Emmanuelle Heidsieck : "Il risque de pleuvoir" ... roman sur la mise à mort de la Sécurité Sociale

Publié le par benedicte


Emmanuelle Heidsieck : "Il risque de pleuvoir" ... roman sur la mise à mort de la Sécurité Sociale

Je n'ai pas grand chose à ajouter à ce qu'Emmanuelle Heidsieck exprime lors des inteview vidéos qui accompagnent les articles de Marianne et Rue89 sur son livre et qui se trouvent ci-dessous.

La sécurité sociale n'est pas à l'agonie, ainsi qu'il est prétendu mais qui veut tuer son chien dit qu'il a la rage ... et c'est ce que fait le libéralisme à propos de tous les services publics. Pour le libéralisme "solidarité" = "manque à gagner", tout ce qui en relève doit être détruit, s'il pouvait il bannirait le terme même de "solidatiré" du vocabulaire.



Présentation de l'éditeur

Il risque de pleuvoir d'Emmanuelle Heidsieck - éd. du Seuil - 125p., 15€.

Lors d’une cérémonie, Antoine Rougemont, la cinquantaine, observe l’assistance. Il y a l’épouse dont il est séparé, il y a quelques amis, et surtout une brochette de dirigeants haut-placés du monde des assurances privées. Un monde dont il est désormais tenu à la marge, car il n’a pas gagné l’impitoyable bataille qui se livre chaque jour dans le monde des affaires. On enterre son ex-belle-soeur. Il retrace dans sa tête le parcours des uns et des autres, hésite à se rendre à la réception qui suivra, avec son rituel d’hypocrisies. Il anticipe un futur tout tracé : celui d’une sécurité sociale privatisée où l’assuré doit rendre des comptes, tous les comptes, afin d’être prévisible et calculable.

Biographie de l'auteur
Elle a déjà publié deux livres de nouvelles : Territoire interdit (Syros, 1995), sur les sans-papiers, traduits dans plusieurs langues; Bonne année (éditions Du Toit, 1999), sur le chômage et un premier roman, Notre aimable clientèle (Éditions Denoël, 2005) sur le chômeur transformé en client de l’Anpe et des Assedic. Diplomée de Sciences Politiques à Paris, elle est également titulaire d'une maîtrise de droit et d'un diplôme de Columbia University. Journaliste spécialiste des questions sociales depuis 18 ans, elle a notamment collaboré à Politis, à Actualités Sociales Hebdomadaires et au magazine mutualiste Viva. Elle est actuellement journaliste permanente au Monde Initiatives, supplément social du groupe Le Monde.
 



Emmanuelle Heidsieck : la mort de la Sécu est un roman
Marianne2.fr
- propos recueillis par Sylvain Lapoix le 9 Mars 2008


Il risque de pleuvoir conte, à travers les réflexions de son héros, le démantèlement de l'idéal solidaire de la Sécurité sociale par les nouveaux patrons du monde de l'assurance. Titrisation du risque, accès aux données confidentielles et bienveillance de gouvernements libéraux… Une œuvre de fiction, vraiment ?
Antoine Rougemont est en plein doute. Cadre du secteur de l'assurance, cet homme « de droite progressiste » a vu les nouveaux maîtres du « capital risque » le dérouter de sa carrière, lui arracher sa femme et déboulonner méticuleusement la Sécurité sociale. Devant ses yeux, c'est la petite histoire de l'assassinat de l'esprit de 1945 qui défile. Et en premier lieu l'histoire de ces « nouveaux managers » qui ont perdu les bonnes manières, sortent tous des mêmes moules à élite et reformulent leur vision cynique du profit en slogans marketing emprunts de philosophie chinoise de cuisine.

Le rythme effréné de Il risque de pleuvoir est celui avec lequel le monde de l'assurance a remis en cause le principe de solidarité de la Sécurité sociale, en quelques années à peine, avec le consentement à peine voilé des gouvernements qui se sont succédé depuis 2002. Par les yeux de son héros, Emmanuelle Heidsieck, journaliste sociale, retranscrit l'inquiétude face à la société du risque
qu'essaient d'imposer les libéraux comme un nouvel ordre naturel. Un système où l'on gagne en spéculant sur les accidents de voiture et où les smicards doivent emprunter pour se faire faire des lunettes. Un monde à portée de bourse. Mais de bourse uniquement.
 



Mort de la Sécu: un roman mène l'enquête 

Dans "Il risque de pleuvoir", Emmanuelle Heidsieck décrypte les stratégies des assureurs pour privatiser le système de santé.
"Le tsunami, c'est bon pour les assurances." A la onzième page du roman d'Emmanuelle Heidsieck, le décor est planté: bienvenu dans un monde aussi illisible pour les profanes qu'il est déterminant pour notre avenir. Dans "Il risque de pleuvoir", l'écrivaine-journaliste décrypte une stratégie: comment les assureurs veulent s'emparer de la Sécurité sociale… en faisant main basse sur les données de santé. Glaciale anticipation.
Il y a trois ans, son premier roman "Notre aimable clientèle" (Denoël) avait suscité un intérêt d'initiés. Journaliste spécialisée dans l'actualité sociale, Emmanuelle Heidsieck y décortiquait les changements de l'ANPE, ou comment l'agence pour l'emploi s'adaptait d'un service au public à un service au "client". L'air de rien, sur un ton parfois badin. Trois ans plus tard, plus personne ne rigole à l'heure de la fusion Unedic-ANPE.


Un assureur old school se rebelle contre les requins de la finance
Alors, l'écrivaine récidive, mais cette fois en scrutant au plus près le monde grisâtre des assureurs. La scène? Un enterrement de première classe, où toute la profession parade. Le narrateur? Antoine, vieux crocodile au cuir épaissi par trente ans de métier. Antoine, cadre sup' mais prof' à Dauphine, catholique mais divorcé, bourgeois jusqu'au bout de ses vacances

à Courchevel mais rebelle quand il faut saboter la mécanique implacable.Bref, un assureur old school qui conteste les nouveaux requins de la finance.
L'enjeu ? Le contrôle des "données de santé", qui permettront aux grands groupes du secteur d'imposer un nouveau système de santé individualisé à l'extrême. En somme, une gifle à la Sécurité sociale française, solidaire et mutualisée. Dans la vraie vie, cette politique a été initiée par Alain Juppé à partir de 1996. (Voir la vidéo.)
 


Pince sans rires, subtil dans la description des humaines humeurs, le style d'Emmanuelle Heidsieck fait mouche. Au premier coup et aux suivants. Si le héros est un anti-héros, le méchant a tous les traits du gentil-grand-patron-aux-dents-longues: Alexandre Cadassus, X-Mines brillant, PDG de Ganax, remarié à l'ex-épouse… d'Antoine! Duel en double.
L'affrontement est terrible, dans un univers où un rictus est une insulte, où un mot de travers équivaut à un coup de poing dans la gueule. Sans jamais une once de trop, comme si l'activité d'évaluation des risques de l'existence menait à en soupeser le moindre aspect quotidien. Suprême intelligence. 

 

Rendre explicite ce qui ne l'est pas pour le commun des mortels
Le tour de force du roman est alors de rendre explicite ce qui ne l'est pas pour le commun des mortels. Ceux qui, par exemple, ne lisent pas les compte-rendus des "Entretiens de l'assurance". Serait-ce aussi un renoncement aux vertus du journalisme, puisque cela fait bientôt vingt ans que l'auteur décrypte ces stratégies dans les meilleures publications? "Pas du tout", répond-t-elle, "journalisme et roman sont complémentaires". (Voir la vidéo)
 

Si l'exercice pédagogique est pleinement réussi, les plongées lyriques sont à géométrie variable. Parfois abyssales, parfois obscures. Parvenir à extraire du non-sens de l'austérité aride de ce sujet est une manœuvre visiblement difficile à maîtriser. Mais -et c'est là le sel de la démarche à mi-chemin du réel et de la fiction- les perspectives évoquées font réfléchir. Ainsi de cette explication non-fortuite livrée à quatre pages de la fin du texte :
"C'est Benoît Durand ou c'est Alexandre qui a eu l'idée? Personne ne sait. L'effet de surprise a été total. Personne ne s'y attendait. Ils ont réussi à mettre la main sur le Medef. Intrigues, manœuvres, tractations, renversements d'alliance.
"C'est un véritable putsch qu'ils ont mené pour que le candidat soutenu par la banque et l'assurance prenne le pouvoir du mouvement patronal présidé depuis toujours par l'UIMM, l'Union des industries et des métiers de la métallurgie.
"Un élément déterminant dans l'opération «données de santé» puisqu'ils ont désormais le plus puissant groupe de pression à leur disposition."

Nicolas Sarkozy aurait-il, lui aussi, des vues libérales sur la question de la Sécurité sociale? Pour l'instant, ça paraît encore assez flou même si, ajoute Emmanuelle Heidsieck, "depuis 2002, on a des gouvernements qui sont favorables à l'entrée des assurances privées dans ce secteur". (Voir la vidéo.)

Anticipation, disions-nous, ou quasi réalité ?

Il risque de pleuvoir d'Emmanuelle Heidsieck éd. du Seuil - 125p., 15€.
 



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