Prédation économique et sociale du libéralo-capitalisme : autopsie dans les Ardennes sur le site Périphéries

Publié le par benedicte


Prédation économique et sociale du libéralo-capitalisme : autopsie dans les Ardennes sur le site Périphéries



C'est à lire en entier pour un état des lieux d'une société où l'idéologie dominante, libéralo-économique est tout aussi prédatrice de l'humain considéré comme une matière première jetable que de l'environnement (non abordé toutefois dans cet article), destructrice du tissus économique local autant que du lien social et où ceux qui en détiennent les rênes financiers ne sont que des pillards, des vautours, dépourvus des plus élémentaires valeurs humaines qu'eux. Un petit éclairage dans l'article est donné sur la polémique autour de la participation de Laurence Parisot aux malversations mises en place par l'IUMM la branche métallurgie du MEDEF dont elle est la présidente.


Arrêtons la casse !


Regardons la réalité en face et mobilisons nous pour non seulement ne pas accepter de continuer dans cette voie, mais pour en construire une autre, parce que c'est possible et indispensable.


undefinedL’entreprise, c’est la vie
Sacrées espèces et menteurs menacés


Ecriture, recueil de textes et d’images, montage par Thomas Lemahieu
Les grandes photos sont de Pierre Pytkowicz


Du kaki dans les yeux, des emmerdes plein la tête. Depuis des semaines, à Bogny-sur-Meuse, dans une cuvette au fin fond des Ardennes, une centaine d’ouvriers, parfois en tenue de camouflage, traquent leur dignité, leur honneur ou leur fierté, chapardés par un patron-braconnier. Le trou tombe en ruines ou - ça va plus vite - part en fumée. La mécanique du piège s’avère grossière : en promettant la main sur le cœur de les soigner, le viandard arrache les bêtes exténuées à la barre du tribunal de commerce ; il les dépèce (vente des stocks, des bâtiments, des terrains et des rebuts, transformation des machines en ferraille) et, avec la plus-value réalisée, se paie grassement, s’achète un meilleur couteau et repart fureter dans les sous-bois des vallées ardennaises. Des fois, pour le féliciter de son courage, de son zèle ou de son dévouement, les autorités locales le couvrent de cadeaux ; à force, il se constitue un modèle réduit d’empire. Le rapace règne, il est le roi du boulon, dans la bourgade même où, au milieu du XIXe siècle, la production industrielle de boulons a été inventée. C’est qui, le patron ?

Peripheries photo de Pierre PytkowiczDans le capital comme dans la capitale, c’est peut-être bien la guerre, c’est en tout cas du grand spectacle. Après avoir tergiversé pendant des mois, Laurence Parisot, la présidente du MEDEF, pilonne le bunker où est retranchée la « vieille garde » de l’UIMM, sa principale fédération... Qui le lui rend bien en minant la route du triomphe vers un patronat hyper-moderne, en froufrous roses et à la fraise tagada, voluptueux et totalitaire. L’entreprise, c’est la vie, c’est tout, et d’abord l’inverse, n’est-ce pas ?

Dans les Ardennes, ça se gâte : l’empire s’est écroulé, l’argile l’a englouti. Sur place, les licenciés en puissance, les vivants en sursis ont le mauvais goût d’arguer que le braconnier avait la cote dans la grande famille, chez les consanguins de l’UIMM et du MEDEF. Et réclament aux organisations patronales une indemnité de 50.000 euros par personne. Scandale dans le scandale. Ce ne sont pas deux histoires ; ceci est un carambolage.

Se faire baiser par l’avant-garde. Dans Libération du 13 mars 2008, le romancier français Eric Reinhardt rencontre la patronne des patrons français, Laurence Parisot. Les questions sont parfois plus longues que les réponses - c’est touchant -, mais le tout provient au fond du même tonneau. « Vous dites qu’il faut “sortir de la culture du conflit et de la suspicion”, et que “les parties autour de la table doivent cesser de douter mutuellement des bonnes intentions des autres”, lance Reinhardt. Vous avez raison, là se trouve le problème : la confiance. Il est important que les salariés n’aient pas le sentiment de se faire baiser par le MEDEF, et que le MEDEF n’ait pas le sentiment de parler avec des individus archaïques qui ne comprennent pas le monde dans lequel ils vivent. C’est un enjeu fondamental pour les années qui viennent, où nous serons conduits à réformer tous ensemble. » Et plus loin, Parisot jubile : « Je suis sûre qu’un jour le mot MEDEF sera synonyme d’avant-garde aux yeux du plus grand nombre. »

Moins que zéro. Avant la liquidation judiciaire, le patron n’a pas eu le loisir de remplir ses obligations syndicales à l’UIMM. Montrons-nous coopératifs : au 31 décembre 2007, le conglomérat de petites usines métallurgiques à Bogny-sur-Meuse (Lenoir-et-Mernier, LCAB, Gérard-Bertrand, Dauvin) et à Gespunsart (Jayot), rachetées à prix cassés en quelques années, faisait travailler 140 personnes (une petite vingtaine de salariés ayant été licenciés dès l’automne) ; au 7 février 2008, lorsque la mise à mort a été prononcée par le tribunal de commerce, l’effectif a été réduit à zéro. Néantisé ni vu ni connu - pas plus de détail sur les suites, sorry boss. Très cordial adieu.

Répétitif. Ils sont allés au tribunal de commerce ; ils sont allés à la préfecture des Ardennes ; ils sont allés à la gare où passent les TGV (et sur les voies de chemins de fer pendant quelques heures) ; ils sont allés sur des ronds-points dans des zones commerciales ; ils sont allés sur les carrefours à l’entrée de Charleville ou à celle de Mézières ; ils sont allés sur la rocade où la vitesse est limitée à 50 km/h ; ils sont allés à l’UIMM ; ils sont allés au MEDEF ; ils sont allés à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), avec la CGPME juste à côté ; ils sont allés au Conseil général ; ils sont allés devant les assises, ravalées en prévision des descentes de la presse nationale pour le procès d’un serial killer de fillettes ; une poignée d’entre eux sont allés au ministère de l’Economie, des Finances et de l’Emploi à Paris ; ils sont allés et revenus de tout.

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