Décryptage : Traiter toute information comme une rumeur potentielle

Publié le par benedicte

Décryptage : Traiter toute information comme une rumeur potentielle ...


En ces temps de manipulation et propagande, pour tenter de s'y retrouver dans les informations multiples et contradictoires, il est impératif que chacun/e d'entre nous apprenne à développer une réflexion autonome et critique.

A cet effet, une analyse de Paul-Vincent PAQUET, concernant le décryptage de l'information traitée comme une rumeur potentielle. Il est extrêmement bien fait, et tout ce qui y est analysé et expliqué peut également servir à décrypter le discours d'un pervers ou manipulateur dans la sphère privée ou professionnelle ... donc un texte de référence et doublement utile !

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RUMEUR: LA SOUVERAINETÉ INDIVIDUELLE ET LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE, SEULE ANTIDOTE À LA RUMEUR

La rumeur est le plus vieux média du monde (1). Elle a donné lieu à beaucoup d'analyses, principalement dans les domaines sociaux, commerciaux, politiques et diplomatiques. Il s'agit essentiellement du constat de ses effets, d'une tentative de compréhension sociologique et historique, d'une étude des mécanismes et d'un "catalogue" de cas génériques qui concluent à l'impuissance à la stopper.

Dans le meilleur des cas, c'est une "gestion de crise" qui est proposée, d'ailleurs sans garantie de résultat.

Là est le problème fondamental.

La rumeur est d'une efficacité telle qu'elle atteint toujours son objectif au moins en partie.

Il est avéré que la rumeur se développe en faisant appel soit à la potentialité manipulatrice que nous possédons tous, soit à notre faculté à être manipulé.

La manipulation fascine et fait peur en même temps, selon le sentiment de maîtrise que l'on en a.

La rumeur évolue donc sur un terrain favorable d'autant qu'elle s'habille des vêtements de l'information.

Quelle soit révélation, ragot, conseil "bien intentionné", avis autorisé, ou confidence, la rumeur est donc une information qui a le goût de l'authentique, voire de la vérité cachée ou masquée. Elle satisfait en cela notre besoin de connaissance pour la  maîtrise des situations, et ce dans le but d'en tirer un profit personnel, soit par la volonté de s'agréger au groupe dominant, soit par nécessité d'éviter l'isolement. Dans un cas comme dans l'autre elle est un instrument imparable de manipulation.


TOUTE INFORMATION EST UNE RUMEUR POTENTIELLE

Limités socialement, intellectuellement et physiquement, nous ne savons pas nous positionner sans informations. Nous sommes donc constamment à leur écoute, à leur recherche et à leur sollicitation. Les moyens de communication dont le développement s'est considérablement accéléré depuis quelques décennies nous procurent l'illusion de cette liberté et le sentiment (virtuel) de l'autonomie qui en découle. Nous vivons dans le paradoxe d'être de plus en plus informés tout en étant de plus en plus contrôlés et isolés.

Ainsi, toute information est une rumeur dès lors que l'émetteur est un agent de manipulation, conscient ou inconscient, c'est à dire potentiellement tout le monde.

Nous recevons deux types d'informations sociales. Celles qui concernent la société et celles qui concernent l'individu.

La première, reçue des médias structurés est tellement encadrée, filtrée, modelée et fabriquée qu'il ne sert à rien d'envisager y trouver la réalité, sauf à la côtoyer, ce qui est encore assez léger. Elle ne sert aujourd'hui qu'à "activer" la réaction de ceux qui l'écoutent, et ainsi créer un climat propice à la proposition de solutions parfaitement planifiées à l'avance. L'exemple du traitement médiatique de l'insécurité crée le climat qui permet l'acceptation de mesures sociales qui entraînent pratiquement la perte de libertés fondamentales sans rapport avec l'objectif invoqué.

Nous n'avons quasiment aucune défense face à cette information, sauf à contrôler nos réactions émotionnelles ce qui nécessite en plus d'une vraie conscience libre, une parfaite connaissance de notre ego, de nos repères, de nos formatages culturels, religieux, politiques et de leur …….. relativité.

La seconde est plus pernicieuse car elle vient essentiellement d'autres individus le plus souvent proches, donc censés être peu manipulateurs conscients. Elle active donc des sentiments beaucoup plus personnels et une réaction concrète par le fait qu'elle concerne un individu connu (un voisin, un collègue, une relation, un candidat, un parent, etc…). Elle vise à toucher l'entourage vital de la victime pour le discréditer et lui couper toutes les formes de reconnaissance. Elle l'habille d'un costume qui ne lui va pas, mais qui devient son identité aux yeux des autres. La victime se trouve dès lors dans une situation de négation sans pouvoir rétablir la vérité et surtout combattre avec ses armes. C'est un vol manifeste dont seule la victime a la connaissance.

Faut-il en conclure au rejet de toute information et adopter la politique de l'œuf ?

Certainement pas, car en ce cas la réaction face à la manipulation est neutre …. donc lui permet de prospérer sans obstacle.

De plus, ce qui est présenté ou senti comme des rumeurs peut parfois être des informations porteuses de vérités quand elles émanent d'une minorité et visent un pouvoir tout en ne souhaitant pas s'y substituer.


LA RÉFÉRENCE DE l'INFORMATION AUX NORMES SOCIALES, MORALES ET FAMILIALES IMPLIQUE-T-ELLE AUTOMATIQUEMENT SA VALIDITÉ ?

La difficulté est de saisir la cohérence de l'information pour tenter de déterminer sa véracité. Le plus souvent dans l'incapacité d'apprécier cette cohérence objective, nous nous en rapportons à nos propres repères sociaux, politiques, religieux, moraux, économiques, culturels, familiaux pour adhérer à l'information ou la rejeter et agir en fonction d'elle. Ainsi, nous nous en rapportons à nos propres normes et à  notre ego pour créer une réalité qui n'est que personnelle parce qu'elle nous convient ou qu'elle nous sécurise.

Dès lors que l'information est présentée avec la référence à une autorité sociale (le plus souvent simplement mentionnée ou évoquée), elle apparaît comme non-suggète à caution, sauf à nier la compétence de cette autorité. Nous avons pris l'habitude culturelle d'associer la compétence au pouvoir et de déléguer notre propre pouvoir d'appréciation, ce qui entraîne l'effet pervers de se priver des moyens d'évaluation.

La profusion d'exemples en la matière est quotidienne. Les manipulateurs en tous genres utilisent ces références "de source sure … et officielle" pour donner du corps à leurs scénarios. Un exemple significatif est celui fourni par les Renseignements Généraux au travers des "notes blanches" (2) et renseignements bidons habilement suscités ou diffusés pour nuire. Il n'est pas inutile de rappeler que les plus puissants réseaux intégrés dans la société sont passés maîtres dans l'art pervers de la manipulation en utilisant cet instrument institutionnel non contrôlable .. et non contrôlé, pour détruire des individus des groupes ou des entreprises.

Contrôler les références institutionnelles et sociales est la garantie pour les manipulateurs de voir leurs communications-rumeurs devenir réalité.

Notre jugement est aussi désinhibé par l'utilisation dans l'information de mots-clés qui renforcent la crédibilité et font barrage à la réflexion. On ne s'aventure pas à contester l'avis d'un médecin, d'un avocat, d'un spécialiste quelconque même s'il apparaît comme incohérent au regard de la réalité brute. Cela peut même aller jusqu'au "verrouillage" institutionnel quand il s'agit d'une référence psychologique professionnelle (3).

Plus pernicieux encore est la source morale ou familiale de l’information surtout lorsqu’elle agit directement. Les confidences d’un membre de la famille de la victime, forcément a priori crédible surtout lorsqu'il agit avec empathie, peuvent être la plus puissante et destructrice des méthodes manipulatrices quand elles sont animées par une pathologie perverse. Dans la majorité des cas de harcèlements familiaux (conjoints dominant ou/et parent/enfant), l’information-rumeur est le vecteur suprême pour introduire la suspicion et discréditer à coup sur la victime en visant l'isolement et le rejet de son entourage vital (professionnel, amical, etc…). (4)

L'insinuation subtile d'un doute sur les bases fondamentales de la victime, renforcée par la qualité de proximité du manipulateur, anesthésie notre conscience et introduit par l'affectif le venin qui inverse la perception de ce qu'est la victime, souvent au détriment des évidences (compétence, réalisations, aura, réalités, sentiments, etc…)  (5). Il s'agit là évidemment d'une information-rumeur d'essence meurtrière, la pire qui puisse être. Nos fondements moraux et notre conception des liens familiaux empêchent de l'envisager, ce sur quoi le pervers instigateur de la rumeur, surfe avec une jouissance vitale (cas de la pathologie des mères sacrificatrices par exemple). Dans ces cas extrêmes (mais pas rares), nous agissons en complice d'autant impliqués que la tentation est grande de relayer l'information en y ajoutant notre propre moralisation personnelle.

Ainsi, la plus inhumaine des rumeurs est celle qui émane des proches et qui suscite à dessein une réaction morale de la part des relais car la victime perd à la fois sa visibilité sociale, morale et existentielle et surtout en l'absence de ses défenses naturelles vitales, devient aux yeux des autres un logique pestiféré. C'est l'inversion et la négation absolue que tous les manipulateurs pervers rêvent de réaliser.


QUAND L'INFORMATION EST UNE INVITATION À USER DU POUVOIR SUR L'AUTRE

Dans le cas d'une rumeur visant un individu, l'information s'accompagne d'une obligation implicite à juger, ce qui confère à celui qui la reçoit une position de domination sur la victime par le choix qui lui est proposé. Redoutable pouvoir ! Ou bien il tire les conséquences qu'on attend, ou bien il n'en tient pas compte. Dans les deux cas, il se positionne non envers la victime mais par rapport à celui qui lui délivre habilement l'information. En d'autres termes, l'information qui lui est soufflée le contraint à choisir son camp …. lequel lui est indiqué explicitement.

Dans la majorité des cas, l'informateur a lui-même suivi ce processus, puis a acquis une conviction qui est largement le fruit du "filtre" de ses schémas émotifs, lesquels sont issus de ses propres repères, eux-mêmes relatifs à sa culture, son ego et ses formats.

De plus, comme ces informations ont le goût particulier de la confidence, voir du privilège, elles trahissent le besoin de transmettre, de convaincre, de regrouper, de faussement protéger. La conviction renforce "énergétiquement" l'information, la faisant passer de l'état de scénario possible à celui de certitude avérée.

Dans cette optique, posséder une information présentée comme confidentielle ou non accessible naturellement, active un sentiment qui peut être jubilatoire pour les meilleurs informateurs.


LA PROPAGATION DE L'INFORMATION-RUMEUR

Du fait de notre besoin d'information, de notre penchant à la domination et de notre aptitude à la manipulation, l'information-rumeur a une capacité de corruption et de propagation très importante car elle contient tous les ingrédients protégeant et valorisant l'action de l'informateur.

Tout le monde ne se comporte cependant pas de la même manière. On peut tracer plusieurs profils d'agents de propagation.

Certains recherchent l'information et sont constamment à l'écoute et à la fabrication des "qu'en dira-t-on", ce sont les "concierges". Ils sont assez facilement identifiables, mais leurs comportements nuisent à l'efficacité de leurs discours.

D'autres, plus subtils s'effacent derrière l'information qu'ils suggèrent et maîtrisent le processus psychologique d'implication des relais qu'ils choisissent. Ce sont les manipulateurs professionnels ou "conspirateurs". Les pervers-harceleurs fournissent l'essentiel de l'effectif de ces agents de propagation car ils sont aussi les instigateurs habituels des rumeurs.

D'autres encore, plus ternes, sont réactifs aux informations qui font d'eux des privilégiés, des "agents dormants", ce sont des amoureux des précédents, … et leurs meilleurs agents.

D'autres enfin, les plus nombreux, sont "activables" par la stimulation de leur conscience, laquelle est formatée par la culture individuelle, les peurs, les repères, les désirs, les folies, les refus, les lâchetés, les rancœurs, l'ego. Ce sont les "alibis" de la rumeur et son meilleur label de pérennité. Regroupés dans une foule publique, ils peuvent remplir le rôle de courageux lyncheurs anonymes.

En fait, nous sommes tous des agents potentiellement transmetteurs de fausses informations destructrices permettant à la rumeur de faire son œuvre tout en garantissant une sécurité individuelle au relais comme au manipulateur.


LA PEUR EST LE MEILLEUR VECTEUR POUR FABRIQUER DES MANIPULATEURS.

Notre position dans la société fait de plus en plus de nous des pions dont l'autonomie est très restreinte. C'est la peur de l'exclusion qui nous pousse inconditionnellement à ne pas sortir, dans les faits, du cadre qui dictent nos actes et la qualité de nos relations, plus encore que l'instinct grégaire qui est le moteur naturel de tous les groupes vivants.

Ainsi, mis au contact d'une information dont nous ne savons pas si elle est manipulée, la peur nous oblige très souvent à en tirer les conséquences adaptées dans la forme à la "norme" admise et à faire ce que le manipulateur invisible ou son agent involontaire attendent de nous. Peu importe si l'information est vraie.

Dans le cadre de la rumeur visant un individu, c'est toujours cette peur de déroger à ce qui nous est implicitement indiqué comme acceptable et non acceptable qui motive nos réactions et nos positions.


L'ANTIDOTE À LA RUMEUR S'APPELLE LIBERTÉ DE CONSCIENCE ET SOUVERAINETE INDIVIDUELLE

Il n'y aurait donc pas de solutions pour arrêter les effets de la rumeur et de l'information manipulatrice ?

Tant que celles-ci se cachent derrière les aspects de l'information, il y a malheureusement tout lieu de penser que ses jours ne sont pas comptés et que sa prospérité est loin de son apogée.

Cependant, nous pouvons agir différemment lorsque l'information implique la prise de position par rapport à un individu. Nous  savons que la peur consciente ou inconsciente dicte nos positions, nos actes et nos sentiments. C'est donc le nœud du problème. Doit-on privilégier notre allégeance au système en abandonnant notre relation naturelle et humaine à l'autre ?

Le refus d'être manipulé entraîne immédiatement la volonté d'être maître de sa conscience, crée la souveraineté individuelle effective et génère la vraie reconnaissance de l'autre en tant qu'être humain similaire avec toutes ses particularités personnelles, défauts et qualités compris. Les effets sont immédiats: Ni cannibalisme, Ni angélisme.

Cela implique aussi naturellement de relativiser les critères que nous imposent les pouvoirs dans la société et les notions de "bénéfique" et de "néfaste" qui ne se rapportent pas à l'essence de l'individu. C'est à l'ouverture de l'esprit que l'on doit l'enrichissement personnel. Aussi, avant de prendre la position qu'implique une information bien intentionnée, il y a lieu de se poser quelques questions :
- Qui me délivre l'information et d'où la tient-il ?
- Sur quelles bases s'appuie-t-elle ?
- Quelles cohérences ou incohérences, évidentes ou cachées, se cachent derrière l'information qui m'est soufflée ?
- Quel est l'intérêt objectif de l'informateur à me confier cette information ?
- Veut-on me manipuler en me suggérant une réaction ?
- Mes certitudes reposent-elles sur un constat personnel ?
- Quels bénéfices ou préjudices entraîneront pour celui qui est visé mon action ou mes certitudes ?
- Est-ce qu'il ne serait pas plus simple que j'interroge directement celui qui est visé ?

Décider d'être libre, c'est faire le choix d'abandonner la peur et de reconnaître l'autre au seul travers de notre conscience et non au prisme des normes des systèmes culturels et sociaux, fussent-ils le résultat d'un choix personnel considéré comme objectif. Ces interrogations simples qui sont à l'opposé de la paranoïa poussent à faire naître notre vraie souveraineté individuelle, seule marque d'existence de l'humain.

En guise de conclusion, voici un texte attribué à Martin Niemoeller qui date des années 30-40:
"En Allemagne, ils vinrent, en premier lieu, pour les communistes. Je n'ai pas parlé parce que je n'étais pas communiste. Ensuite, ils vinrent pour les juifs. Je n'ai pas parlé parce que je n'étais pas juif. Après, ils vinrent pour les syndiqués. Je n'étais pas syndiqué alors, je n'ai rien dit. Puis, ils vinrent pour les catholiques et je n'ai pas parlé parce que j'étais protestant. Finalement, ils vinrent pour moi. A ce moment-là, il ne restait plus personne pour parler….".

Le système social crée des groupes que les pouvoirs (politiques, administratifs, philosophiques, religieux, économiques, sociologiques, etc…) désignent comme acceptables ou non acceptables. L'information-manipulation-rumeur justifie ces groupes et permet de désigner un individu comme étant objectivement opposé à tous ou proche de l'un de ceux désignés non recommandables. L'information-rumeur garantie le discrédit et la déstabilisation en enfermant sa "cible" dans un monde virtuel.


Paul-Vincent PAQUET © Juin 2005


(1) Jean-Noël Kapferer (Bibliothèque Livre 5)

(2) RG La machine à scandales - Patrick Rougelet - Albin Michel - 1997(Bibliothèque Livre 23)

(3) L'auteur peut communiquer sur demande le témoignage d'une victime, ancien cadre dirigeant d'un grand groupe, "psychiatrisée" dans le but de la discréditer socialement.

(4) "La jouissance suprême pour un pervers est de faire accomplir la destruction d’un individu par un autre et d’assister à ce combat d’où les deux sortiront affaiblis, ce qui renforcera sa toute puissance personnelle. ….. C’est aussi faire courir des rumeurs qui, d’une façon impalpable, viendront blesser la victime sans qu’elle puisse en repérer l’origine." in Le harcèlement moral de M-F Hirigoyen. (Bibliothèque Livre 10)

(5) Voir Les manipulateurs sont parmi nous de I. Nazare-Aga – p.121-122 (Bibliothèque Livre 13)

Bibliographie et sélections de sites à lire sur l'article original

Publié dans Réflexions

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