Droits de l’homme et si on commençait par chez nous ? - Les prisons

Publié le par benedicte


Droits de l’homme  et si on commençait par chez nous ? - Les prisons


Suite à un fait divers, relaté avec un mois de décalage par la presse, d’un meurtre en prison, j’ouvre la rubrique « Droits de l’homme  et si on commençait par chez nous ? » avant d’aller jouer les pères et mères la vertu à l’étranger, histoire d’être crédibles.

Jérémy Martinez, un jeune délinquant emprisonné pour délit mineur somme toute, vol de voiture avec course-poursuite avec la police est mort le 4 mars 2008 étranglé par son co-détenu, incarcéré pour tentative de meurtre par le feu sur une personne handicapée, dans la prison de Valence. Le co-détenu avait été repéré comme violent et déséquilibré, l’aumônier de la prison avait demandé une semaine auparavant qu’il soit isolé et suivi. Il semble que Jérémy lui-même ait demandé plusieurs fois de changer de cellule. Lors de sa dernière visite de sa famille 2 jours avant, Jérémy avait montré à ses proches les blessures que son co-détenu lui avait déjà infligé, et ceux-ci ont alerté les surveillants sans succès … Depuis deux tentatives de suicide par pendaison ont eu lieu dans cette même prison.

Il a d’abord été tenté de faire passer ce meurtre pour un suicide, avant d’admettre ce qu’il en était, la famille ayant immédiatement contesté cette version.


La criminalité est une chose, la délinquance en est un autre, et la prison est d’abord l’école du crime pour les délinquants que l’on enferme avec des récidivistes confirmés, voire de vrais criminels, ou comme là, des déséquilibrés.

De surcroît, les plus grands criminels sont ceux qui sont à l’origine de la misère de notre société, dont est issue la majorité de la petite délinquance. Or tous ces « délinquants en col blancs », politiciens et chefs d’entreprise, qui pratiquent le pillage des fonds publics, le vol du bien commun de la population à grande échelle, sont par contre eux, quasiment encouragés à poursuivre leurs activités criminelles. La dépénalisation du droit des affaires, en cours, va faire passer les sanctions concernant ces crimes d’une inacceptable complaisance à une quasi impunité.

Ne comptez pas sur moi pour crier haro sur le voleur d’orange quand ceux qui volent des millions peuvent le faire en paix !


Pour enrayer la petite délinquance, indépendamment d’une résorption de la pauvreté et d’inégalités injustifiables sur le plan humain et social, il est nécessaire de mettre en place pour les petits délits une politique de peines éducatives, et non une incarcération, et de donner les moyens financiers et humains à la mise en place de cette politique.

Toutefois contrairement à la majorité des personnes défendant cette vision des choses, je considère pas que tout est soignable ou éducable … mais la difficulté réside dans le diagnostic et il ne peut être fait sur la forme, le délit en soi n’est pas significatif, et les personnes les plus dangereuses ne sont pas forcément considérées par la loi comme criminelles. Raison pour laquelle, je suis totalement opposée malgré ce que je viens de dire à la détention de sûreté qui vient d’être mise en place par le gouvernement, qui est une loi représentant un grave danger pour tout citoyen par la porte qu’elle ouvre et qui n’aura aucun impact sur la criminalité qu’elle prétend éradiquer.

Indépendamment de toutes ces considérations, ce n’est pas en incarcérant dans des conditions dégradantes des délinquants, voire même des criminels, qu’une fois la peine purgée, ils seront plus aptes à s’intégrer dans la société, bien au contraire.

Que fait-on pour rendre agressifs les chiens ? on leur fait subir de mauvais traitements …  nous ne sommes pas différents des animaux. C’est par l’humiliation et la violence que le 3ème reich dressait les SS en leur tenant en même temps le discours qu’ils étaient une unité d’élite supérieure parce qu’il y avaient survécus, c’est aussi à un degré moindre ce qui se passe pour ceux qui entrent à la légion étrangère (ce n’est pas une idée que je m’en fais j’ai eu l’occasion de parler avec des légionnaires), d’ailleurs on ne les considère pas comme déserteurs s’ils s’enfuient au cours des 3 premiers mois.

C’est le même principe en prison ce que nous faisons dans la majorité des cas nous transformons en individus dangereux des personnes qui ne l’étaient pas réellement au départ, en créant également chez eux un sentiment d’appartenance à un groupe.


Notre pays est déjà depuis des années pointé du doigt pour la violation des droits de l’homme perpétrées de part les conditions d’incarcération et de vie dans nos prisons : surpopulation, conditions d’hygiène, soins, violences entre détenus non régulées, mais parfois également de la part des surveillants.

Je ne jetterais pas l’anathème sur la profession, des pourris il y en a dans toutes les professions, mais selon les professions le pouvoir dont ils disposent pour exercer des abus de pouvoir varie. Tout dépend du contrôle ou non exercé sur les pratiques et des sanctions dans le cas de dérive … et c’est là que ça coince, si la hiérarchie ferme les yeux ou cautionne, alors la minorité « perverse » a toute latitude d’exercer sa perversité, et la majorité se tait là comme ailleurs. De ce fait les humiliations infligées aux détenus, mais également à leurs familles lorsqu’elles viennent leur rendre visite, sont loin d’être négligeables et viennent s’ajouter aux autres violences.

Donc ci-dessous des articles relatifs au meurtre de Jeremy Martinez, des sites à parcourir pour prendre connaissance de la réalité du vécu dans les prisons…




Pour vous informer et en savoir plus


Les dossiers du NET
Dossier : La prison aujourd’hui en France
Sortie d’un rapport accablant du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les conditions de détention dans les prisons françaises, et plus précisément sur la santé et la médecine en prison : « Il y a aujourd’hui en prison sept fois plus de suicides que dans la population générale, et 20 % de malades mentaux sous les verrous, dont 8 000 atteints d’une psychose avérée et 4 000 schizophrènes ».
Le point sur la question dans ce dossier...


Sur le site ASILE.ORG  Prisons et citoyenneté


Le site de l'Observatoire International des Prisons


PRISON.EU.ORG
Site de
BAN PUBLIC qui est une association, loi de 1901, areligieuse, adogmatique et apolitique, qui a pour but de favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et de la détention, et d’aider à la réinsertion des personnes détenues.
Ban public (adresse postale) 12 villa Laugier 75017 Paris 
redaction@banpublic.org 06-62-85-62-97

 

 

 

Trois membres du collectif "Trop c'est trop" sont assises dans un carré de 9m2 reconstituant en taille réelle une cellule de prison, sur la place de la Concorde à Paris. Elles dénoncent la surpopulation carcérale.

photo AFP/JOEL SAGET




Les articles concernant la mort de Jérémy Martinez

 

«Madame Dati, ici on se tue !»  
LIBERATION
- mardi 8 avril 2008
Envoyé spécial à Valence (Drôme) OLIVIER BERTRAND
 

 

Dans une cellule, la garde des Sceaux discute à voix basse avec un détenu calme, habitué de la prison. Dans la cellule d’en face, une voix étouffée l’interpelle. «Madame Dati, madame Dati ! C’est pas une prison ici ! On est comme des chiens. Ici, ils mettent les voleurs et les criminels ensemble, on se tue, on se suicide !» Un chef de détention vient agiter son trousseau de clés près de la porte, pour faire taire la voix. La ministre ne l’a pas entendue. En visite à Valence (Drôme), elle a ajouté à son programme cette maison d’arrêt où deux détenus ont tenté de se suicider récemment, et où un jeune homme est mort, sans doute sous les coups de son codétenu, alors que sa famille avait alerté du danger.

Jérémy Martinez avait 19 ans et un parcours de délinquant mineur, passé par un centre éducatif renforcé. Devenu majeur, il s’est fait attraper pour un vol suivi d’une course-poursuite avec la police. En comparution immédiate, en décembre, il a vu ses sursis tomber. Un an ferme. Il s’est alors retrouvé à Valence, avec un détenu d’une vingtaine d’années, en préventive car soupçonné de tentative d’homicide sur une personne vulnérable.

Parloir. Les ennuis auraient commencé lorsqu’un troisième homme les a rejoints en cellule. Jérémy aurait subi de nombreuses violences. Deux jours avant son décès, sa mère, sa sœur et sa grand-mère l’ont vu au parloir. Le garçon avait des bleus au visage et dans le dos, il ne pouvait plus bouger le bras, parlait doucement, semblait terrorisé. La mère et la grand-mère ont tenté d’alerter les surveillants, demandé s’il pouvait voir un médecin. On leur aurait répondu que c’était impossible le week-end, qu’il devait demander rendez-vous.

Deux jours après cette visite, l’administration pénitentiaire a appelé la mère pour prévenir que Jérémy s’était «suicidé», dans la nuit du 3 au 4 mars. Ils n’étaient que deux dans la cellule, le dernier arrivé dormant au mitard pour des problèmes disciplinaires. Jérémy a été retrouvé avec un sac en plastique près de lui, et son codétenu a expliqué qu’il le lui avait enlevé. Mais les premières constatations ont fait apparaître des traces de strangulation, et une information judiciaire a été ouverte pour homicide volontaire. Les médecins ont aussi relevé de nombreuses traces de blessures, des côtes cassées, un os fracturé, un problème à la clavicule. La famille a demandé l’ouverture d’une information pour non-assistance à personne en danger. «Les surveillants ne pouvaient pas ignorer l’état dans lequel se trouvait ce garçon, souligne Marie-Christine Buffard, avocate de Jérémy lorsqu’il était mineur. S’ils l’avaient montré à un médecin, comme cela leur avait été demandé deux jours plus tôt, le médecin aurait constaté les hématomes, les côtes cassées. Il n’aurait pas laissé Jérémy dans cette cellule et il serait encore en vie.» 

Les surveillants ne veulent pas parler de l’affaire. «Terrain glissant», élude l’un d’eux. Mais un collègue confie qu’ils portent tous le poids de la culpabilité. Et qu’elle s’ajoute au ras-le-bol de travailler dans un établissement qui cumule surpopulation et insalubrité. Le surpeuplement grimpe parfois selon eux à 200 %. Ils étaient 158 détenus hier, mais ils peuvent être plus de 220, pour 40 surveillants.

Enquête. De toute sa visite, Rachida Dati n’évoque jamais le cas de Jérémy. «Je déplore le drame, la mort de ce détenu, expliquera-t-elle en ressortant, mais il y a une information judiciaire et une enquête administrative, il faut les laisser prospérer.» L’un de ses conseillers a reçu la famille et lui a répété qu’une enquête administrative était en cours. Les proches ne s’en contentent pas. «Nous voulons l’engagement que la justice va faire la vérité sur les éventuelles négligences, dit Marie-Christine Buffard. Une politique de tolérance zéro suppose les moyens d’assurer des conditions de dignité et de sécurité minimales en prison. Ce jeune homme avait été condamné à une peine d’incarcération, pas à se faire massacrer dans une cellule. Tout le monde doit assumer ses responsabilités, comme on a demandé à Jérémy d’assumer les siennes.»

 

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Mort en prison à 19 ans 

LE MONDE - Eric COLLIER - 05.04.08

 

Jérémy Martinez avait 19 ans quand il a été retrouvé inanimé dans sa cellule de la maison d'arrêt de Valence (Drôme), mardi 4 mars. Un suicide, a d'abord dit l'administration pénitentiaire quand elle a prévenu la famille. Impossible, ont immédiatement rétorqué la mère et la grand-mère du détenu. Pour elles, il s'agit d'un meurtre - le corps présentait des traces de coups, notamment dans le dos et au niveau du cou. Le jeune homme avait un sac plastique scotché sur la tête. Elles ont porté plainte pour "non-assistance à personne en danger". 

Une information judiciaire pour "homicide volontaire" a également été ouverte par le parquet de Valence, qui dira si le jeune homme a été la victime d'un de ses codétenus et, indirectement, de la surpopulation carcérale, une réalité visible à Valence comme dans de nombreuses autres prisons françaises. Moins d'un mois après le décès de Jérémy Martinez, deux jeunes détenus de cet établissement vétuste ont tenté de mettre fin à leurs jours, tous deux par pendaison, le 31 mars et le 1er avril. Ils ont 27 et 25 ans. ( ... )




Réflexions sur la justice et la prison suite à la mort de Jérémy


Prisons : Le droit de punir, le devoir de protéger.   

Oulala.net - jeudi 10 avril 2008, par Ashoka

 

Un jeune délinquant récidiviste de 19 ans, Jérémy Martinez, a été retrouvé mort dans sa cellule à Valence, une vétuste prison d’un autre âge. Il semblerait qu’il ne se soit pas suicidé, ce que l’enquête permettra d’établir. Cet incident grave relance le débat sur les conditions carcérales en France.

Sa famille, qui a porté plainte pour « non assistance à personne en danger », évoque l’hypothèse d’un meurtre par un co-détenu. Une information judiciaire pour "homicide volontaire" a été ouverte par le parquet, ce qui permettra d’établir la vérité. Le jeune homme présentait des traces de coups au dos et au visage, avait une côte cassée et a été retrouvé avec un sac plastique scotché autour du cou. Il avait exprimé sa peur à sa mère et à sa grand-mère venues le visiter, et l’aumônier de la prison était intervenu pour le mettre à l’abri, sans succès. Par ailleurs, deux autres jeunes détenus de cet établissement on tenté au cours des jours précédents de se pendre.

Une société qui se donne le droit de punir les délinquants, ce que personne ne conteste, a le devoir de les protéger là où elle les place en détention. Quelle est la punition préve par la loi ? La privation de liberté, ou la privation de liberté accompagnée d’une multitude d’inconvénients, du plus mineur au plus majeur, celui de se faire trucider par ses co-détenus. La surpopulation carcérale et ses corrolaires, la violence et le danger pour sa vie et son intégrité physique, sont le signe d’une société incapable de s’organiser. Les détenus ont des droits et au premier chef celui de la dignité et de la sécurité. Leur intégrité physique doit être protégée et ils ne doivent subir aucun harcèlement physique ou moral. Ils ont le droit comme chaque citoyen de bénéficier de la protection de la police et de ne pas plus craindre pour leur vie que tout un chacun. ( ... ) 

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Le Blog de Mehdi Yazi-Roman

Hier après-midi, la Garde des Sceaux, Mme Dati, a visité la maison d'arrêt de Valence, sans un mot pour le drame dont ce lieu a été le bien triste théâtre, il y a plus d'un mois, se retranchant vainement derrière les enquêtes en cours (V. article de Libération).
Un pauvre gosse. Le 4 mars 2008, Jérémy Martinez, 19 ans, est mort dans sa cellule.
Ce jeune homme, originaire de la Loire, avait été condamné, fin 2007, à plus d'un an de détention pour un petit délit commis dans un bureau de tabac.
Enfant fugueur, il avait certes commis, dès ses 15 ans, 5 à 6 délits mineurs (dégradations, falsifications de chèques, vols...).
Mais, tandis qu'il avait été placé jusqu'ici en centre éducatif renforcé et condamné avec sursis, c'est en application de la nouvelle loi sur les peines-planchers que le Tribunal, statuant en comparution immédiate, a pu prononcer à son encontre une peine de prison ferme. 
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Des articles sur les conditions en prison

Audition de Mme Véronique Vasseur, médecin chef à la prison de La Santé 

vOLTAIRENET.ORG 9 mars 2000

Présidence de M. Laurent FABIUS, Président, puis de M. Louis MERMAZ, Vice-président

Mme Véronique VASSEUR est introduite.

M. le Président lui rappelle que les dispositions législatives relatives aux commissions d’enquête lui ont été communiquées. A l’invitation du Président, Mme Vasseur prête serment.

M. le Président : Madame, vous êtes médecin chef à la prison de La Santé, à Paris. Vous avez écrit un livre dont on a beaucoup parlé, qui a fait l’objet de nombreux commentaires. Compte tenu de votre expérience, nous avons pensé utile de vous entendre.

Pourriez-vous, en quelques mots, évoquer les points que vous estimez essentiels ou, si vous le préférez, nous faire part de votre sentiment à la suite des réactions suscitées par votre livre ? Nous passerons ensuite au jeu des questions-réponses. ( ... )

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Cyril Khider porte plainte contre l’administration pénitentiaire pour agression sexuelles et atteinte à la dignité humaine  

Monsieur,

Veuillez trouver, ci-joint, copie de la plainte déposée par mes soins contre l’administration pénitentiaire pour agression sexuelle et atteinte à la dignité humaine [1]. J’ai déposé cette plainte aidée de mon avocate maître Boesel auprès des instances internes qui l’ont classée sans suite. C’est pour cette raison que nous nous portons partie civile dans ce dossier pour que plus jamais ce genre d’acte de barbarie ne soit à nouveau perpétré, par des agents de l’administration pénitentiaire. Je suis en outre obligé de vous raconter mon parcours carcéral de ces quatre dernières années pour que vous compreniez bien l’urgence de la situation actuelle. ( ... )

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Retour sur "l'orthopédie sociale"
 

Le livre-dénonciation de Véronique Vasseur met sur le devant de la scène le débat sur les prisons dans la démocratie. Depuis les séjours derrière les barreaux de personnalités politiques, les prisons deviennent un sujet préoccupant... ( ... )

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MADAME VASSEUR, VOUS MANQUEZ DE COEUR ! 

Une lecture de « Médecin - chef à la prison de la Santé »
de Véronique VASSEUR.

Madame Vasseur a eu une vie très difficile, au service des détenus, et moi, sarcastique et fielleuse, je trouve à redire... Non, je ne suis pas cruelle ! Je fais simplement un « procès en légitimité ». En clair : hors de question de se résigner à laisser la parole à cette figure de l’humanisme chic. ( ... )

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DÉCISION DU TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE ROUEN : CONDAMNATION DE L’ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE POUR CONDITIONS DÉGRADANTES PORTANT ATTEINTE À LA DIGNITÉ
Audience du 6 mars 2008 Lecture du 27 mars 2008

Publié dans Justice-droit

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