histoire, en littérature, en économie, en sociologie, en philosophie, etc., pourra croiser ses connaissances scientifiques avec les savoirs populaires pour produire des actions transformatrices avant, pendant et après la production d’un programme.

Casser les stéréotypes sur les quartiers pauvres ne passe pas seulement par s’y rendre physiquement. Il s’agit de se construire un regard, d’être capable d’analyser la réalité sociale, de rompre avec la pensée localiste, substantialiste de ces lieux et de passer à une analyse globale. Le sociologue Pierre Bourdieu (6) explique que l’essentiel de ce qui arrive dans les ghettos américains trouve son explication en dehors de ces zones. Ces lieux d’abandon se caractérisent essentiellement par une absence d’État (policier, école, santé, etc.).

Une télévision capitaliste neutralise et désorganise les classes populaires (et renforce leur solidarité avec la classe dominante et ses intérêts). Elle étouffe les germes de solidarité entre exploités, non seulement en diffusant des modèles de comportement compétitifs puis individualistes, mais aussi en organisant en fonction de la domination tout un schéma de transmission de l’information.

Par exemple, en cas de grève : on n’informe pas que l’on lutte pour un nouveau modèle de société. La grève est montrée comme une plaie locale, une “perturbation”, voire un “chaos” souffert par l’usager qui voit interrompre “son” service. Ainsi les médias opposent les acteurs sociaux pour mieux dissimuler les intérêts profonds qui en font une majorité. Ensuite parce que le sujet de l’information n’est pas la population en lutte mais un journaliste privé de temps d’enquête et de droit de suite, placé au milieu de l’écran, et muni d’un micro. Les journalistes-vedettes dissimulent leur position de classe en revendiquant leur autonomie de groupe (forums sur l’éthique journalistique, prix annuels, associations, écoles, plaques, toques, diplômes et autres fétiches du professionnalisme d’une information sans sujet réel). Le mythe dominant s’appelle « objectivité ». Il se fonde sur des nouvelles techniques qui évoquent l’impartialité, l’exactitude, le sacrifice héroïque du journaliste pour nous informer. Parmi ces techniques dérivées du modèle étasunien, surgit le présentateur-vedette qui sépare information “factuelle” et ”opinion.“

Armand Mattelard : « Si le journaliste ne veut pas être le complice d’une réactualisation quotidienne de l’oppression et de l’exploitation, il a besoin de dépasser cette notion de réalité impartiale et de lier ses informations avec le contexte historique, c’est-à-dire, qu’il faut la ressourcer à la réalité contradictoire et conflictuelle, là où précisément ces contradictions et conflits nient l’image harmonieuse de la société, la vérité et la véracité imposée par une classe. » (7)

(....) Lire la suite >>

Publié dans Imaginons ...

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