Réactions, réflexions & interrogations d'une petite fourmi curieuse
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"Ce n'est pas un signe de bonne santé que d'être bien adapté à une société profondément malade."   J. Krishnamurti


Dimanche 18 mai 2008
Les Etats-Unis : un Etat paranoïaque en guerre contre le monde entier ... et contre la démocratie.


Il ne s'agit pas de diaboliser les Etats-Unis, mais de regarder les dérives internes et sur le plan de ses interventions dans le monde, pour ce qu'elles sont.

Là aussi, la pensée officielle est de traiter toute approche critique de la politique américaine comme étant de l'anti-américanisme primaire. L’on ne dément jamais les faits avancés, comme si tout était dit en prononçant ses termes.De ce fait, en réalité ce sont ceux qui regardent avec lucidité ce qui se passe et tentent d'en montrer les mécanismes, que la propagande officielle tente de diaboliser.

De nombreuses théories du complot fleurissent, trop nombreuses pour les évoquer. Toutefois, les analyses et les faits avancés sont la plupart du temps justes, même si elles construisent à partir de là des théories plus ou moins irrationnelles et paranoïaques. Cela dénote toutefois une grande imagination de leurs auteurs que l'on chercherait en vain chez ceux qui nous gouvernent.
Mais si vous regardez la trame de fond de ces théories, elles sont presque toutes calquées sur les schémas de la peur de diables et démons qui comploteraient tapis dans l'ombre contre l'espèce humaine, ce qui est un des piliers fondateurs de nombreuses superstitions et croyances religieuses.

En fait, cela n'a rien de nouveau, c'est un comportement caractéristiques de l'esprit humain, que de donner un visage à sa peur, lorsqu'il se sent totalement perdu et impuissant ... et, effectivement vu la situation actuelle, c'est tout à fait compréhensible, et il n'est pas plus aberrant de croire à un complot extra-terrestre, aux illuminatis, etc.. qu'en dieu et au diable.
C'est le complot mondial d'une poignée d'individus que je récuse, non le fait que des groupes occultes existent, car il y en a toujours eu.

Regardons l'histoire. Des confréries secrètes cherchant à détenir le pouvoir de façon occulte ont toujours existé dans les sociétés de castes hiérarchisées, mélangeant ésotérisme/religion et pouvoir temporel/matériel. Elles existent, et mondialisation oblige, ces sociétés ou groupuscules occultes se sont planétarisées. Mais elles sont en permanence en rivalités les unes avec les autres, comme elles l'ont toujours été dans le passé.

Reprenez l'histoire de France, l'ensemble des intrigues, complots, assassinats qui étaient le quotidien de la noblesse et familles royales pendant des siècles ... ce n'est pas si vieux, et ça n'a jamais réellement cessé. Une accalmie très passagère aura eu lieu dans la vieille Europe, qui n'aura pas tenu très longtemps ... et encore, c'est une illusion dans laquelle nous avons été élevé.
Si le niveau d'échelle a changé, les schémas de fonctionnement ne sont pas nouveaux, et sont même des plus archaïques ... nous avons moins évolué que nous ne voulons le croire.


Perdre ses illusions est toujours douloureux, mais vouloir les garder dans la situation actuelle est dangereux, et va à l'encontre de l'instinct de survie de l'espèce.

Le problème que posent les Etats-Unis est celui que pose un animal enragé qui se précipiterait sur tout ce qui bouge pour le mordre. C'est une image bien sûr, à ne pas prendre au pied de la lettre.
Toutefois, les Etats-Unis sont surarmés et ses dirigeants paranoïaques. Ils ont vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale sur le dos du reste du monde, en pillant la planète. Aujourd’hui, du fait que  son économie et sa domination politique s'effondrent, leur agressivité devient croissante et représente un réel danger pour tous.

La chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique, n'ont pas signé le triomphe de la puissance américaine, mais le début de son déclin. Sur le plan de l'équilibre géopolitique, la chute de l'un des deux blocs, semble avoir entraîné la chute de l'autre et nous sommes dans une phase de chaos.
Par ailleurs, le système économique et financier mondial est en crise. Or les Etats-Unis y étaient la puissance dominante. L’économie américaine est la première touchée et est en train de s’effondrer. Ils ne peuvent que limiter et retarder leur affaiblissement, sans pouvoir l’enrayer.


Ils ne peuvent cependant admettre de perdre cette position dominante et ne connaissent qu'une stratégie : la guerre.

Au lieu de voir comment limiter les dégâts, plus ils sentent le contrôle de la situation leur échapper, plus avec une agitation fébrile, ils cherchent à multiplier conflits et agressions.

Déjà embourbés dans des guerres coloniales sans issue en Afghanistan et en Irak, ils cherchent à provoquer une guerre contre l'Iran et à y entraîner l'Europe et le Canada (*).

Je ne reviendrais pas sur le soutien inconditionnel à la politique barbare d'Israël, Etat qui, affecté par la même démence paranoïaque, fait du Moyen-Orient une poudrière qui finira par exploser.

Les Etats-Unis critiquent ouvertement le gouvernement Chinois vis-à-vis du Tibet, en passe de devenir, si elle ne l'est déjà, la première puissance économique mondiale. Ils jouent « les redresseurs de torts » au nom de droits de l'homme, qu'ils sont les premiers à violer depuis des décennies, finançant l'agit-prop du Dalaï-lama et offensant la grande majorité du peuple chinois qui prend très mal l’ingérence d’occidentaux loin d’être irréprochable eux-mêmes.

Refusant l'émancipation de l'Amérique latine, ils ne cessent d'ourdir et financer des putschs et déstabilisations des régimes qui ont commis le crime de cesser de leur être inféodé et cherchent à se réapproprier leurs ressources naturelles pillées par les multinationales occidentales.
Ils inondent d'une propagande massive les populations occidentales, avec la complicité de nos médias-carpettes, visant à diaboliser tous les pays émancipés, tout en soutenant la régime sanglant et despotique de la Colombie.


Le choc des civilisations est la moins crédible des théories du complot !

Ce n'est pas parce qu'elle est matraquée à tout va, par tout ce qu'il y a de politiciens, de pseudo-intellectuels et de médias officiels, qu'elle est plus vraie que celles colportées par le net !
Ce n'est pas parce qu'une croyance est répandue qu'elle est vérité.
Voir à ce sujet l'article : L'ideologie du "choc des civilisations" et sa propagande et ses mécanismes

La thèse du complot terroriste international Islamiste est pourtant très grossière, et ne résiste pas à l'examen des faits. Je ferais un article ultérieurement sur ce sujet et sur la version officielle des attentats du 11 septembre qu'il est toujours tabou de remettre en cause en France, ce qui en fait un des rares pays où l'omerta règne encore à ce sujet.

Un petit rappel sur la réalité des croisades, loin des images d'Épinal qui en sont véhiculées, puisqu'on tente de nous renvoyer à l'obscurantisme et la barbarie d'il y a 9 siècles :
"Magnifiées par certains historiens comme des épopées spirituelles ou glorieuses, les Croisades apparaissent pour d'autres tels Georges Duby surtout comme des expéditions de pillage de la noblesse de l'Europe du nord-ouest (même si individuellement, il y a eu des Croisés en recherche d'élévation spirituelle, et même si certains faits d'armes ou certains souverains ont montré du courage). Et surtout, elles sont, pour les Byzantins, les Turcs et les Arabes, de véritables "invasions barbares", qui s'abattaient sur leurs pays, à l'époque plus urbanisés et policés que les royaumes féodaux ouest-européens. Elles ont contribué à semer une haine durable entre chrétiens (catholiques et orthodoxes), et entre chrétiens et musulmans. Après les croisades, les catholiques ne purent plus, durant cinq siècles, faire le pèlerinage de Jérusalem." ( source Wikipedia )


Les Etats-Unis : des pyromanes psychopathes.

Ils sont en train de mettre le feu à la planète et de multiplier les foyers d'incendie, tout en ayant fabriqué de toute pièce des incendiaires fantômes, qu'on ne cessera de chercher sans jamais pouvoir les attraper. Ainsi, ils permettent de justifier la surenchère sécuritaire et liberticide, transformant nos sociétés en système totalitaire, pensant arriver à conserver le pouvoir sur une partie du monde en faisant vivre les populations dans une psychose collective, une sorte syndrome de forteresse assiégée ...

Pas d'affolement, ouvrons seulement les yeux, intéressons nous à ce qui passe ailleurs dans le monde, ça ne peut pas marcher si nous refusons d'entrer dans le jeu et de nous laisser enfermer dans la peur ... Le meilleur moyen est de constater que cette peur n'a aucune raison d'être, ce que l'on agite sous nos yeux n'est un épouvantail destiné à nous effrayer ... pour que nous détournions les yeux des vrais problèmes : sociaux, économiques, environnementaux, de démocratie ...

Par ailleurs, si des pays comme le Royaume-Uni ont fait totalement allégeance aux USA, et que Sarkozy cherche à entraîner la France sur la même voie, rien ne prouve que cela marchera avec toute l'Europe. Quant au reste du monde, il leur échappe déjà ...  tant sur le plan politique qu’économique.

Plus les Etats-Unis perdront pied, plus ils s'agiteront. Ils n'hésiteront pas à entraîner un maximum de monde dans leur chute, comme ces psychopathes qui tirent dans la foule, cherchant à tuer le plus de personnes possible avant de se faire abattre ou de se suicider.

Il ne s’agit pas d’ostraciser le peuple américain, dont la situation est loin d’être idyllique et dont l’avenir s’annonce bien sombre. Mais justement le meilleur service que nous puissions lui rendre est de ne pas soutenir son gouvernement et ne pas le suivre dans son hystérie guerrière. Sans le prétexte de la guerre, il lui sera plus difficile de justifier le totalitarisme sécuritaire qu’il met en place pour contrôler et priver de liberté ses propres citoyens, ce qui leur laissera plus de chance de reprendre leurs vies en main.

Nous, il nous incombe de reprendre en main les nôtres qui sont en train de nous échapper et de refuser de revenir à un servage supposé appartenir au passé … refusons ce retour à l’archaïsme social et politique, soyons pour le progrès en redonnant tout son sens à ce terme !



(*) Le Canada emboîte le pas aux USA et entre en économie de guerre




Le retour de la Quatrième Flotte : un message de guerre
par Raúl Zibechi - Cuba Debate 

Mondialisation.ca, Le 15 mai 2008


TRADUCTION :
Pancarte :
LES CARAÏBES
Bulle : "Quand donc comprendront-ils qu'ici, ni les canonnières, ni les canons ne marcheront ?"
___________________________________________

Le premier juillet prochain, l’ armée US réactivera la Quatrième Flotte, avec l'intention « de combattre le terrorisme », les « activités illégales » et d'envoyer un « message » au Venezuela et au reste de la région. Il s'agit là de la première réaction par une projection de longue haleine de la part de Washington, après l'attaque au campement des FARC (en Équateur) au mois de mars dernier, qui a fait trembler l’échiquier régional et a mis en évidence la faiblesse de la superpuissance et l'isolement de ses alliés dans la région.

Le communiqué du Pentagone, émis le 25 avril, fait valoir que la réactivation de la Quatrième Flotte - créée en 1943 pour faire face à la menace des sous-marins nazis dans les Caraïbes et l'Amérique du Sud et dissoute en 1950 - servira à « démontrer l’engagement des USA auprès de leurs partenaires régionaux ». La flotte sera commandée par le contre-amiral Joseph D. Kernan, actuel chef du Commandement de la Guerre spéciale navale, et aura sa base à Mayport, en Floride ; elle dépendra du Commandement Sud basé à Miami.

Onze navires, dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire, constitueront le noyau initial de la flotte.

La décision du Pentagone intervient à un moment de tension particulière en Amérique du Sud et d'extrême volatilité sur les marchés de matières premières. On ne doit pas oublier qu'un tiers des importations de pétrole des USA proviennent le Venezuela, du Mexique et de l'Équateur, ce qui fait de la région un espace stratégique pour maintenir la suprématie économique et militaire du principal pays de la planète.

Deuxièmement, l'empire vient de subir une série de défaites dans la région : le triomphe de Fernando Lugo au Paraguay, la création imminente du Conseil sud-américain de la Défense à la demande du Brésil et du Venezuela, la consolidation du processus conduit par Rafaël Correa en Équateur, qui implique des revers pour les multinationales pétrolières et minières, et la consolidation de l'indépendance économique de pays comme le Brésil, qui visent à renforcer un Mercosur chaque fois moins dépendant des économies du premier monde, parmi les plus significatives.

À tout cela on doit ajouter, en troisième lieu, les fortes tendances à l'instabilité dans la région, comme le montrent les récentes révoltes en  Haïti, le conflit intense pour l'hégémonie en Bolivie et l'offensive de secteurs du grand patronat contre le gouvernement de Cristina Fernández en Argentine. Devant ce panorama, dans lequel l'instabilité tend à être accentuée par la spéculation féroce du capital qui provoque des hausses spectaculaires des prix des aliments, la réactivation de la Quatrième Flotte signifie que les USA misent sur un interventionnisme de type aéronaval et non terrestre, comme le reconnaît l'analyste conservateur argentin Rosendo Framboisier (« la Quatrième Flotte et les sous-marins de Chávez », 28 avril, dans Nueva Mayoría).

En effet, embourbé qu’il est en Iraq et en Afghanistan, le Pentagone ne dispose pas de forces terrestres à « distraire » dans d'autres théâtres d'opérations. D’où son choix de se fortifier par des moyens aériens et navals pour contrôler une région qui s'avère toujours plus hostile. Mais le déploiement de la Quatrième Flotte n'est pas seulement un avertissement mais surtout une menace. Bien que Hugo Chavez ait déclaré que « le vieil empire ne fait plus peur », ce qui est sans doute vrai de manière générale sur la scène latino-américaine, concrètement Washington est encore capable de fabriquer des crises comme il le démontre ces jours-ci en Bolivie. Dans ce pays andin se met en place une stratégie planifiée de longue date, qui prétend apprendre des « erreurs » commises au Venezuela, où l'échec du coup d'État d'avril 2002 a été à la base de la radicalisation du processus.

En Bolivie, au contraire, on met en oeuvre une stratégie moins stridente mais aussi destructive que le putschisme, basée sur une demande d’autonomie qui en réalité fait partie du projet stratégique d'Evo Morales mais qui est utilisée avec des fins opposées : au lieu de donner du pouvoir aux mouvements sociaux et à la société civile, il cherche à blinder les intérêts de l'oligarchie de la province de Santa Cruz et à freiner le processus de changements entamé par le gouvernement de la La Paz. Le résultat, dans le moins pire des scénarios, est la fabrication d'un processus qui peut entraîner le gouvernement d'Evo dans une crise d'État, qui le forcerait à négocier à la baisse le programme de changements ou qui provoquerait sa démission pour éviter une guerre ou la division du pays.

À ce stade, il vaut la peine de tenir compte des réflexions du géographe US David Harvey, qui soutient que le néo-libéralisme se caractérise par ce qu’ il appelle « accumulation par dépossession », autrement dit l'appropriation de biens communs, entreprises et jusqu'à des États. Dans un article récent (« Le néo-libéralisme comme destruction créative »), Harvey soutient que pour « restaurer le pouvoir de classe » - menacé par les rébellions à partir des années 60 - on fabrique des crises pour pouvoir imposer les recettes néo-libérales. Ces crises peuvent prendre des formes très diverses : le coup d'État, comme au Chili en 1973 ; l'invasion, comme en Iraq ; ou la menace de banqueroute, comme on l’ fait avec la ville de New York en 1975 pour mettre en échec les syndicats municipaux.

Ce qui est certain est que l'accumulation par dépossession ne peut pas se faire sans violence, matérielle, symbolique, ou les deux à la fois, dans un processus totalement antidémocratique d'imposition verticale d'un modèle de société. Il ne s'agit plus seulement de défendre les privilèges d'une classe sociale, comme cela est arrivé dans les années 60 et 70 au moyen de coups d'État dans toute la région. Disons que celle-là était une tactique « de défense » de ceux d'en haut pour de maintenir leurs privilèges. Maintenant les choses sont complètement différentes : on cherche à remodeler la carte de la région, et du monde, pour les multinationales et l'empire, en déplaçant des populations entières de territoires où il y a des richesses naturelles ou là où le capital cherche des terres pour produire des marchandises au moyen de monocultures. Et, pour cela, balayer par la corruption, ou à la force, les gouvernements qui gênent. La Quatrième Flotte est une pièce de plus de cet engrenage.


Article original en espagnol, Cuba Debate, publié le 9 mai 2008.

Traduit par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

Raul Zibechi est Uruguayen. Journaliste, commentateur et écrivain, il est responsable de la section internationale de l'hebdomadaire Brecha, édité à Montevideo. En 2003, il s'est vu décerner le Prix latino-américain de journalisme José Marti.

par benedicte publié dans : Politique Monde ajouter un commentaire commentaires (0)   

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