L’histoire du Bilderberg racontée à Y.Calvi et J.F.Khan

Publié le par benedicte

L’histoire du Bilderberg racontée à Y.Calvi et J.F.Khan
par Laurence Kalafatides
, le mardi 20 mai 2008,


"Ceux qui ignorent l’histoire se condamnent à la répéter " (Georges Langlois)

La nouvelle vient juste de tomber. Cette année, le Bilderberg tiendra sa conférence annuelle du 5 au 8 juin, à Chantilly, près de Washington. Cette information, venue des Pays-Bas, a peu de chance d’intéresser les téléspectateurs français car, depuis le 4 mars 2008, ils "savent" que le Bilderberg n’existe pas. En effet,ce soir là, Yves Calvi, consacrait son émission C dans l’air - une de ces cuistreries dont la télévision française est friande - à la question : “ Qui gouverne le monde “.

Yves Calvi, journaliste depuis 1986 (France Info, FRI, Europe 1) recevait quatre éminents spécialistes du sujet : Gérard Chaliand (spécialiste des problèmes géopolitiques et stratégiques), Nicole Bacharan (historienne et politologue franco-américaine), Jean-François Khan (historien, journaliste depuis 1964 - Europe 1, l’Express, le Monde - fondateur de l’Evénement du Jeudi puis de l’hebdomadaire Marianne),et enfin Jacques Rupnik (Directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales). Comme à l’accoutumée, la fin de l’émission fut dédiée aux questions des téléspectateurs. Yves Calvi se saisit d’un message et posa la question à brûle-pourpoint : [1]

  • Y. Calvi : Que savez-vous de l’organisation mondiale Bilder ... beurk, je vais y arriver... Bilderberg, moi j’en avais jamais entendu parler, qui réunit chaque année les personnages les plus influents du monde ? vous connaissez ça vous ?
  • Réponse unanime des invités : NON
  • Y. Calvi : Ben voilà, c’est un bide en direct
  • J-F Khan : Je connais la Tricontinentale [2] , je connais Davos, mais je connais pas ...
  • N. Bacharan : Je ne connais pas du tout cette organisation donc je n’en dirais rien
  • Y. Calvi : c’est peut-être une invention d’un téléspectateur qui a de l’humour, qui nous teste ?
  • N. Bacharan : peut-être qu’il voulait vérifier...
  • G. Chaliand : Je me méfie beaucoup de ces organisations mondiales qui dans l’ombre se réunissent et distribuent en quelque sorte les dividendes et les rôles. C’est une longue histoire.
  • Y. Calvi : Vous êtes peut-être en train de répondre très habilement à une fausse question, ce qui est très rare, et ce qui pour le coup est d’une grande intelligence, enfin moi, ça m’arrange !


La suite de l’émission importe peu. Les téléspectateurs auront retenu que le Bilderberg n’existe pas puisque cinq journalistes et spécialistes de géopolitique n’en ont tout simplement jamais entendu parler.

A la décharge de nos brillants “experts” il faut reconnaître que le Groupe de Bilderberg n’existe QUE depuis 54 ans, et que ce club ultra huppé ne reçoit QUE des têtes couronnées, des ministres,des secrétaires généraux de l’OTAN, des PDG, des patrons de presse. On le voit, il n’y a là rien qui puisse éveiller la curiosité des invités d’Yves Calvi. Pourtant...

Le Bilderberg, ce fantasme de gauchiste [3]

Pourtant, la genèse du Groupe de Bilderberg est une histoire fort instructive qui mérite d’être contée, car elle donne à voir une réalité qui se situe à l’exact opposé de la démocratie. Depuis sa création en 1952, le Bilderberg a largement contribué à construire le condominium euro-américain, sous leadership US, que l’on voit à l’oeuvre aujourd’hui. Ce condominium transatlantique peut être considéré comme la clé de voûte du nouvel "ordre mondial" que le président américain Harry Tuman a annoncé en 1947. Plan Marshall, OTAN et son réseau secret Stay-Behind, Union Européenne, CIA , MI6 et Bilderberg font partie des instruments utilisés pour mettre en place cet "ordre mondial" et mener la guerre froide.
Pour autant, façonner ce nouvel ordre mondial, selon l’architecture décidée par Washington, implique la collaboration des pays membres de l’Alliance Atlantique. Le Bilderberg a précisément pour fonction d’assurer cette collaboration. La filiation OTAN/Bilderberg peut se lire au travers des nombreuses sessions consacrées "aux questions sur lesquelles un accord au sein de l’Alliance Atlantique peut s’avérer difficile." Sous couvert de débats, le Bilderberg exerce une véritable diplomatie parallèle au prétexte que, selon ses propres termes, " les dimensions et les possibilités des contacts officiels [ des hommes d’Etat et des diplomates ] ont leurs limites et ne couvrent pas tout le champ que les fondateurs de Bilderberg avaient en idée."

Le Groupe de Bilderberg, dont l’objectif affiché est de construire "l’unité du monde occidental" ne recrute que" des gens importants et respectés et qui peuvent contribuer à la réalisation des objectifs que le Bilderberg s’est assigné. [4]" Au début de chaque conférence, une note distribuée aux participants indique que l’on attend d’eux qu’ils usent de leur "influence afin que l’Alliance Atlantique puisse fonctionner d’une façon plus efficace." Quant à la diversité des sujets débattus, elle découle, selon un document de 1957, de "l’intérêt commun des membres de l’OTAN [ qui ] s’étend constamment au-delà de la sphère d’application limitée du Traité Atlantique. [5]" Il va sans dire que pour faire entériner cette "politique occidentale qu’il serait peut-être plus exact bien que moins diplomatique d’appeler américaine" [6] la plus grande quiétude est nécessaire. C’est la raison pour laquelle ces conférences annuelles - qui regroupaient environ 50 personnes dans les premières années et qui aujourd’hui en comptent 120 - se tiennent loin des regards, dans des hôtels ultras sécurisés et ne donne lieu à aucune communication externe.

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