Montpellier : Jeux vidéos dans les médiathèques ...

Publié le par benedicte


Montpellier : Jeux vidéos dans les médiathèques ... culture ?



Quand j'ai lu cet article j'étais atterrée  ...

Mettre des jeux vidéos en se félicitant parce que les jeunes vont revenir à la Médiathèque ... j'hésitais entre l'hilarité et les larmes.
Ce qui fait une médiathèque c'est son contenu, non les murs du bâtiment dans lequel elle se trouve. Si ce n'est pas pour être à la découverte d'autre chose, de s'ouvrir à des choses nouvelles, une médiathèque ne remplit pas sa mission, son objectif culturel.

Il y a une sorte de dérive d'usage qui s'est effectuée dans le passage de la bibliothèque à la médiathèque. Le rapport au livre est particulier, il est rare que l'on relise x fois le même livre., la lecture stimule l'imagination, nous créons nous-même les images, nous ne les absorbons pas passivement comme avec les films .
La grande majorité des jeunes lisent peu, y compris ceux qui font des études. Assyah, ma fille, a été profondément surprise de constater que rares étaient les étudiants avec elle, qui sortaient des lectures imposées.
Lire beaucoup n’est pas forcément indispensable, il y a des tas de moyens de s’ouvrir aux autres et à ce monde. Mais on a évolué vers des univers de plus en plus fermés sur soi : on se coupe de l’environnement et des autres, en mettant en permanence la musique, la télé, des films, on s’enferme dans les univers virtuels de jeux vidéos ou de monde en réseau. D’une certaine manière on cherche à s’enfermer dans sa tête, à se couper de la réalité, et l’autre finit même en étant présent n’être plus, en fait, qu’un élément parmi les autres de cet univers, où il n'a plus une existence réelle et mais un rôle qu'on lui a dévolu …

L’article parle de faire revenir les jeunes à la médiathèque, mais la question est pour y faire quoi ? La réussite culturelle d’une médiathèque se comptabiliserait au nombre de personnes qui en passe la porte, indépendamment de ce qu’ils viennent y faire ?

Concernant les CD, les DVD et les jeux vidéos, la majorité des jeunes ne viennent pas pour découvrir mais pour consommer, en ayant une idée précise du produit qu’ils veulent. Si l'on reprend l’article, concernant les consoles, ils viennent pour les jeux de foot, ils n’ont même pas la curiosité de voir quels sont les autres jeux vidéos à disposition, donc il est inutile d’envisager qu’ils fassent preuve de curiosité pour autre chose dans la médiathèque, peut être un DVD si e film qu’ils veulent voir est là, sinon ils iront le chercher au vidéo-club. Or ce sont des jeunes, et c’est aux adultes, d’éveiller leur esprit, de stimuler leur curiosité, pour qu’ils puissent développer leur compréhension du monde et qu'il puisse plus tard faire leurs propres choix en connaissance de cause ... c'est ça l'éducation !

Or là nous sommes une démarche qui pourrait être qualifiée de commerciale, il n’y a aucun élément éducatif, le jeune est client/roi et l'approvisionnement sera fait en fonction de ce qu’il demande pour le fidéliser. sans jamais chercher à leur faire découvrir autre chose que ce qu'ils connaissent déjà.

Comment allons nous rectifier le tir ?
L'éducation, la culture, l'information sont nivelées par le bas et la société semble considèrer que si les besoins physiques et matériels d'un enfant sont assurés, le reste importe peu.
Le nombre d'enfants qui souffrent d'un déficit affectif dès la petite enfance se multiplie, indépendamment des classes sociales. Les causes en sont multiples, mais découlent toute des choix de sociétés, où le vivant, et l'humain en particulier n'est considéré que comme une matière première de l'économie par ceux qui y détiennent le pouvoir, donc les politiques ont une grande part de responsabilité puisque c'est eux qui légifère en ce sens.

Il a été expliqué plusieurs fois à propos de chiens dangereux, que si un chiot n'avait pas été sociabilisé, il manquait d'équilibre et pouvait réagir de manière imprévisible. Nous sommes des mammifères sociaux et la sociabilisation se fait dans la petite enfance et nous ne nous préoccupons pas de la sociabilisation de nos enfants. Ils ne suffit pas de mettre des enfants ensemble pour qu'ils se sociabilisent, il faut la présence, l’attention et la pédagogie d’adultes pour qu’un enfant se sociabilise … vaste sujet hors-sujet ici.

Pas question de tout faire retomber sur les épaules des parents, des enseignants, etc... certes il y a de mauvais parents et de mauvaus enseignants, mais c'est une minorité donc ce n'est pas la cause; tout le monde est responsable, mais les plus resposables sont ceux qui ont le pouvoir de décision politique et économique. Le choix en terme de rythme et conditions de vie, a majorité des gens n'ont aucune marge de manoeuvre, ils leur sont imposés, ils sont responsables de ne pas se mobiliser collectivement pour que ça change, mais faire porter le poids des dysfoctionnements structurels d'un système à l'individu, qui pris isolément est impuissant à le changer ... c'est indécent !

A Montpellier il a donc été décidé de mettre des consoles dans les médiathèques. Jouer à une console de jeux, ne développe aucun relationnel, aucune aptitude au vivre ensemble, donc aucune socialisation. Par contre je ne doute pas qu'il y ait déjà la queue. En plus on génére une frustration chez les moins de 14 ans, qui apparemment essaient de tricher sur leur âge ou de ruser pour tenter accèder au bien convoité.
Ce qui devrait être financé, c'est des postes d'
éducateurs sportifs, d'animateurs socio-culturels et artistiques, des adultes avec des programmes en direction des jeunes, dès qu'ils sont au primaire, ont peut utiliser les locaux des écoles le mercredi AM et le samedi ... dans les maisons pour tous, les activités proposées devraient être gratuites ... certes c'est plus onéreux que de coller quelques consoles de jeux dans le coin d'une médiathèque. Mettre l'argent là plutôt que dans des opérations de prestige et de bling-bling, ou dans sa poche et celles de ses amis, c'est un choix politique. Nous devons exiger que d'autres choix soient faits, et que ces choix soient faits dans le sens de l'intérêt général.

Nous vivons dans une société vide, sans affect, sans chaleur, sans joie, sans pouvoir de décision sur sa propre vie ... comment peut-on s'étonner du taux alarmant de suicide chez les adolescents, de leur addictions à l'alcool, drogues, jeux vidéo (puisqu'on en parle), etc... et prétendre lutter contre, comme s'il s'agissait de problèmes individuels, alors qu'ils sont les symptômes cruels et alarmants d'une société sans avenir ...

Ce soir il devait y avoir une soirée thématique L'enfance virtuelle remplacée par une soirée Tibet,   devant commencer par un documentaire allemand "Dans la spirale des jeux vidéos" : "Dans de nombreuses familles, les jeux vidéo sont source de conflit. Mais le problème concerne l'ensemble de la société, notamment à cause des risques d'addiction et d'inadaptation.(Source TeleZ)". Cette soirée est reporté au 3 juin apparemment.


Ci-dessous je mets un article paru dans Montpellier Plus également, concernant justement les jeunes et l’alcool et l'extrait qui me paraît le plus significatif.


montpellier plus les jeunes et l'alcool

"Aujourd'hui, les jeunes nous disent : si on ne le fait pas, on ne tiendra pas, on boit pour oublier. Parfois, il y a des gamins de quatrième qui me racontent leur ivresse. Cela commence de plus en plus tôt. Avant, le gamin bourré avait une image de marque qui faisait de lui le pauvre gars. Plus maintenant. "Si je ne bois pas, il ne faut pas que j'aille à la soirée", nous affirment-ils. Pour certains qui commencent en 4e ou en 3e, presque tous les week-ends, dix ans plus tard, ils sont encore sous influence des produits. Et puis, ils jouent au petit chimiste avec leur corps. Dormir, c'est ringard. Alors, on prend un produit pour atténuer la descente ou la remontée de l'autre produit. Ils ont leurs petites recettes internes au groupe.

Il y a de quoi être alarmiste, alors ?
Il ne faut pas, il faut s'interroger de façon importante. Et que le domaine de la prévention ne soit pas le seul à s'interroger. C'est le rôle de la communauté adulte qui est en question, celui des parents, des commerçants, des maires. Oui, si on ne fait rien, on va à la catastrophe sur certains groupes. Il faut que les parents se rendent compte qu'il y a une attente de la part des gamins, qu'il doit se passer quelque chose. "S'ils ne nous engueulent pas, c'est qu'ils ne s'intéressent pas à nous, c'est qu'ils ne nous aiment pas", on l'entend régulièrement, ça. Il faut que les communes s'interrogent, aussi, que lors des fêtes votives, il y ait une prise de responsabilité dans un but social et civil."

(Extrait de l’entretien avec Muriel Bousquet, enseignante en éducation pour la santé à Epidaure, article ci-contre cliquer pour agrandir et lire)


Nous devons nous interroger sur les fondements, le fonctionnement de notre société, où nous sommes en état de mal être permanent, parce qu'elle génére, nous générons, du mal-être  auquel nous cherchons à échapper, que nous cherchons à oublier, au lieu de chercher à le comprendre ... à tel point que nous en avons oublié nos propres enfants.

Je l'ai déjà dit et je continuerais à le répéter, il n'y a pas de fatalité !

C'est parce que nous cherchons à échapper à ce que nous vivons, au lieu de chercher à comprendre la nature de ce mal-être, que nous ne pouvons agir sur elle. Ce vide est à l'intérieur,  fuir et nous agiter est voué à l'échec, nous pouvons en comprendre la nature et apprendre à le combler. Pour ré-articuler la société, autour et en fonction du vivant, nous devons tous mener une réflexion sur ce qu'il n'est pas, ce qui le détruit et ce dont il a besoin.
C'est à travers cette réflexion sur nous-même, que nous apprendrons à retisser un relationnel fondé sur autre chose que la peur et la domination de l'autre ...
et un jour nos enfants n'auront plus de raison de chercher à s'échapper ! ...

Publié dans Société

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