Lycée Emily-Bontë, Lognes (77) : protestation avec créativité ... et censure

Publié le par benedicte

Lycée Emily-Bontë, Lognes (77) : protestation avec créativité ... et censure

 

Les protestations continuent contre les suppressions de postes dans l'enseignement ...

Les enseignants de ce Lycée ont de la créativité : rap et humour ... signalés par Rue89 dont l'article suit.

Le blog du Lycée Emily Bronté : Sauver Emily Brontë

Rap du prof en colère

Vidéos "77-227-Toutouyoutou"

77 227- En short contre les suppressions de postes ! envoyé par Rue89Video



Sur Internet, des vidéos parodiques contre les suppressions de postes dans le secondaire sont au cœur d'un bras de fer.

Les vacances de printemps ont démarré samedi dans la zone C, qui englobe notamment l'académie de Créteil. Une académie particulièrement touchée par les suppressions de postes, et dont dépend la Seine-et-Marne: c'est dans ce département qaue la mobilisation avait décollé après l'annonce de 227 postes en moins. Notamment sur le Net: profs et élèves ont alimenté leurs blogs de vidéos, clips et autres tubes dont la diffusion s'est révélée très virale.

Ainsi, les internautes ont vu partout les profs et élèves du lycée Emily-Brontë, de Lognes (Seine-et-Marne), se dandinant en short de tennis très années 80 au son de "Toutouyoutou" dans une parodie assez drôle de la publicité pour les renseignements 118-218.

Partout? Et pour cause: la première fois que les enseignants d'Emily-Brontë ont pris contact avec Rue89, c'était pour nous suggérer d'afficher leur clip dans notre rubrique ZapNet et d'aller jeter un œil sur leur blog.

En quelques jours, la mobilisation d'Emily-Brontë pour 5 postes de professeurs faisait l'objet d'une dépêche AFP et de nombreux articles, notamment dans Le Parisien. Il y a trois jours encore, Libération.fr, dans un article consacré aux nouveaux outils web et sms de la mobilisation dans l'éducation nationale, renvoyait sur l'opération "77-227-Toutouyoutou".

Entre temps, une internaute de Rue89, enseignante au lycée Emily-Brontë, nous a tenu au courant d'un autre feuilleton qui s'ouvrait en marge de celui des suppressions de postes. Ce feuilleton court toujours, même si les vacances ont démarré samedi en région parisienne. Il concerne justement la désormais fameuse vidéo "77-227" mais aussi un rap composé par un enseignant de ce même lycée de Lognes.

Retirer le clip au nom de la protection des mineurs

Alors que nous venions de constater la disparition mystérieuse du clip dans notre colonne ZapNet, le weekend dernier, notre internaute, qui co-anime le blog d'Emily-Brontë, reprend contact avec Rue89:

"L'inspection académique, le rectorat et notre direction nous demandent de supprimer avant lundi la vidéo "77-227" de notre blog et de YouTube."

Bataille d'images, alors que la vidéo commençait justement à se tailler une petite réputation sur la Toile? C'est ce que pensaient alors les enseignants, qui avaient pourtant associé les élèves dans le clip, soufflant tous ensemble en leggings et petit short ridicules. Un enseignant du lycée nous confiait alors, très amer:

"Les autorités qui nous liquident ne tiennent certainement pas à ce que le mouvement devienne populaire et sympathique. On préfère parler de corporatisme, de violence et d'hystérie plutôt que de mettre à jour les revendications claires et légitimes des professeurs et des élèves inquiets, non pour leurs statuts, leurs options ou leurs programmes, mais pour l'Ecole républicaine."

En fait, c'est au nom de la protection des mineurs que l'on a demandé aux auteurs du clip de retirer celui-ci du Web. L'argument?

"Il est interdit de filmer ou de prendre en photo des élèves dans l'enceinte du lycée sans le consentement écrit de leurs parents."

C'est en effet ce que dit la loi. En principe. Mais celle-ci s'applique-t-elle en période de grève ou de blocus, lorsque le lycée échappe à son fonctionnement ordinaire? Et cette loi concerne-t-elle une opération similaire menée devant les bâtiments de la préfecture, comme ce fut le cas pour une autre vidéo?

"Et pourquoi cette règle ne s'applique-t-elle pas, alors, aussi aux rituelles photos de classe?" s'interroge même la prof, internaute de Rue89.

Renseignements pris, les enseignants de Lognes ont décidé de réintégrer la vidéo sur le Net:

"Seule la direction de l'établissement est allée voir le service juridique du rectorat mais elle n'a pas été en mesure de prouver que des parents s'étaient plaints."

MC V.Ner au micro

Fin du feuilleton? Pas vraiment: le "Toutouyoutou-clip" n'est pas seul à faire l'objet d'un bras de fer. Il en va de même pour un titre de rap composé par un des profs du lycée Emily-Brontë. Pas syndiqué, comme la plupart, il préfère rester anonyme et hésite à répondre aux journalistes. Il a en effet fait l'objet de "pressions", racontent ses collègues. Son tort? "Avoir bafoué le devoir de réserves des enseignants", s'est entendu reprocher par la direction de l'établissement celui qui se fait appeler "MC V.Ner" sur le Web.

MC V.Ner et les élèves en short ont-ils bafoué droit à l'image et devoir de réserve? A Lognes, la mobilisation sur le Web prend des proportions inattendues: le feuilleton a surgi au menu de l'avant-dernier conseil municipal. Avec projection du clip en short et diffusion du rap dans les hauts parleurs, comme l'a confirmé un élu municipal de cette ville de 15000 habitants où la moitié de la population a moins de trente ans.

Rue89 a voulu en savoir plus, connaître la teneur des débats, où l'on nous dit que Michel Ricart, maire (PS) de Lognes, a bien souligné "la dimension humoristique de la parodie".
Mais s'il nous fut répondu que le maire était d'accord pour nous répondre "car il est solidaire du mouvement", la municipalité n'a finalement jamais donné suite.

De son côté, la direction de l'établissement n'a pas répondu aux appels de Rue89, malgré la tension qui va crescendo. Sur le Net, la vidéo de l'opération "77-227" avait, elle, dimanche, été visionnée 114 fois en cinq jours, depuis son retour sur Dailymotion.

A Albi, le tube du printemps: "Sauvons nos options"

Ailleurs, d'autres vidéos fleurissent. A Albi, le blog du lycée Arsonval publie à son tour plusieurs vidéos. Non sans succès puisque l'une d'elles, intitulée "Sauvons nos options", affiche dores et déjà plus de 150 000 vues sur YouTube (voir article Lycée Bellevue d'Albi "Sauvons nos options", protestation créative !)

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Commentaire sur l'article

Par Mathô 21/04/2008

LE DEVOIR DE RESERVE N'EXISTE PAS dans la FPE (Fonction Publique de l'Etat, statut général, lois 83- 634 et 84-16 et dont ne ressortissent ni les magistrats, ni les militaires ni les fonctionnaires du parlement, qui, eux, ont un devoir de réserve). Seule existe une obligation de discrétion professionnelle. Or cette obligation est très limitée et ne peut s'appliquer à ces différents clips. La PREUVE :
Article 26 de la loi 83-634
"Les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel dans le cadre des règles instituées dans le code pénal.[=assistantes sociales, médecins et autres professions "à secret" : ces oiseaux-là ne sont ni enseignants, ni chefs d'établissement]
Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions. /.../"

La circulaire du 23 avril 1999 relative à l'application du décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires décline cette obligation de discrétion professionnelle de façon extensive dans les termes suivants :
"/.../ les membres d'une commission /.../ manqueraient à une obligation légale s'ils rendaient publics les pièces et les documents à caractère nominatif qui sont ainsi portés à leur connaissance par l'administration."

EN CLAIR, l'obligation de discrétion s'applique au fonctionnaire relativement aux données nominatives auxquelles il a accès dans le cadre de ses missions ; exemple : des informations individuelles sur tel problème de famille que rencontre un élève... toutes choses qui ne peuvent en aucun cas être reprochées à ces professeurs.

Il faut donc lutter contre l'abus de pouvoir de l'Etat qui est bien le premier à ne pas respecter ses propres lois !

Le blog du Lycée Emily Bronté

http://sauver.emily.bronte.over-blog.com/

 

Publié dans Education-Jeunesse

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