Palestine : les 60 ans de la Naqba (2)

Publié le par benedicte

Palestine : les 60 ans de la Naqba (2)

 

60 ans vous ne trouvez pas que c'est trop long ? ... Combien reste-t'il de palestiniens vivants qui se souviennent d'avant ? Qu'il y a eu un autre temps que celui de l'oppression, de l'humilitation, du viol et de la privation de leurs droits, des bombardements et de la destruction de leurs maisons, des arrestations et des morts arbitraires ? Combien se souviennent encore d'avant le ghetto ?


Une horreur sans cesse renouvelée depuis 60 ans ... avec notre complicité !


Ce n'est pas des morts qu'il faut se soucier, mais des souffrances des vivants !

Alors ce par devoir de mémoire que la Naqba ne soit pas oubliée, mais parce sa barbarie n'a pas cessé depuis 60 ans et est toujours d'actualité !


2 articles ci-dessous :




3 mars 2008
Mémoire d’un enfant palestinien de la Naqba de 1948


Le texte ci dessous a été publié en 1988, il y a 20 ans ; il évoque l’impossibilité d’oublier "d´un enfant palestinien de la Naqba de 1948". Quarante années avant de publier ce souvenir, posthume ; et 20 années de plus pour qu’il soit diffusé plus largement. Faudra-t-il 60 années pour que des enfants de Gaza arrivent à dire ces mêmes massacres, par les mêmes troupes coloniales ? Pour ne pas oublier.

Ce texte a été publié en 1988 dans la « Revue d´Etudes Palestinienne » en hommage à Khalil Al-Wazir, alias Abou Jihad, l´un des fondateurs avec Yasser Arafat du Fatah, et qui venait d´être assassiné en avril 1988 par un commando israélien devant sa famille en Tunisie. Ce témoignage d´Abou Jihad fut publié sous le titre « Hommage à Abou Jihad ». Or nous pouvons peut-être l´actualiser en le nommant « Mémoire d´un enfant palestinien de la Naqba de 1948 », et proposer que ce texte soit aussi étudié, pas uniquement en classe de CM2, mais aussi dans les cabinets du président de la république et de ses ministres. Peut-être que nos dirigeants feront alors quelque chose pour arrêter les horreurs du présent avant de penser à celles de l´avenir.

* * * *

« Je ne peux oublier... »

« Je me souviens comme si c’était hier du jour où les forces sionistes ont attaqué Jaffa. Les Arabes de cette ville envoyèrent quelques voitures et des camions chez nous à Ramleh. "De l’aide pour Jaffa !, De l’aide pour Jaffa !", criaient-ils. Je vois encore les hommes et les femmes de Ramleh montant dans les voitures et les camions. L’un d’eux avait un très vieux revolver, quelques couteaux et des gourdins. Nous nous portions ainsi secours les uns aux autres. Nous savions que les juifs attaqueraient Ramleh et Lodd s’ils arrivaient à prendre Jaffa. C’est exactement ce qui arriva. Une nuit ils encerclèrent Ramleh et Lodd et ils y parvinrent aisément parce que les soldats jordaniens s’étaient retirés sans combattre. Nous étions encerclés et seuls.

Nos gens ne pouvaient se battre - avec quoi l’auraient-ils fait, nous n’avions pas d’armes. Le maire et une délégation municipale se rendirent auprès des commandants juifs. Le maire leur dit : "D’accord, vous pouvez entrer dans la ville, mais vous ne devez ni faire du mal aux gens ni prendre des prisonniers ; et vous devez permettre aux gens de rester dans leurs maisons et d’y vivre normalement". Les juifs lui répondirent "non". Ils voulaient que nous quittions nos maisons, que nous abandonnions notre ville.

Après notre décision de ne pas bouger, Ramleh et Lodd furent soumis au tir de l’artillerie. Je ne peux oublier ce qui alors se passa. Le toit de notre maison fut touché. Nous étions au rez-de-chaussée. Puis un autre obus tomba dans la rue, et notre porte vola en éclats. Les obus tombaient partout sur la ville, et le maire demanda à la population d’aller se mettre à l’abri dans les mosquées et les églises. Nous vivions dans la partie chrétienne de Ramleh et nous nous hâtâmes vers l’église des catholiques. C’est à ce moment que certains de nos voisins furent tués par les obus.

Nous vécûmes deux jours dans l’église avant que les juifs n’entrent dans la ville. Hommes, femmes et enfants, nous dormions collés les uns aux autres. On ne pouvait pas poser le pied entre les corps tant ils étaient serrés. Quand les juifs entrèrent dans la ville, je montai au cinquième étage. A travers les volets, je les vis de mes yeux abattre des femmes et des enfants qui étaient encore dans la rue. Je ne peux l’oublier. Puis je regardai les soldats juifs entrant dans nos maisons, défonçant ou cassant les portes et faisant feu à l’intérieur. Parfois, ils en faisaient sortir des gens qu’ils abattaient dans la rue.

Dans l’église les gens pleuraient. Certains criaient "Deir Yassine, Deir Yassine". Nous étions convaincus que nous allions être à notre tour massacrés. Le prêtre confectionna un drapeau blanc et quand les soldats juifs se dirigèrent vers l’église, il sortit à leur rencontre. Puis il y revint avec eux. Ils nous dirent : "Les mains en l’air". Tout le monde s’exécuta. Alors ils commencèrent à nous trier. Ils nous dirent qu’ils voulaient tous les jeunes et les hommes âgés de quatorze à quarante cinq ans. Puis ils les emmenèrent vers les prisons et les camps de détention. Seuls demeuraient les enfants, les femmes et les vieux. Le lendemain, les juifs nous autorisèrent à regagner nos maisons, et je n’oublierai jamais ce qui arriva alors. Durant la nuit, les soldats juifs firent plus de dix fois irruption dans notre maison. Ils forçaient leur chemin et mettaient tout sens dessus dessous. Ils disaient qu’ils cherchaient des armes. En réalité, ils visaient - c’était partie de leur politique - à nous donner un sentiment permanent de panique et d’insécurité. C’était leur tactique pour nous faire fuir nos maisons et notre patrie. Ma grand-mère était à l’époque très vieille et très malade. A chaque fois que les juifs débouchaient dans notre maison, ils tiraient brutalement les couvertures de son lit. Quand ils réalisèrent néanmoins que malgré tout nous n’avions pas l’intention de bouger, ils devinrent de plus en plus agressifs.

Deux jours plus tard, ils firent une annonce par haut-parleurs. Ils nous ordonnèrent de quitter nos maisons et de nous rassembler en certains points de la route. Ils dirent qu’ils préparaient des autobus pour nous emmener à Ramallah. Nous passâmes ainsi trois jours au bord du chemin. La nuit, ils tiraient au-dessus de nos têtes. Le deuxième jour, comme les autobus n’arrivaient pas, ils donnèrent l’ordre aux vieux de marcher vers Ramallah. Je restai seul avec trois de mes frères - l’un d’eux était encore un nourrisson -, mes trois soeurs, ma mère, ma grand-mère et ma tante.

Le troisième jour, les autobus arrivèrent. Nous avions quelques sacs avec nous. Dans l’un d’eux du pain, du fromage et un pyjama neuf dont j’étais très fier. Lorsque les juifs nous dirent que nous ne pourrions pas emporter nos sacs, je tentai d’en sortir le pain, le fromage et mon nouveau pyjama. Innocent comme un tout jeune enfant, je m’adressai au chauffeur. Je lui dis en hébreu : " Monsieur, je veux emporter un peu de nourriture ", et je désignai l’un de nos sacs. Il me dit "d’accord, d’accord". Lorsque j’y glissai ma main il y eut des cris d’énervement en hébreu. A cet instant, ma mère me tira brutalement contre sa poitrine. Elle avait vu un soldat juif qui me mettait en joue. Il tira plusieurs fois. J’aurais été probablement abattu si ma mère n’avait pas vu ce qui se passait. Les balles me manquèrent, mais touchèrent l’un de nos voisins de la famille al-Marsala à la jambe. Il vit aujourd’hui à Amman. Si vous allez le voir, il vous racontera comment les balles qui l’ont touché sont le sacrifice qu’il fit pour la vie de Khalil al-Wazir !

A quelque 16 kilomètres de Ramallah, les juifs firent stopper les autobus et nous ordonnèrent de descendre et de continuer à pied. "Ramallah est par là, vous devez couper à travers ces vallées et ces collines. "Nous nous mîmes en marche, lentement. Quelques-unes des femmes étaient vieilles et malades, et il fallait qu´elles s’arrêtent toutes les cinq minutes pour reprendre leur souffle. D’autres qui étaient en meilleure forme étaient quand même épuisées car elles portaient leurs enfants.

La deuxième nuit, les juifs nous bombardèrent au canon et au mortier. Nous commençâmes par nous mettre à l’abri derrière les rochers. Mais comme le bombardement se prolongeait, tout le monde commença à pleurer et à paniquer... et nous nous mîmes à courir, courir, courir jusqu’à Ramallah.

Je n’oublierai jamais. Des mères abandonnèrent leurs enfants : elles ne pouvaient plus les porter plus loin. Même ma tante conseilla à ma mère de laisser quelques-uns de mes frères et soeurs. Ma mère portait trois enfants. Ma tante lui dit "Tu ne eux pas courir avec trois enfants. Tu vas te faire tuer. Laisses-en deux et nous enverrons des secours les reprendre dès que nous atteindrons Ramallah". Ma mère refusa. Elle me dit : "Khalil, tu n’as que douze ans et tu n’es pas bien fort, mais penses-tu pouvoir porter l’une de tes soeurs et courir ?" Je répondis "oui" et c’est ce que je fis. Des enfants furent abandonnés car il n’y avait personne pour les porter ; d’autres parce que leur mère avait été tuée. Comment l’oublier ?

Il n’y avait pas de troupes arabes dans le secteur, ni soldats réguliers, ni volontaires, aucun contingent arabe d’aucune sorte. Les juifs savaient qui nous étions et où nous nous trouvions. L’attaque était délibérée et calculée et avait un seul objectif. Ils voulaient être sûrs que nous arriverions à Ramallah dans un grand état de panique et de détresse. Ils espéraient que notre état, ce que nous raconterions, inciterait d’autres pris de panique à quitter leurs foyers. Ce n’était qu’une partie de la stratégie intelligente et réussie des sionistes pour nous forcer à abandonner notre patrie sous l’effet de la peur.

Je sais que cela peut vous sembler difficile à croire, mais c’est ce qui est arrivé. »

Quarante ans plus tard, l’enfant qui avait réussi à atteindre Ramallah fut rejoint par ses tueurs et assassiné à son domicile de Sidi-Bou-Saïd, dans la banlieue de Tunis à l’aube du 15 avril 1988. Auparavant Khalil al-Wazir était devenu Abou Jihad, et il n’avait "jamais oublié".


Ce témoignage est extrait de l’ouvrage d’Aran Hart, « Arafat, Terrorist or Peacemaker ? » Londres, 1984, p. 91 et s.



 

60 ans d’existence d’Israël = 60 ans de Naqba pour les palestiniens
publié le jeudi 10 avril 2008.

 

Nous sommes dans le cadre de la campagne des 60 ans de la Nakba et dès lors qu’on ne se contente pas d’en faire la simple commémoration d’une catastrophe du passé ou une soporifique incantation « pour la paix », le principal mérite de cette campagne, telle que nous la concevons à la CCIPPP, c’est quelle actualise et présentifie l’origine du problème palestinien. Cette origine dont la violence rencontre tout d’un coup la violence du présent, impose ce sinistre constat : la Nakba continue ! A partir de quoi la Nakba de 1948 n’est plus seulement cet épisode catastrophique daté, mais elle devient en plus – hélas - le commencement d’une période catastrophique qui s’étire de 1948 à nos jours.

 

 

De 1948 à nos jours, période durant laquelle chaque jour, chaque mois, chaque année et chaque décennie durant 60 ans, la situation du peuple palestinien n’a cessé de s’aggraver. Aux massacres, aux emprisonnements, à la ruine économique, à la famine, au sociocide, à la confiscation des terres et des ressources, au morcellement de la Palestine s’ajoute un contexte international menaçant. En effet le rapport de force international, favorable à l’axe USA/Israël, fait que les risques de guerre sur cette partie du monde vont croissant. Pour toutes ces raisons, concernant la Palestine, on peut dire aujourd’hui et sans exagération que, non seulement l’existence d’un état palestinien est menacée, mais que l’existence même du peuple palestinien est menacée.

 

LE NETTOYAGE ETHNIQUE COMME CONSTANTE DE LA POLITIQUE DE L’ETAT ISRAELIEN

On ne peut pas comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Gaza si on ne le situe pas dans la logique de la création de l’état d’Israël. Si vous en doutiez je vous recommande la lecture de l’ouvrage terrible de l’Historien anticolonialiste israélien Ilan Pappé intitulé « Le nettoyage ethnique de la Palestine » et publié chez Fayard.

Ainsi depuis cet angle de vue, on comprend que ce qui se passe dans la bande de Gaza aujourd’hui n’est qu’un épisode d’une sinistre saga commencée avec le sionisme et qui a pris forme dans la tête de celui qu’Ilan Pappé nomme « l’architecte », le bâtisseur de l’état juif en Palestine et qui n’est autre que Ben Gourion.

Pour Ben Gourion l’objectif était simple : faire de la Palestine un état juif et pour cela chasser tous les palestiniens qui y vivent. Dès 1942 c’est-à-dire 6 ans avant la création de l’état d’Israël, Ben Gourion déclarait publiquement que les sionistes revendiquaient toute la Palestine. En 1948 il déclarait à l’exécutif de l’Agence juive : « Je suis pour le transfert, il n’y a là rien d’immoral. ». Par transfert il entendait bien sûr le déplacement, de tous les arabes hors de la Palestine historique. C’est ce qu’il a entrepris avant même le 15 mai 1948 date de l’annonce de la création de l’état d’Israël. En effet dès le 10 mars 1948 le plan D, (« Daleth » en hébreu) était parachevé et son exécution ordonnée. Si bien que trois mois avant la création officielle de l’état d’Israël, les juifs sionistes avaient réussi à expulser 200 000 palestiniens hors de leurs terres et maisons. Ben Gourion est devenu premier ministre de l’état d’Israël en 1948 et a dicté (sauf pendant une courte suspension) la ligne de conduite au pays jusqu’en 1963. C’est lui qui a crée la TSAHAL et aussi … le Parti Travailliste.

Entre 1947 et 1949, l’armée israélienne a assassiné des centaines de palestiniens, avec des massacres de masses comme à Deir Yassin près de Jérusalem, à Tantoura au sud de Haïfa, et à Dawaimeh près de Hébron pour ne citer que les plus importants, elle a détruit et rasé 531 villages, vidé 11 quartiers de villes et organisé l’expulsion forcée de 800 000 palestiniens. Abandonnant tous leurs biens au pillage des militaires israéliens, hommes, femmes et enfants palestiniens ont été contraints de fuir par routes et chemins en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les pays voisins, la Syrie, le Liban et la Jordanie. C’est ce qu’on appelle les réfugiés qui vivent encore dans des camps. [Dans la Bande de Gaza il y a 8 camps de réfugiés qui représentent aujourd’hui presque 50% des 1,5 millions d’habitants de la Bande de Gaza ]

Sauf peut-être entre 1993 et 1995 avec Itzak Rabin, qui l’a payé cher puisque il a été assassiné par un israélien juif d’extrême droite, depuis 1948, la politique suivie par les gouvernements successifs n’a pas dévié d’un iota : appropriation de la terre et transfert, c’est à dire le déplacement des Palestiniens et ce par tous les moyens, jusqu’aux crimes de guerre comme à Naplouse et Jenine en 2002, comme à Gaza en février-mars 2008 pour ne citer que les plus connus. C’est ce qu’Ilan Pappé caractérise de « nettoyage ethnique » lequel est qualifié de Crime contre l’humanité par les traités internationaux et la Cour Pénale Internationale de Justice (CPI).


LA MÉTHODE ? MENER LE NETTOYAGE ETHNIQUE EN PARLANT DE PAIX

La méthode est simple : Il s’agit de mener une seule et même politique de nettoyage ethnique en faisant croire que deux types de politiques sont menées : l’une pour la colonisation et la répression, l’autre pour la paix en fabriquant de toute pièce le mensonge qu’Israël veut la paix.

Cette configuration a effectivement existé un court laps de temps pendant les accords d’Oslo, avec Rabin, souvenez-vous il y avait les « faucons » de la droite et les « colombes » travaillistes. Mais tout ça est terminé ! C’est le travailliste E. Barak qui a sabordé les accords d’Oslo, les travaillistes ont rejoint le gouvernement de Sharon et ce sont eux qui sont aux commandes avec E. Olmert. Malgré cela tout est fait pour faire croire que les gouvernements en place ont deux types de politiques à disposition, la politique de paix et la politique de répression ouverte (on entend par là la colonisation et toutes les exactions et violences criminelles ou non).

Concernant la politique de répression ouverte il est facile de démontrer qu’elle n’a pas fléchi même si les médias en atténuent en permanence la gravité. Saviez-vous que depuis septembre 2000, date de la deuxième intifada 6200 palestiniens dont 941 enfants ont péri assassinés ? Que depuis la conférence d’Annapolis fin novembre 2007 jusque début mars 2008 en trois mois, il y a eu pour la seule bande de Gaza 365 palestiniens tués dont 33 enfants et bébés et plus de 325 blessés ?

Concernant les prisonniers politiques qui sont une constante de la politique de répression : Il y a actuellement 11 000 prisonniers dans les prisons israéliennes dont 111 femmes et 355 enfants, oui vous avez bien lu : 355 enfants de 13 à 18 ans sont actuellement emprisonnés. Pire, le rapport du conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en date du 24 mars 2008 (dont sont tirées toutes ces données), mentionne explicitement que sur les 7000 enfants qui ont été emprisonnés depuis 2000, 99% d’entre eux ont été soumis à la torture. Saviez-vous que depuis 1967 ce sont plus de 700 000 palestiniens, c’est à dire 25% de la population palestinienne qui est passée par les prisons israéliennes ?

Il faudrait parler du Mur de l’apartheid condamné par la cour internationale de justice en 2004. Il s’étend déjà sur plus de 300 Km et mesure plus de 7m de haut. Ce Mur vole aux palestiniens les meilleures terres et les ressources hydrauliques les plus riches.

Il faudrait parler des check points qui curieusement ont été mis en place par l’armée d’occupation pendant la période d’Oslo. Il y a aujourd’hui 561 barrages militaires et check points ce qui correspond à une augmentation de 50% depuis 2005. Ce quadrillage qui détruit radicalement toute vie sociale et économique est l’arme principale du sociocide.

Il faudrait parler de la colonisation continue : pour le seul trimestre fin 2007, 2500 unités de logement ont été construites ! Le plan de colonisation dans Jérusalem et à Jérusalem-est prévoit 7500 unités de plus…

Il faudrait aussi parler des violations des droits de l’homme, des assassinats ciblés, des punitions collectives etc. Voilà autant de preuves qui attestent que la Naqba continue !

Concernant la politique de paix, on observera qu’elle se concrétise dans les divers plans et conférences de paix, montés à grand renfort de publicité mondiale.

  • Généralement ces conférences surviennent après une série d’actes de violence contre les palestiniens et après la violation grave des droits internationaux par Israël. Parfois les medias les présentent comme imposées par les Etats-Unis, seuls capables d’imposer des limites à Israël, d’autres fois on pourrait penser que c’est le mécontentement de l’opinion publique internationale qui amène Israël à la table des négociations. - Ainsi les accords d’Oslo qui ont été signés en 1993 faisaient suite à la condamnation internationale des violences de l’occupant face à la première Intifada commencée en 1987 et qui s’est terminé six ans après avec … précisément les accords d’Oslo. - Le « feuille de route » a été mise en place par le Quartet en avril 2003, juste un an après la grande invasion des villes palestiniennes de mars-avril 2002 qui a suscité également de vives réactions au plan international. Cette apparence de repli est confirmée par le fait que ces conférences indiquent chaque fois une date butoir pour la création d’un état palestinien.


- Les accords d’Oslo signés en 1993 annonçaient l’état palestinien pour 1998, - La feuille de route signée en 2003 annonçait l’état palestinien pour 2005, - La toute dernière conférence d’Annapolis prévoit l’état palestinien pour fin 2008 ( !).

Mais ce serait une grave erreur de croire que ces conférences et réunions internationales constituent un recul contraint de la politique israélienne. C’est tout le contraire ! Ces conférences d’une part avalisent et officialisent les actes de guerre accomplis sur le terrain et d’autre part assujettissent chaque fois plus l’Autorité Palestinienne aux ordres de l’occupant. - Les accords d’Oslo en 93 ont mis en place le piège que constitue l’Autorité Palestinienne qui a été conduite à relayer les exigences de l’occupant y compris par l’emprisonnement de nombreux résistants. L’état palestinien annoncé a bien vite été oublié au profit d’une d’augmentation de 38% de la colonisation pendant cette période d’Oslo. Le déclenchement deux ans après la date prévue pour la création d’un état palestinien, de la 2ème Intifada (septembre 2000) montre que ces accords n’ont profité qu’à l’extension d’Israël. - La feuille de route a été signée en 2003, en même temps que commençait la construction du Mur ( !), 2005 était la date annoncée pour l’état palestinien, la plus grande partie du mur était construite à cette date et en juin 2006 Israël bombardait la bande de Gaza avant d’envahir le Liban un mois plus tard en juillet 2006. Voilà à quoi à servi la feuille de route ! - La conférence d’Annapolis signée fin novembre 2007 nous annonce un état palestinien pour fin 2008 ! On a vu combien de morts il y a eu depuis l’annonce de cette conférence. Elle s’illustre également par un nombre record de logements nouveaux dans les colonies et autant à Jérusalem dont la judéisation est quasi complète. Mais le but premier de cette conférence était de porter un coup fatal à l’unité nationale palestinienne, à l’idée d’une union nationale gouvernementale palestinienne. Il s’agissait à la fois d’entraîner M. Abbas à collaborer davantage encore avec Israël dans le seul but de le discréditer aux yeux des Palestiniens et du monde. Et simultanément, tenter de faire en sorte que la population affamée de la bande de Gaza se retourne contre le Hamas. Pour cela Israël n’a pas hésité à exercer sur 1,5 million de personnes un blocus total sans précédent et qui dure depuis le 17 janvier 2008. A l’heure où nous écrivons, cela signifie que depuis 3 mois Israël :

  • maintient le blocus énergétique sur le gaz, l’électricité et le carburant,
  • maintient le blocus sur tous les produits alimentaires,
  • maintient le blocus sur tous les produits pharmaceutiques
  • maintient le blocus médical, c’est à dire empêche de sortir les malades qui devaient se faire soigner ou opérer dans des pays arabes voisins.
  • maintient le blocus sur la circulation de travailleurs et étudiants sous contrats ou inscrits dans des universités à l’étranger.
  • L’héroïque trouée dans le mur frontière avec l’Egypte à la mi-janvier a été une bouffée d’oxygène mais aujourd’hui la situation est redevenue dramatique.


Ainsi peut-on constater que le nettoyage ethnique de la Palestine et l’appropriation des terres s’effectue par étapes. Après l’étape de l’agression militaire de 1948 laquelle s’est concrétisé par l’expulsion de 800 000 palestiniens et l’extension d’Israël, il y a eu la guerre de 1967 qui en six jours a provoqué 300 000 réfugiés de plus et permis une nouvelle extension d’Israël.

Depuis Oslo on assiste à une autre stratégie du nettoyage ethnique qui vise la fragmentation simultanée du territoire et de l’unité du peuple palestinien.

  • Fragmentation et dépeçage de l’unité territoriale : Le quadrillage conjugué des colonies, des routes dites de contournement, des barrages et check points ont d’ores et déjà fait littéralement éclater en fragments isolés les uns des autres la continuité géographique de la Palestine. Le succès de cette fragmentation qui a déjà anéanti la vie économique est en passe de réussir le sociocide, c’est à dire la destruction du nécessaire tissu culturel sociétal jusqu’à l’altération des liens sociaux et familiaux.
  • Fragmentation de l’unité du peuple palestiniens et de la résistance : Il s’agit pour Israël de faire éclater les forces de la résistance comme il a fait éclater le territoire palestinien. En isolant la bande de Gaza de la Cisjordanie, en isolant Jérusalem de toute la Palestine, en contrôlant les voies de communication entre les grandes villes il rend difficile voire impossible les rencontres et donc les échanges directs entre les responsables politiques. Si bien que les effets de la fragmentation du territoire contribuent sérieusement aux difficultés de maintien de l’unité nationale de la résistance. Celle-ci en retour, tend à « s’enfermer » dans des limites territoriales au risque de re-découper et morceler encore le territoire en zones d’influence politiques.


Par les assassinats ciblés l’occupant élimine physiquement les dirigeants élus ou non, les cadres de la société civile et les résistants actifs. La plupart des autres sont neutralisés par des emprisonnements arbitraires, longs ou répétés. Cette violence qui instaure le règne de la terreur vise à extirper dans chaque palestinien-ne jusqu’à l’idée même de résistance. L’objectif de cette stratégie est de détruire l’unité nationale des palestiniens. L’exemple le plus flagrant, le plus dangereux politiquement et le plus meurtrier en vies humaines, c’est l’attaque contre le Hamas depuis 2006 en particulier. Attaque qui a reçu l’aval criminel de l’Union Européenne. Attaque qui culmine en janvier 2008 par le blocus et les bombardement de la bande de Gaza suite à la mise en échec du « coup de force » du collaborateur patenté Mohamed Dahlan dans la bande de Gaza en juillet 2007. Attaque dont l’autre volet du plan vise à impliquer dans des formes de collaboration accrues l’Autorité Palestinienne en vue de la discréditer définitivement et provoquer ainsi une guerre civile.

A partir de quoi l’étape suivante serait de, selon l’expression même de Ben Gourion, « transférer » les palestiniens de la Cisjordanie vers la Jordanie où survivent déjà de nombreux réfugiés et placer ceux de la bande de Gaza sous la responsabilité de l’Egypte… Sharon n’avait-il pas déclaré en arrivant au pouvoir : « nous devons finir ce qui a été commencé ». C’est bien la Naqba qui continue.

Mais les années d’oppression ont forgé une culture de la résistance, qui reste inconcevable pour l’occupant alors même qu’elle fait échec à ses plans successifs. Car la seule chose inimaginable pour le colonisateur c’est la capacité de résistance du colonisé. Mais cette capacité à ses limites. La responsabilité du mouvement de solidarité n’en est que plus grande. Constater qu’Israël veut la terre et pas la paix et qu’il ne changera de politique que contraint par le rapport de force international, devrait inciter le mouvement de solidarité à orienter son travail vers les actions permettant de construire ce rapport de force.

CCIPPP34- 9/4/08



Publié dans Politique Monde

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