Lycée Bellevue d'Albi "Sauvons nos options", protestation créative !

Publié le par benedicte


Lycée Bellevue d'Albi "Sauvons nos options", protestation créative !



Leurs vidéos sur You Tube : acte 1/3  -  acte 2/3acte 3/3











Leur site Sauvons nos options
(page d’accueil ci-dessous)


BIENVENUE

Russe, Italien, Allemand, Classes Européennes, Chinois, Occitan, Breton, Arabe, Arts Plastiques, Théâtre, Musique, Audiovisuel, Histoire des Arts, Danse, Arts du Cirque, EPS, Grec, Latin...

Cette liste est longue, très longue. On peut la percevoir comme la démonstration du vaste choix de disciplines qu’offre actuellement l'Education Nationale... ou alors comme une liste de dépenses superflues. On peut y voir une possibilité offerte à tout le monde d’accéder au droit de la culture et à la connaissance, qui forme les citoyens du futur.

Nous n’accepterons pas l’uniformisation des profils, qui sera sans aucun doute le résultat de la restriction du nombre de nos options. Nous sommes destinés en tant que jeunes à devenir le futur de notre nation, c'est donc grâce à nous que notre pays pourra s’enrichir dans l'avenir. Les restrictions budgétaires constituent une gestion à court terme, bradant nos lendemains et ceux de la République.

Le but de notre site est de dénoncer toutes les réductions de moyens entraînant la suppression de nos options et par cela le sabotage de notre culture. Ce site veut également affirmer et rappeler que l'Education Nationale se doit d'être à un niveau d'excellence pour tous, au nom de l'équité républicaine.

Nous, élèves du lycée Bellevue d'Albi, étant à l'origine de ce site, nous souhaitons porter ce message : « Nous disposons d'un système éducatif qui marche et tire tout le monde vers le haut, ne le laissons pas périr au nom de la rentabilité ».

Et nous appelons tous les autres lycéens ayant cette même volonté mobilisatrice, à nous rejoindre. Mais au-delà bien sûr, les professeurs, les parents, et toute autre personne sensible à notre message.

Dans l'envie d'obtenir le changement et l'espérance de faire consensus, c'est un cri d'alarme que nous poussons.

Les élèves.


( ci-contre gif animé trouvé sur leur forum)


Le site de leur lycée :

lycée Bellevue d'Albi.





Un article concernant cette action sur AGORAVOX


Pour tenter de sauver leurs options menacées, des lycéens albigeois livrent de leur révolte une superbe chorégraphie
par Paul Villach  vendredi 11 avril 2008


Un inspecteur pédagogique avec sa morgue a-t-il jamais reçu de lycéens une pareille claque ? Ce n’était pas une claque pour l’applaudir qui l’attendait au lycée Bellevue d’Albi dans le Tarn, il y a quelques jours, mais une scène de cauchemar dans laquelle le pire des rôles lui avait été réservé : le sien ! (1)

On sait que la suppression d’une dizaine de milliers de postes à la rentrée prochaine jette depuis plusieurs semaines dans la rue des lycéens par milliers. Ceux d’Albi viennent de donner une forme inédite à leur révolte : ils ont imaginé une chorégraphie pour protester contre la suppression de leurs options que va inévitablement entraîner la diminution des postes, comme arts plastiques, théâtre, russe ou italien.

Une haie de honte

Le long d’un couloir sans fin de leur lycée construit apparemment comme une de ces barres HLM hideuses, ils se sont alignés, garçons et filles, tous les cinq ou six mètres, de manière à faire une haie non pas d’honneur, mais de honte au représentant de l’ordre pédagogique venu en inspection. Vêtus de noir, adossés impassibles à la muraille, ils tiennent chacun une bougie allumée à la main. Et quand l’inspecteur, accompagné du proviseur, se présente à l’entrée, l’interminable couloir obscur prend des allures de piste d’atterrissage balisée dans la nuit de flambeaux.

Filmés de dos à leur insu sans doute, les deux hiérarques remontent alors lentement le couloir. Indifférents, ils avancent entre les élèves et leur flamme. Dans un silence de mort, leurs pas seuls résonnent sur le carreau. Mais, à leur passage, comme s’il était mortifère, les élèves, un à un, soufflent leur bougie, laissant après eux longtemps fumer la mèche. La tension est palpable. On attendrait de ces hiérarques qu’ils sortent de leur indifférence. Mais, non, pas un mot, pas un geste de leur part ! Ils continuent d’avancer, aveugles, obstinément, feignant de ne rien voir ! Tout juste saisit-on un échange furtif entre eux qui ressemble à un ricanement. Parvenus au bout du couloir que leur passage a obscurci, ils s’éclipsent alors sans demander leur reste.

Une charge symbolique intense

Cette chorégraphie tire sa force d’une opposition saisissante entre une économie de moyens et une charge symbolique intense, tant se bousculent à l’esprit les intericonicités autour du couple antinomique de la lumière et des ténèbres.
Les silhouettes sombres et les deux rangées lumineuses dans la pénombre de ce couloir sinistre dressent bien sûr un décor funèbre comme une allée menant à une chapelle ardente. Mais on est en pays albigeois. C’est plutôt à une cérémonie médiévale d’exorcisme que l’on pense, comme au temps où on brûlait les hérétiques. Inspecteur et proviseur entre les flammes s’avancent en prêtres-bourreaux vers le bûcher qu’on s’attend à voir dressé au bout du couloir : mais c’est pour y brûler la qualité du service public d’éducation.

L’action qui se déroule, quant à elle, met aux prises, dans une distribution résolument manichéenne des rôles, les deux forces en présence. D’un côté, les élèves, une bougie à la main sont les métonymies d’enfants qui, dans leur soif de savoir, littéralement « déclarent leur flamme » à l’école. De l’autre, inspecteur et proviseur, hommes de pouvoir et monstres froids, les méprisent : ils font penser à ce barbare à cheval sous les sabots duquel l’herbe ne repoussait pas, faisant le désert sous ses pas : dans la plus grande indifférence, ils éteignent en chacun la flamme qui l’anime, brisent tout élan, tuent l’espoir, et étendent négligemment les ténèbres autour d’eux. En fait, ce n’est pas exact, la métonymie de l’extinction de la bougie est encore plus perverse : ils ne se donnent même pas la peine de l’éteindre, ils contraignent chaque enfant à le faire et à rester sur sa soif de savoir qui brûle en lui.

"Mozart assassiné"

La flamme dont est porteur chaque élève avec ses prédispositions est ainsi éteinte cyniquement au passage de l’institution qui s’en moque quand sa mission au contraire serait de la protéger comme on défend une flamme de ses mains ouvertes contre les sautes de vent. On songe à Saint-Exupéry dans Pilote de guerre méditant dans un train bondé d’exilés : son regard s’arrête sur le front d’un enfant serré contre sa mère : « Ce qui me tourmente, écrit-il, [...], c’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. »

Théâtre, comédie ! vitupéreront certains en haussant les épaules. Ils auront tort. Une telle chorégraphie ne peut puiser sa force qu’aux racines d’une révolte profonde qu’on serait bien inspiré de ne pas mépriser.

Paul Villach

Publié dans Education-Jeunesse

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