Désinformation : Colombie-Vénézuela, Uribe-Chavez et les FARC

Publié le par benedicte

 

Désinformation : Colombie-Vénézuela, Uribe-Chavez et les FARC


Suite à l'information relayée par les médias concernant l'ordinateur de Paul Reyes, y compris dans Montpellier Plus (voir ci-dessous), je mets l'article de Romain MIGUS publié par Voltairenet.org et Le Grand soir "Interpol, la Farc et Chavez : L’ordinateur de Gauche et l’ordinateur de Droite", mais aussi 3 autres articles sur le même sujet.


Quelques éléments d'appréciation sur la situation en Colombie


Le gouvernement de Colombie est plus que critiquable, en terme de démocratie. Il s'appuie et cautionne des milices para-militaires d'extrême-droite, véritables escadrons de la mort, dont les exactions n'ont rien à envier à celles des FARC. Les assassinats d'opposants et syndicalistes y sont courant, les arrestations arbitraires également, la misère y est importante. Quand au trafic de drogue, il est source de financement autant des milices para-militaires que des FARC. Les pratiques de ce gouvernement sont dans la lignée des anciennes dictatures chilienne et argentine. Qu'il ait été élu, ainsi que les précédents gouvernements colombiens ne saurait être un argument justifiant ces pratiques.

Je ne défendrais pas les FARC, je refuse de prendre parti entre deux factions dont les agissements doivent être condamnés de la même manière, et dont les victimes sont la population. Je ne me suis pas renseignée sur l'historique de cette guérilla en Colombie, qui dure depuis plus de 30 ans, je ne peux donc donner d'informations à ce sujet ... mais actuellement vouloir faire porter la responsabilité de cette de guerre civile dans lequel le pays est embourbé, aux seules FARC est le meilleur moyen de la faire perdurer.


Il y a quelques mois, dans l'émission "C dans l'air", l'ex-mari d'Ingrid Betancourt, avait donné des informations pour expliquer les exigences des FARC, en terme de sécurisation du périmètre autour du lieu d'échange des otages, exigences qui paraissaient excessives à certains. Il avait donc expliqué, que dans le passé les FARC avaient accepté une fois de déposer les armes et de s'inscrire dans un processus démocratique; elles  ont présenté des candidats aux élections ... et leurs candidats se sont fait assassiner par les milices para-militaires alliées du gouvernement de l'époque; et qu'à la suite de ces assassinats, ils avaient repris la lutte armée.

Donc la situation là aussi, comme au Tibet, comme en Afghanistan, est très loin d'être aussi simpliste que nos médias et politiciens veulent nous le faire croire. Que les FARC soient devenus un peu paranïaque suite à ce massacre, on imagine sans peine. Toutefois, la violation du territoire équatorien, bombardé sous couvert de lutte contre le terrorisme, avec la précision chirurgicale que l'on connaît aux américains, aboutissant à la mort de civils qui étaient totalement en dehors du camp des FARC visé, leur donne raison. Paul Reyes était le principal négociateur des FARC pour la libération des otages. Cette négociation a donc été utilisée, par Uribe et les américains, pour repérer le camp et le bombarder ... avec pour conséquence l'interruption par les FARC de toute négociation.

Dans cette histoire les otages, en fait, on s'en fout, ils ne sont (malheureusement pour eux et leurs familles) que des pions !


Quoiqu'il ait pu être dit, les FARC avaient plutôt intérêt à libérer Ingrid Bétancourt, vu la médiatisation de celle-ci,  leur geste de "bonne volonté" aurait été plutôt de nature à atténuer leur très mauvaise image sur le plan international.
Par contre les Etats-Unis avaient intérêt, eux, à ce que cette libération n'ait pas lieu. Ils utilisent les FARC, en les présentant comme des terroristes internationaux, pour
diaboliser certains pays, en prétendant qu'ils financent le terrorisme international. Le Vénézuela, présenté à tort comme une dictature, est visé en premier, et l'Equateur également semble-t'il, maintenant que ce pays a élu un président, Rapahel Correa, proche politiquement d'Hugo Chavez. Or les FARC ne sont pas des terroristes internationaux, mais un mouvement de guérilla armée interne à la Colombie. Ils n'ont d'ailleurs jamais cherché à étendre cette guérilla aux pays frontaliers.

Les zones contrôlées par les FARC sont relativement étendues, d'après cette carte (*), qui date de 2007. C'est une véritable guerre de territoire qui se déroule en Colombie. Guerre dont, les boliviens sont les premières victimes, et en premier lieu les villageois qui sont pris en tenaille entre les deux camps, subissant alternativement ou conjointement les violences et racketts des uns et des autres. Les otages en Colombie, ce n'est pas uniquement Ingrid Bétancourt, ni seulement les centaines de personnes détenues par les FARC, ... mais toute une partie de la population colombienne !


Un processus de pacification en Colombie demanderait que les armes soient déposées des deux côtés, et que la sécurité des FARC soient assuré contrairement à ce qui s'est passé la première fois. Ce ne se sera pas possible tant que les Etats-Unis soutiendront financièrement et militairement le gouvernement colombien et ses milices, cautionnant leurs exactions envers la population.
Or la Colombie est le seul pays
en Amérique du Sud dont le gouvernement reste inféodé aux Etats-Unis et il leur sert de base pour ses entreprises de déstabilisation envers le Venezuela et la Bolivie. Il ne faut pas rêver il ne lâcheront pas prise si facilement !


(*) source de la carte France24
http://www.france24.com/france24Public/en/special-reports/20070605-Betancourt.php)  A noter que curieusement cette carte n'apparait que sur la version anglaise du site, qui comporte beaucoup moins d'articles sur Ingrid Betancourt que la version français)



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L'ordinateur de Paul Reyes


Pour en revenir à cette affaire d'ordinateur, elle s'intégre dans cette campagne de diabolisation du Venezuela orchestrée par les Etats-Unis, qui visiblement tente également d'impliquer l'Equateur (voir l'interview parue dans le Monde de R.Correa ci-dessous).

L'ordinateur présumé de Paul Reyes, s'est avéré indestructible, puisqu'ayant résisté à un lâcher de bombes qui a fait des cratères impressionnants, ce qui peut mettre en doute l'origine même de cet ordinateur. A la lecture du rapport d'Interpol (lien en téléchargement à la fin de l'article de Romain Migus), même si mes connaissances en informatique sont limitées, en l'absence d'examen minutieux des milliers de fichiers système qui ont été modifiés entre la saisie de cet ordinateur par les autorités colombiennes et le respect des procédures de protection des données, il est impossible d'affirmer que les fichiers utilisateurs n'ont pas fait l'objet de manipulation.

Bien entendu, autant le Venezuela que l'Equateur démentent les informations qu'il est supposé contenir, ce qui n'est pas significatif en soi. Toutefois l'absence d'informations qui auraient du s'y trouver, est signalé  dans l'article du Monde,  qui bien que partisan dans le ton, l'est moins dans son contenu si on le lit attentivement. Toutefois je ne me fais pas d'illusion, les gens ont tendance à s'en tenir à quelques mots clés et je ne suis pas sûre qu'ils aient forcément relevé ce point.


Les articles repris ci-dessous :

  • Colombie-Venezuela : Un climant tendu (Montpellier Plus 19 mai 2008)
  • Interpol, la Farc et Chavez : L’ordinateur de Gauche et l’ordinateur de Droite (Voltairenet.org et Le Grand soir - 17 mai 2008)
  • « Les contacts avec les FARC ont été perdus depuis la mort de Raul Reyes », affirme M. Correa (Le Monde - 12 mai 2008)
  • Le Venezuela est accusé d'avoir fourni armes et argent aux FARC (Le Monde - 15 mai 2008)
  • Ingrid Betancourt : le double jeu de Nicolas Sarkozy (Voltenairenet.org - 24 mars 2008)



19 mai 2008
COLOMBIE-VENEZUELA Un climat tendu

Les résultats du sommet Union Européenne-Amérique latine, qui s’est clôturé vendredi à Lima (Pérou), ont été occultés par les rebondissements dans la crise entre la Colombie et son voisin vénézuélien.

Samedi, le Venezuela a déposé une protestation officielle contre Bogotá, qui aurait mené la veille une «incursion illégale» sur son territoire. Le président colombien, Alvaro Uribe, a annoncé qu’une enquête allait être ouverte. «S’il est vrai que nos troupes ont pénétré [au Venezuela], alors nous présenterons nos excuses. Dans le cas contraire, nous donnerons notre explication.»

Les relations sont tendues entre les deux pays depuis la publication jeudi d’un rapport d’Interpol. Il y est confirmé que les ordinateurs saisis par l’armée colombienne lors de son raid contre les Farc n’ont pas été trafiqués. Des documents y prouveraient que le président vénézuélien, Hugo Chávez, a financé et armé la guérilla.



Lu et repris de Voltairenet.org et sur Le Grand Soir 

Interpol, la Farc et Chavez : L’ordinateur de Gauche et l’ordinateur de Droite
MIGUS Romain -
17 mai 2008

Le 1er mars 2008, 10 bombes GBU 12 Paveway de 227 kilos chacune explosaient en pleine jungle équatorienne rasant toute la végétation aux alentours et laissant des cratères de 2.40 mètres de diamètre et 1.80 mètres de profondeur. (1) La Colombie venait de violer la souveraineté de l’Equateur et d’assassiner Raul Reyes, le principal négociateur pour la libération d’Ingrid Bétancourt et des autres otages retenus par la guérilla.

Au sol, les combattants de la FARC et des étudiants de l’Université de Mexico ne résistèrent pas à un bombardement d’une telle ampleur. En revanche, gisait au beau milieu des cratères, un ordinateur indestructible qui contient, selon Bogota, des informations cruciales sur les alliances régionales.

Cet ordinateur dont la marque n’est malheureusement pas connue, c’est l’ordinateur de Raul Reyes. C’est l’ordinateur de gauche.

Rappelons avant d’aller plus loin que les relations avec la FARC sont tout ce qu’il y a de plus normales pour les voisins de la Colombie. L’ancien vice président vénézuélien, José Vicente Rangel, rappelait il y a peu, qu’avant l’arrivée de Chavez au pouvoir, un responsable des FARC disposait d’un bureau au Ministère des Affaires Etrangères vénézuélien, notamment pour traiter des dommages collatéraux du conflit colombien au Venezuela. Imaginez qu’une armée de 15.000 hommes en guerre contre le pouvoir suisse stationne prés du lac Léman. Il y a fort à parier que le gouvernement français, mais aussi les autorités régionales et locales entretiendront des relations avec des responsables de cette armée pour éviter des dérapages en France.

Le Venezuela et l’Equateur : cibles des accusations

Le 3 mars, soit deux jours à peine après l’agression de l’Equateur par la Colombie, le gouvernement de Alvaro Uribe commence à dévoiler une partie du contenu de l’ordinateur de gauche. Les preuves abonderaient pour prouver l’alliance régionale entre l’Equateur et le Venezuela et la FARC.

Dans le cas du Venezuela, Chavez est accusé d’avoir reçu 100 millions de pesos (environ 35.000 euros) de la Guérilla lorsqu’il était en prison (1992-94), et en retour de financer la guérilla pour 300 millions de dollars. De même, le Venezuela est accusé de faciliter le trafic d’armes pour le compte de la FARC voire même d’armer les rebelles colombiens.

En ce qui concerne l’Equateur, les autorités colombiennes accusèrent le Ministre de l’Intérieur équatorien, Gustavo Larrea, de connivence avec la FARC. Une photo prétendument tirée de l’ordinateur de gauche montre Raul Reyes conversant selon les autorités colombiennes avec le Ministre équatorien. La nouvelle fait le tour du monde, jusqu’à ce que Patricio Echegaray, secrétaire général du Parti Communiste Argentin déclare que c’est lui qui apparaît sur la photo. Qu’importe, le mal est fait. De plus, d’autres documents prouveraient la connivence de Quito avec la FARC.

Les gouvernements équatorien et vénézuélien rejettent ces accusations, soulignant l’invraisemblable indestructibilité de l’ordinateur et le fait que Bogota ait pu fabriquer des fausses preuves.

Alvaro Uribe va donc faire appel à Interpol pour donner une résonance médiatique mondiale à ses accusations.

Une mission de crise est envoyée à Bogota. Elle est dirigée par un ancien directeur du département du Trésor étatsunien et ancien fonctionnaire du Ministère de la Justice de ce pays : Ronald Kenneth Noble, actuel secrétaire général de Interpol. Imaginons un instant qu’un ancien fonctionnaire cubain, biélorusse ou iranien ait été nommé chef de cette mission et que son rapport favorise nettement le Venezuela. On peut légitimement penser que la machine médiatique aurait hurlé à la fraude. Mais il est bien connu que les Etats-Unis ne fraudent pas…

Que dit le rapport de Interpol ? (2)

- Que les fichiers des ordinateurs, des disques durs externes et des clés USB pèsent 609.6 gigaoctets soit 39.5 millions de pages Word.

En conférence de presse, Ronald Kenneth Noble, a souligné que vu l’ampleur des fichiers cela prendrait plus de "mille ans pour en vérifier le contenu" et qu’Interpol n’avait pas vérifié l’authenticité du contenu des preuves. Autrement dit, ce que Interpol peut fait en mille ans, les Colombiens l’ont réalisé en 48 heures, du 1er mars date du bombardement, au 3 mars, date de la première déclaration sur les soi-disant preuves de l’ordinateur de gauche. Notons au passage que les informaticiens colombiens allient la rapidité à la chance puisqu’ils ont seulement ouvert des fichiers incriminant le Venezuela et l’Equateur. Rien sur les relations de la FARC avec la France ou le Brésil, par exemple. Que c’est-il donc passé durant ces 48 heures ? Le rapport d’Interpol est limpide :

- "L’accès aux données contenues dans les huit pièces à conviction informatiques provenant des FARC entre le 1er mars 2008, date à laquelle elles ont été saisies par les autorités colombiennes, et le 3 mars 2008 à 11 h 45, lorsqu’elles ont été remises au Grupo Investigativo de Delitos Informáticos de la Police judiciaire colombienne, n’a pas été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international (c’est nous qui soulignons) en matière de traitement des éléments de preuve électroniques (…) En d’autres termes, au lieu de prendre le temps de créer des images des contenus de chacune des huit pièces à conviction saisies en les protégeant contre l’écriture avant d’y accéder, ils ont accédé directement aux données en question."

Bizarrement, c’est précisément durant ce laps de temps où la police judiciaire colombienne attend les ordinateurs que sont révélées les soi-disant preuves. C’est-à-dire que ces soi-disant preuves ne sont pas le travail scientifique des informaticiens de la police mais d’une officine de l’armée colombienne qui n’a pas pris le soin de créer des images des contenus des documents avant de les ouvrir.

De plus selon le rapport d’Interpol, des fichiers systèmes ont été crées ou modifiés après le bombardement du camp guérillero :

"83. L’examen de la pièce à conviction N° 26 – un ordinateur portable – a révélé les incidences suivantes sur les fichiers le 1er mars 2008 ou après cette date :
273 fichiers système ont été créés ;
373 fichiers système et utilisateur ont fait l’objet d’accès ;
786 fichiers système ont été modifiés ;
488 fichiers système ont été supprimés."

(C’est identique pour toutes les pièces à convictions : voir les points 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90 du rapport)

- Certes le rapport affirme que les fichiers utilisateurs (texte word, photos, etc…) n’ont ni été modifiés ni crées après le 1er mars. Mais dans la même conclusion, Interpol souligne qu’il existe dans toutes les pièces à conviction des milliers de fichiers datés de 2009 ou 2010.

Concernant ces fichiers, Interpol conclut "que ceux-ci ont été créés à une date antérieure au 1er mars 2008 sur une ou plusieurs machines dont les paramètres de date et d’heure système étaient incorrects."

Or comment attester de l’authenticité des fichiers s’il est si simple de changer la date de la création du document ? Autrement dit, l’officine de l’armée colombienne qui a eu pendant 48 heures les pièces à conviction aurait très bien pu créer un document en l’antidatant. Surtout si comme le révèle Interpol les fichiers systèmes ont été modifiés.

Comme on le voit, le rapport d’Interpol soulève plus de questions sur la validité des documents de l’ordinateur de gauche qu’il n’apporte de réponses. Qu’importe, le tsu-na-mi médiatique s’abat déjà sur le Venezuela (mais pas sur l’Equateur, allez savoir pourquoi…). Marie Delcas du Monde (3) , confondant le travail de juge avec celui de journaliste, reprend à son compte les accusations du gouvernement colombien, alors que, rappelons-le, d’une part Interpol ne s’est pas prononcé sur le contenu des documents, d’autre part le rapport jette de forts doutes sur l’authenticité de l’origine des documents.

On aimerait que Marie Delcas puisse répondre à l’invitation lancée par le président équatorien Rafael Correa depuis Paris le 13 mai dernier : "Nous ne donnons aucune crédibilité à ces ordinateurs, mais si quelqu’un le fait, alors il devra aussi accorder de la crédibilité lorsque la FARC accuse Uribe d’être un paramilitaire et un narcotraficant". Jusqu’à maintenant, pas une ligne dans le Monde ou dans les autres media sur ce sujet…

Et pourtant…

L’ordinateur de droite

Et pourtant, il existe un autre ordinateur. Celui-là a encore son propriétaire vivant pour authentifier les documents saisis. Cet ordinateur-là appartient au chef paramilitaire Rodrigo Tovar, alias "Jorge 40". C’est l’ordinateur de droite.

Dans l’ordinateur de droite, saisi en 2006, ont été trouvées des preuves de plus de 50 assassinats perpétrés par les paramilitaires (4) contre des leaders syndicaux et de mouvements sociaux en 2005 et 2006.

De plus, une liste d’élus colombiens (sénateurs, députés, maires, gouverneurs) parrainés par les paramilitaires va être mise à jour. Des dizaines d’élus bénéficient de la protection, du financement, des contacts et des moyens de pression des paramilitaires. Et plus grave, l’ordinateur de droite compte mêmes des preuves de fraudes électorales organisées par les paramilitaires pour diverses élections dont celle du président Alvaro Uribe.

L’ordinateur de droite va être le déclencheur du scandale de la parapolitique en Colombie. Ce néologisme fait allusion au lien unissant certains hommes politiques, des membres des services secrets, des hommes d’affaires avec les groupes mafieux paramilitaires, connus entre autre pour découper leurs victimes à la tronçonneuse et jouer au football avec leur tête.

A-t-on eu besoin d’appeler Interpol pour prouver l’authenticité des documents trouvés dans l’ordinateur de droite ? Non, car son propriétaire, Jorge 40, a confirmé par la suite l’authenticité des documents.

Mais Jorge 40 ne va pas s’arrêter à ce témoignage. Il confirme l’existence des Accords de Ralito. Une alliance officielle, avec documents signés à l’appui, entre quatre chefs paramilitaires et 29 personnalités politiques (députés, sénateurs, maire, gouverneurs de régions), un journaliste, et deux propriétaires terriens pour "refonder la Patrie" et "protéger la propriété privée". Lors de la signature de ces accords, on a pu noter la présence du conseiller de Nicolas Sarkozy, le bourreau argentin Mario Sandoval (5) .

Le scandale de la parapolitique touche désormais des ministres et l’actuel vice-président dont la famille possède le seul quotidien de diffusion nationale. Le cercle se réduit autour d’Alvaro Uribe.

Qu’à cela ne tienne, les Etats-Unis viennent d’obtenir l’extradition de Jorge 40 et de 12 autres chefs paramilitaires. Jorge 40 et son ordinateur n’ont désormais plus de compte à rendre à la justice et au Peuple colombien. L’ordinateur de droite était gênant, on a pu le faire disparaître discrètement pendant que tous les media parlaient de l’ordinateur de gauche. Raul Reyes, lui, n’est plus là pour témoigner de l’authenticité des documents de son ordinateur indestructible…

Romain Migus

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Notes :

(1) Rapport des Forces Armées Equatoriennes, cité par El Commercio  : http://www2.elcomercio.com/noticiaE... (en espagnol seulement)

(2) Rapport d’expertise d’Interpol sur les ordinateurs et le matériel informatique des Farcs saisis par la Colombie : http://www.interpol.int/Public/ICPO...  (PDF à télécharger en français)

(3) Marie Delcas, "Le Venezuela est accusé d’avoir fourni armes et argent aux FARC", Le Monde, 16/05/08. (reproduit ci-dessous)

(4) Pour en savoir plus sur les pratiques des groupes paramilitaires colombiens, lire l’excellent article de Jorge Chavez Morales, "Offensive paramilitaire au Venezuela" : http://bellaciao.org/fr/article.php...

(5) Sur ce sujet voir Nora Veiras, "Talento Argentino para el gobierno de Francia", en français "Un talent argentin au service du gouvernement français" : http://www.legrandsoir.info/spip.ph...
et « Ingrid Betancourt : le double jeu de Nicolas Sarkozy », Réseau Voltaire, 24 mars 2008.

 





« Les contacts avec les FARC ont été perdus depuis la mort de Raul Reyes », affirme M. Correa
[Le Monde | 12.05.08]
QUITO ENVOYÉE SPÉCIALE -  Propos recueillis par Marie Delcas


Le président équatorien Rafael Correa est attendu à Paris, mardi 13 mai, où il doit être reçu par Nicolas Sarkozy et par des proches de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, alors que le quotidien espagnol El Pais vient de publier des extraits de documents trouvés dans l’ordinateur de Raul Reyes, le responsable des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) tué le 1er mars, lors d’un raid de l’armée colombienne en Equateur. Selon ces documents, le Venezuela aurait fourni des armes et de l’argent aux FARC. Caracas dément.

Les documents de Raul Reyes semblent indiquer que le gouvernement équatorien entretenait des liens avec les FARC…
Je me moque de ces documents et de ce qu’en pensent les Etats-Unis, Interpol et la Colombie.

Considérez-vous que ces documents ont été manipulés ?
Les documents qui concernent l’Equateur l’ont été. A en croire les courriels “trouvés” par la Colombie, les FARC ont apporté 100 000 dollars à ma campagne électorale en 2006 et, deux ans plus tard, mon gouvernement a signé avec eux un accord politique. Croyez-vous que les FARC auraient donné de l’argent sans un accord immédiat ? S’il faut croire les guérilleros quand ils disent avoir passé un accord politique avec mon gouvernement, il faudrait aussi les croire quand ils disent que (le président colombien) Alvaro Uribe est un narcotrafiquant paramilitaire.

Pensez-vous que les Américains ont participé à l’opération colombienne contre le camp de Raul Reyes le 1er mars ?
Je suis convaincu que les Etats-Unis ont fourni les renseignements et les technologies de pointe sans lesquels l’attaque n’aurait pas été possible. Les Colombiens affirment avoir utilisé des avions brésiliens Super-Tucanos. Notre enquête indique que ces avions ne peuvent transporter les bombes qui ont été lancées.

L’Equateur peut-il contribuer à la libération d’Ingrid Betancourt ?
Nous étions sur le point de l’obtenir quand le camp de Raul Reyes a été bombardé. Je ne sais pas s’il allait tenir parole, mais il avait annoncé la libération de deux otages en mars, dont Mme Betancourt. La France le savait. Et la France sait que nous sommes prêts à poursuivre nos efforts en faveur de la libération des otages. Malheureusement, depuis la mort de Raul Reyes, tous les contacts avec la direction des FARC ont été perdus.

Vous avez évoqué la possibilité de reconnaître aux FARC le statut de belligérant…
Si les FARC, qui ont une armée organisée et qui contrôlent une partie du territoire, cessent leurs actions terroristes, s’ils cessent les prises d’otages, s’ils respectent le droit humanitaire, nous pourrons les reconnaître comme un interlocuteur afin de négocier la paix. La France a exactement la même position que l’Equateur. (Le ministre français des affaires étrangères) Bernard Kouchner me l’a confirmé (à Quito fin avril). Si c’est pour négocier la libération des otages ou, mieux encore, la paix en Colombie, l’Equateur est prêt à tout. Ne comptez jamais sur nous pour la guerre.

L’Equateur est-il soutenu par la communauté internationale ?
En Amérique latine, l’Equateur a remporté la bataille diplomatique contre la Colombie. En revanche, l’Europe a assumé une position très proche de celle des Etats-Unis. La désinformation a fait des siennes. L’Equateur, a-t-on entendu dire en Europe, est un sanctuaire des FARC parce qu’un camp guérillero y a été bombardé. A ce compte-là, la Colombie, où il y a des centaines de camps des FARC, est le plus grand sanctuaire de la guérilla ! L’Equateur n’est pas un acteur du conflit colombien, il en est une victime.
L’Equateur a toujours coopéré avec la Colombie contre les groupes illégaux. Le problème aujourd’hui, c’est que la guerre menée par le président Alvaro Uribe repousse les guérilleros vers notre frontière commune. Il est indéniable que, faute de présence de l’Etat, faute d’écoles, de routes et d’hôpitaux, une partie de la population, colombienne et équatorienne, y appuie les FARC. Pour faire contrepoids à la stratégie militariste du “Plan Colombie”, nous avons conçu le “Plan Equateur”, axé sur le développement humain de la zone frontalière.

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Le Venezuela est accusé d'avoir fourni armes et argent aux FARC
LE MONDE | 15.05.08 | BOGOTA CORRESPONDANTE - Marie Delcas

La médiation d'Hugo Chavez n'a pas permis d'obtenir la libération d'Ingrid Betancourt, mais elle a conduit le président vénézuélien à promettre armes et millions à la guérilla colombienne. C'est ce que révèlent les courriels trouvés dans les ordinateurs de Raul Reyes, l'un des chefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche), tué le 1er mars. Jeudi 15 mai, trois experts d'Interpol ont confirmé l'authenticité des 38 000 documents informatiques figurant sur ces ordinateurs, assurant n'avoir trouvé "aucune altération des données".

Le Monde a eu accès à une centaine de courriels qui traitent du Venezuela. "Le président Chavez a accepté sans sourciller la demande de 300", écrit Ivan Marquez, un autre chef des FARC, après avoir été reçu par M. Chavez à Caracas le 8 novembre 2007. D'autres courriels laissent penser qu'il s'agit de 300 millions de dollars. "Il faudrait préciser si c'est un prêt ou si c'est de la solidarité", s'inquiète le dirigeant historique des FARC, Manuel Marulanda.

"Chavez a dit que si Uribe (le président colombien) touche à un délégué des FARC, il se gagnera un ennemi à vie", écrit M. Marquez. Lors de son passage par le palais présidentiel, il évoque avec le ministre de l'intérieur vénézuélien, Ramon Rodriguez Chacin, "un mécanisme pour recevoir dans la région de l'Orénoque l'envoi des Australiens" (des vendeurs d'armes rencontrés en septembre 2007). Le ministre demande aux FARC de former des militaires vénézuéliens "aux techniques de la guérilla" en vue d'une guerre "asymétrique" contre les Etats-Unis.

En février 2008, une rencontre secrète a lieu entre Ivan Marquez et le président vénézuélien. M. Chavez affirme qu'il dispose des "premiers 50 et d'un calendrier pour compléter les 200 sur l'année". Il offre aux FARC un "quota de pétrole" et "des vieux lance-pierres qui marchent encore" (des fusils, selon Bogota) en provenance du Nicaragua. M. Marquez écrit : "L'ami de 348-6546-6447-6849-6471-6542 lui a suggéré de travailler le paquet par la voie du marché noir pour éviter des problèmes." Ce chiffre serait le code pour la Biélorussie, fournisseur d'armes de Caracas. Révélés par le quotidien espagnol El Pais, ces documents ont provoqué la colère de M. Chavez, qui accuse la Colombie et les Etats-Unis d'ourdir un complot contre lui. Le rapport technique d'Interpol ne lèvera pas tous les doutes. "En filtrant les documents au compte-gouttes, Bogota prête le flanc aux suspicions de manipulation politique, note un diplomate latino-américain. On sait que la France a rencontré plusieurs fois les FARC pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt. Or, bizarrement, rien n'a encore paru sur le contenu de ces pourparlers."

Les documents révélés sont une mine d'informations sur les FARC et leurs relations, émaillées d'incidents, avec le gouvernement vénézuélien. En 2000, M. Chavez reçoit officiellement une délégation des FARC, engagées dans des pourparlers de paix. Déjà, la guérilla fait savoir qu'elle veut de l'argent et des armes. Après la rupture du processus de paix, M. Chavez prend néanmoins ses distances avec les FARC, apparemment sur le conseil des Cubains. Aucune réunion "au sommet" n'aura lieu avant celle de novembre 2007.

Plusieurs hommes font toutefois la liaison. Avec "Tino", un député vénézuélien, les FARC parlent politique et stratégie. La guérilla cherche à infiltrer l'armée de réserve mise en place par M. Chavez. Avec le colonel Hugo Carvajal, chef des renseignements militaires vénézuéliens, et un certain "général Alcala", les FARC coordonnent la cohabitation à la frontière et, à l'occasion, l'achat d'armes. En février 2007, Ivan Marquez accuse réception de "20 missiles antichar de 85 mm, 2 tubes et 20 charges". Le général Alcala s'engage à amener "un marchand d'armes de Panama". Il va être détaché au port de Maracaibo, "ce qui est un grand avantage pour décharger des marchandises".

Pour les FARC, la médiation du Venezuela pour la libération des otages apparaît comme un prétexte leur permettant de consolider leur "plan stratégique", qui doit les conduire un jour au pouvoir et qui passe, à court terme, par la reconnaissance de leur statut de belligérant.

Marie Delcas

 



24 mars 2008
Ingrid Betancourt : le double jeu de Nicolas Sarkozy

Selon le président équatorien, Rafael Correa, son homologue colombien, Alvaro Uribe, aurait plusieurs fois fait échouer la libération des otages des FARC, en tentant de profiter de ces moments pour lancer des opérations militaires au mépris de la parole donnée.

Selon la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, la France avait offert aux FARC un téléphone satellitaire pour conserver un contact permanent lors des négociations pour la libération d’Ingrid Betancourt. Mais lors d’une opération conjointe franco-états-uno-colombienne, les services français ont utilisé cet appareil pour localiser le négociateur et numéro 2 de la guérilla, Raúl Reyes, la CIA a tiré un missile guidé, et les forces spéciales colombienne ont nettoyé le campement.

Des victimes du leader neo-fasciste Mario Sandoval affirment l’avoir reconnu parmi les membres de la délégation officielle française chargée des négociations.

Selon la Comisión Nacional sobre Desaparición de Personas (Conadep), organisme argentin chargé d’enquêter sur les crimes de la junte, M. Sandoval aurait été à la fin des années 70 professeur à l’école de police et aurait commis divers crimes (dossier d’instruction 1076/1163).

Selon El Tiempo de Bogota, repris par de nombreux quotidiens latino-américains, Mario Sandoval prodiguerait désormais ses conseils à l’état-major militaire de l’Élysée.

Cependant, selon un communiqué de l’ambassade de France à Bogota, M. Sandoval n’exerce aucune fonction officielle auprès de M. Sarkozy.

Publié dans Politique Monde

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