TF1 Fondation, les quartiers fragiles ... et réflexions en vrac

Publié le par benedicte


TF1 Fondation, les quartiers fragiles ... et réflexions en vrac

Dernier glissement en date les banlieues, qui de "cités" puis "quartiers sensibles", viennent de passer à la dénomination de "quartiers fragiles" grâce à a baguette magique de TF1 ... ce que j'ai découvert grâce à sa pub mise sur la page d'accueil d'over-blog !

Déjà "sensibles" ça ne voulait pas dire grand chose et permettait de gommer l'état de relégation des habitants dans ces quartiers où les services publics sont quasi-inexistants, souvent mal desservis par les transports, en région parisienne du moins, où les taux de chômage et de pauvreté sont plus que largement au-dessus de la moyenne ... et où quand un employeur voit votre adresse sur le CV il le jette.
Des banlieues qui sont devenues des sortes de ghettos sans barreaux, laissées à l'abandon et dont la situation se dégrade depuis 30 ans dans l'indifférence, bien qu'il ne soit pas sur que ce soit tout à fait involontaire.

Non je ne fais pas dans la sensiblerie, c'est en gros la réalité, que l'on gomme par le vocabulaire, en mettant des mots relevant de la psychologie individuelle, sensible, fragile, des petits mots doux, anodins ... à mettre en parallèle avec la racaille à nettoyer au karcher, les cités nids d'intégristes et de dealers, les interventions musclées et médiatisées de policiers venant en nombre effectuer des interpellations, etc ...
Il ne vous viendrait pas l'idée de parler de cette manière d'un bidonville de Calcutta ou d'une favela de Rio, en le qualifiant de quartier sensible ou fragile. Favela, bidonville sont des mots qui vous font penser automatiquement à la misère, au dénuement, à la violence, la survie. Certes c'est moins dramatique dans nos banlieues, mais moins, ne signifie pas non dramatique. Banlieues ça évoque immédiatement des barres de HLM dans un univers de béton, "métro, boulot, dodo",
la pauvreté et maintenant les voitures brûlées, les émeutes. Mais quand vous entendez sensible ou fragile, bien que vous sachiez que ce sont les banlieues que l'on évoque, ces images ne surgissent pas, la banlieue est déréalisée, elle est un problème abstrait, faits de chiffres, de statistiques et l'on oublie les gens qui y vivent et ce qu'ils vivent.

On en parle que lorsqu'une une étincelle à mis le feu aux poudres et que ça explose, ou que des bandes rivales sortent de leur territoire pour aller régler leur compte dans les rues de Paris comme c'est arrivé il y a quelque mois. La situation et les causes sont connues depuis plus de 20 ans, elles n'ont cessées de se dégrader et rien n'a jamais été fait, parce que ces causes sont structurelles inhérentes à la machine à exclure et à créer de la pauvreté, inhérents aux choix de société que nous avons fait, aux choix politiques, sociaux et économiques.
Mais de la même manière, en présentant à ce moment là les problèmes comme résultant d'une minorité de "voyous" à mater ou emprisonner, opposés à une majorité de "braves gens" ne demandant qu'à vivre en paix, on occulte la réalité. De cette manière on fait passer les conséquences du problème pour les causes du problème ... ça permet de vendre le sécuritaire, et on est sûr de ne trouver aucune moyen de le résoudre. Les causes sont multiples, il n'y a pas de solutions miracles, mais un ensemble de choses à mettre en oeuvre dans le temps, immédiatement, à court, moyen et long terme, sans oublier en parallèle, de traiter les conséquences les plus problématiques en terme de violence et délinquance. Ce qui est une approche globale totalement différente, que de prétendre cette violence et délinquance, comme étant cause de tous les problème des banlieues et donc la seule priorité.

Mais tenter de poser les problèmes de fond (
misère sociale et économique des habitants, discriminations dont ils font preuve, l'enfermement qui en résulte, etc...), ce qui est la première étape lorsqu'on cherche réellement des solutions, se heurte immédiatement à procès de faire dans la victimisation ou le laxisme de manière irresponsable, de la part des politiciens ou d'experts. On se retrouve avec de faux débats, jouant sur les mots, éludant toute véritable réflexion de fond. Remarquable aussi de voir et écouter ces "spécialistes" pérorer entre eux, sans que jamais ne soit donné la parole à ceux qui y vivent.  Que le rappel incessant des "devoirs" occulte le fait que notre société ne remplit pas le devoir qu'elle a de faire respecter l'égalité de droit des citoyens, et que c'est une des raisons pour laquelle un nombre croissant de citoyens, en particulier chez les jeunes, ne se sentent aucun devoir envers elle, ayant en légalement des droits, dont ils sont privés dans la réalité sans avoir de moyens d'en obtenir l'application.

A ce titre le droit au logement opposable est une vaste fumisterie ... le droit au logement existe, c'est à la société de le faire respecter, l'esprit du droit est qu'il n'est pas aliénable, que rien ne peut être fait qui va à l'encontre de ce droit. Ce concept de "droit opposable" équivaut à dire que nous vivons dans une société de non-droit, que celle-ci a légiféré à l'encontre des droits individuels qu'elle était censée faire respecter, à l'encontre de l'esprit de justice où la loi a pour objet de faire respecter par tous l'égalité des droits de chacun, c'est à dire empêcher la spoliation de ces droits par un tiers. La loi de réquisition existe, mais elle n'a jamais été utilisée n'est-ce pas ? Est on capable de regarder en face les raisons pour laquelle elle n'a jamais été appliquée et ce que ça signifie ?

J'ai toujours dit que la majorité des gens n'étaient pas contre le système, mais seulement contre la place qu'ils y occupaient ... et tant que ce sera le cas, il n'y aura aucune changement d'orientation de cette société.

Petite illustration avec TF1 Fondation, une sorte de Starac de l'emploi pour décrocher un des 8 CDD de 2 ans dans les médias, la pub ou la communication, destiné aux jeunes des banlieues. Non ce n'est pas moi qui le dit c'est TF1 elle-même en mettant sur son site un article de Télé Loisir, ben oui ...  voir article ci-dessous.
Je ne doute pas qu'il y ait de nombreuses candidatures  aux castings et je peux le comprendre, mais c'est une bonne illustration de ce qu'explique Mona Chollet dans son dernier livre, voir l'article Mona Chollet : Rêves de droite - Défaire l’imaginaire sarkozyste ... une sorte de miroir aux alouettes, relevant du schéma du conte de fée ...

Une "TF1 Academy" pour jeunes des cités ! (télé loisir) 
Déplacements de ses stars de l'information, recrutement de CDD : la Une va investir dans la... banlieue.
Le 21 janvier dernier, c'est une vision plutôt insolite qu'ont eu les cinquante étudiants en BTS communication du lycée Galilée, à Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise : ce jour-là, Robert Namias, le patron de l'info TF1, et Harry Roselmack, monsieur "minorités visibles à la télé", avaient décidé de descendre de leur tour de verre pour les rencontrer, eux, les jeunes de la banlieue...
Delphine, une étudiante de 21 ans, raconte : «Ils nous ont dit qu'ils étaient bien conscients du "fossé" existant parfois entre nous et l'info de TF1. Qu'ils essayaient de valoriser la banlieue, même si, quand ça brûlait, c'était de l'actu et qu'il fallait bien en parler. Ils nous ont dit aussi que la chaîne n'avait pas de bord politique. Bon, après chacun aura son avis perso, mais globalement, l'intention était louable.»
Des raouts de ce genre, la Une en organisera bientôt d'autres en région parisienne (le 15 février à La Courneuve, mi-mars à Aubervillers, en avril à Saint-Denis), mais aussi à Marseille et à Lyon. Avec à chaque fois des journalistes maison.

«Dans un premier temps, nous nous sommes logiquement tournés vers Harry Roselmack, mais nous comptons aussi sur la présence de PPDA et de Claire Chazal», explique la déléguée générale de la Fondation TF1, Samira Djouadi, cheville ouvrière de ce rapprochement du géant de la télé avec les "quartiers". L'initiative la plus marquante restant sans doute la création de cette "TF1 Academy" visant à "colorer" un peu plus les effectifs. Jusqu'à mi-avril, les talents des cités, qui ne trouvent souvent pas leur place dans les filières classiques de formation (journalistes, scénaristes, réalisateurs, cadreurs, preneurs de son, etc.) sont invités à présenter leurs candidatures (dossier à retirer sur tf1.fr). Après un passage devant un jury d'experts, ils pourront ainsi espérer décrocher un CDD de deux ans. Chacun sera même parrainé par un collaborateur de l'entreprise.
Eric Le Bourhis

Publié dans Réflexions

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