Chantal Sebire : le droit de mourir dans la dignité.

Publié le par benedicte


Chantal Sebire : le droit de mourir dans la dignité.

Somme-nous capable de faire face à la mort ?

De quel droit, qui que ce soit peut prétendre interdire à une personne qui le droit de décider de sa propre mort, le droit de décider de mettre un terme à sa vie si cette vie n'en est plus une ?
De quel droit peut-on condamner quelqu'un à vivre contre son désir et sa volonté ?
Oui ça me choque, et me choque douloureusement, sans être sûre de trouver les mots pour exprimer à la fois l'injustice que ça représente, la consfiscation du droit à être seul dépositaire de sa vie (et donc de sa mort), la torture que l'on prétend avoir le droit d'infliger à l'autre tout en prétendant avoir la conscience pour soi car elle ne consiste pas l'infliger volontairement, mais passivement en refusant volontairement de poser l'acte qui lui permettrait de cesser ...


Chantal_sebire-copie-1.jpgIl n'y a aucune justification qui soit recevable sur le plan de la conscience, pour prétendre priver du droit à sortir de la souffrance, ceux ou celles qui choisissent en toute lucidité et connaissance de cause de mettre un terme à une agonie douloureuse et dégradante physiquement et/ou psychologiquement.
Quand l'existence n'est que douleur, la vie a cessé d'en être une, il est normal de se tourner vers la mort pour mettre fin à sa souffrance. Celui ou celle qui ne comprend pas la douleur de l'autre, la nie et prétend s'ériger en autorité ou censeur pour le contraindre à la subir, est dépourvu de sensibilité et ignore la compassion. Il cherche à se retrancher derrière la morale, la religion, la science ou la loi avec hyprocrisie pour donner l'apparence de la noblesse, à la lâcheté qui consiste à détourner les yeux de l'autre et s'éloigner le laissant se débattre sans espoir avec sa souffrance, pour ne pas faire face à sa peur de la mort.

Je suis conscience que la majorité des êtres humains sont hantés voire obsédés par l'idée de la mort au point de ne supporter d'y être confronté et tout faire pour l'éviter, et je finirais par écrire un article à ce sujet. Ce n'est pas en soi cette peur que je juge, bien que je ne la partage pas, mais de faire passer sa peur, d'une mort inéluctable appartenant au futur, avant la souffrance réelle et présente de l'autre, et de dissimuler cette état de fait, qui relève de la lâcheté,  en cherchant à lui donner le visage de la vertu sous-couvert de soi-disant grands principes ou valeurs. Ce que juge c'est le fait de nier que contraindre une personne à la souffrance en lui refusant l'aide qu'elle réclame et dont elle a besoin pour en être soulagée, la mettre hors de sa vue pour ne pas la voir ou se boucher les oreilles pour ne pas entendre ses cris de douleur et de détresse, est un acte de cruauté. Et nier cette cruauté, est une violence volontaire cette fois excercée à son encontre et accroissant sa souffrance.
La réalité est là et nulle part ailleurs. Aucune morale, aucun principe, aucune éthique ne permet de justifier cette torture infligée à son semblable, sauf  à en pervertir l'esprit et le fond, et en faire des coquilles vides afin de pouvoir les remplir à sa guise pour justifier la barbarie qu'elles cherchaient initialement à combattre.
Il ne faut pas confondre sensibilité et sensiblerie. D'une manière très schématique, la sensiblité est une ouverture à l'autre et la sensiblerie un apitoiement sur soi.

Chantal_sebire2.jpg Pour en revenir à la situation dans laquelle se trouve Chantal Sebire, je mets ci-dessous plusieurs articles dont une inteview et la requête qu'elle a écrite et je mets les photos, non pour faire dans le sensationnel et le voyeurisme, mais pour qu'elle ne soit pas un cas d'étude d'un supposé problème de société, de débat d'opinions contradictoires, etc... Elle est une personne réelle, sa souffrance tant physique que psychologique le sont aussi. Elle ne demande pas d'argent ou d'attention spécifique de qui que ce soit, elle demande pas que qui que ce soit fasse de même qu'elle, elle demande que la loi cesse de la priver de son droit à mourir dans la dignité et de criminaliser la compassion de ceux qui sont prêts à l'accompagner dans sa démarche ...

Et pour terminer sur l'hypocrisie de notre société et de la majorité d'entre nous, voyons quels sont les possibilités à sa disposition pour sortir de là si l'on persiste de refuser de lui reconnaître le droit de mourir dans la dignité, qu'elle ne devrait avoir à mendier à personne :
Aller en Suisse, Belgique, aux Pays-bas ou au Luxembourg pays où sa demande est recevable. Ce qui équivaut à lui dire d'aller mourir ailleurs, au lieu de nous déranger avec sa demande d'euthanasie, juste parce qu'elle veut "egoistement" mourir chez elle paisiblement accompagnée ...
Elle peut aussi se suicider si elle veut en se jetant d'un 10ème étage, s'ouvrir les veines, se pendre, s'axphyxier au gaz, etc ... là-aussi nous pourrions jouer un psychodrame collectif sur combien elle devait souffrir pour en arriver là qu'un tel drame ne devrait pas se produire, alors que ses demandes réitérées pour demander de mettre en douceur un terme à sa vie, sont autant de cris de douleurs que nous refusons d'entendre, sans compter que ce type de suicide serait profondément traumatisant et cupabilisant pour sa famille, je rappelle qu'elle a 3 enfants dont la dernière à moins de 13 ans ...

La seule chose qu'on lui propose est de la mettre dans le coma et maintenir son corps artificiellement en survie, la privant de toute conscience, la privant de ce fait de toute existence réelle, la transformer en morte-vivante reliée à une machine, jusqu'à ce que son corps finisse par lâcher. Là on atteint le comble de l'hypocrisie ou de la schizophrénie, puisqu'on lui interdit le droit de décider de se tuer elle, tout en lui proposant de la tuer en tant que personne, de tuer son âme / son esprit, tout en refusant de tuer son corps, ceci sans compter là-aussi la souffrance de la famille à qui l'on va interdire le travail de deuil tant que la médecine pourra maintenir artificiellement le métabolisme du corps désincarné de Chantal.
C'est proprement monstrueux. Elle refuse et elle a raison. Je refuserais aussi et en premier lieu comme elle pour ma famille.

Oui, Chantal doit avoir le droit de choisir de mettre fin à sa vie, de mourir maintenant, avant que son état n'empire, de pouvoir le faire chez elle, en douceur et accompagnée par ceux qui lui sont proche et qui parce qu'ils l'aiment seront à ses côtés pour qu'elle parte en paix. Et ce droit de Chantal, doit être un droit pour tous ceux et celles qui a un moment donné, peuvent être amenés en toute conscience, lucidité et sérénité, à faire ce choix.



Logo_ADMD.jpg Sur le Site de l'ADMD Association pour le Droit de Mourir dans la DIgnité, qui soutien Chantal Sebire dans ses démarches et milite depuis longtemps pour la modification de la  législation :



L'interview donnée au Monde par Chantal Sebire parue le 12.03.08

Chantal Sébire, "littéralement mangée par la douleur", réclame le droit d'anticiper sa mort

Chantal Sébire, 52 ans, souffre d'un esthésioneuroblastome, une tumeur évolutive des sinus et de la cloison nasale, qui lui déforme cruellement le visage. Cette maladie rarissime et incurable, au très mauvais pronostic vital, lui a fait perdre la vue il y a quelques mois, après le goût et l'odorat. La tumeur prenant des "proportions insupportables", sans rémission possible, Mme Sébire a écrit, le 6 mars, au président de la République, Nicolas Sarkozy, pour lui réclamer le droit de mourir.
Assistée de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Mme Sébire devait par ailleurs déposer, mercredi 12 mars, une requête exceptionnelle devant le président du tribunal de grande instance de Dijon. Invoquant la Convention européenne des droits de l'homme, qui protège le droit à la liberté et au respect de la vie privée, elle souhaite obtenir de la justice l'autorisation, pour un de ses médecins, de se procurer en pharmacie une potion létale, soit "le traitement nécessaire pour lui permettre de terminer sa vie dans le respect de sa dignité".

Depuis quand êtes-vous certaine de vouloir mettre fin à vos jours ?
Je le demande vraiment depuis la Toussaint 2007, au moment où j'ai perdu la vue. Mais j'y pense depuis bien plus longtemps, quand j'ai réalisé que je ne pouvais plus rien, et que, quoi que je fasse, je ne pourrais jamais arrêter la tumeur. Il n'y a ni solution chirurgicale ni solution médicamenteuse pour stopper ma maladie, qui évolue toute seule, comme un liseron autour du nerf olfactif. Aujourd'hui, je n'en peux tout simplement plus, ma situation se dégrade de jour en jour, la souffrance est atroce. Je me sens littéralement mangée par la douleur.

Pourquoi avoir décidé d'interpeller les pouvoirs publics pour demander la légalisation de l'euthanasie ?
Ce qui motive ma démarche, c'est l'incurabilité de ma maladie. J'ai rendu publique ma maladie pour faire valoir qu'il y a des gens qui sont dans des souffrances qu'on ne peut pas résoudre. C'est le dernier combat que je peux mener, s'il ne me sert pas directement, qu'il serve au moins à d'autres après moi.
La loi, aujourd'hui en France, ne permet pas, dans mon cas, de pouvoir décider du moment et des circonstances de mon départ. Elle a certes ouvert une voie, en permettant le "laisser mourir", mais n'a pas été au bout de son raisonnement.
Ce que je revendique, c'est que le patient, qui est comme moi en situation d'incurabilité et est encore conscient, puisse décider de sa mort, en accord avec son médecin traitant et après décision d'un comité médical.

Vous vivez chez vous, avec l'assistance d'infirmiers dans le cadre d'une hospitalisation à domicile, et un suivi par votre médecin traitant. Pourquoi ne pas accepter d'être hospitalisée, ce qui pourrait soulager votre douleur ?
Car dans ce cas, je perdrais toute conscience. Ce que la médecine peut me proposer actuellement c'est d'être plongée dans un état comateux ou semi-comateux pour essayer enfin d'abréger ma douleur, avec des antalgiques à haute dose, en tenant compte du fait que je ne supporte pas la morphine.
Je serais donc allongée et alitée, et j'attendrais ainsi la mort. Je refuse cette situation, car elle n'est ni adaptée à mon tempérament ni à ce que je subis.
Je ne veux pas que la société m'oblige à passer par cette étape, c'est une question de dignité. Je ne veux pas me présenter ainsi à mes trois enfants, dont ma petite dernière qui n'a que 12 ans et demi.
C'est moi la seule souffrante, c'est à moi de décider. J'attends déjà la mort au jour le jour, elle peut venir à tout moment, c'est comme une épée de Damoclès. Je réclame simplement le droit de pouvoir l'anticiper.

Que répondez-vous aux opposants à l'euthanasie, qui craignent les dérives potentielles d'une légalisation ?
Que c'est au législateur de s'assurer, dans la formulation de la loi, qu'aucune dérive ne soit possible. En Belgique et aux Pays-Bas, et depuis peu au Luxembourg, cette possibilité laissée aux malades en situation d'incurabilité n'a concerné que très peu de personnes, sans entraîner une augmentation suspecte du nombre de morts.
Il ne s'agit donc bien évidemment pas de faire des euthanasies à tour de bras, ni d'étendre cette possibilité à tous les cas de fin de vie, la plupart des personnes ne demandant nullement la mort. Il ne s'agit nullement de tuer, mais de poser un geste d'amour envers l'humain en souffrance en face de soi, d'accompagner vers ce dernier cap. Nous ne sommes pas des éternels vivants, ni vous ni moi. Je demande simplement que ce calvaire s'arrête.


Propos recueillis par Cécile Prieur

 


La dernière requête déposée par son avocat chez Yahoo France Actualités

Logo_AssociatedPress.gifL'affaire Chantal Sebire relance le débat sur l'euthanasie  
AP - Mercredi 12 mars, 18h55

PARIS - L'avocat de Chantal Sebire, une mère de famille défigurée par une maladie incurable, a annoncé mercredi avoir déposé une demande d'euthanasie de la part de sa cliente.
Cette ancienne professeur des écoles, âgée de 52 ans et mère de trois enfants, est atteinte depuis près de huit ans d'un esthésioneuroblastome, une tumeur évolutive des sinus et des cavités nasales.
Dans une requête déposée auprès du président du tribunal de grande instance de Dijon, dont l'Associated Press a obtenu une copie, l'avocat de la patiente, Me Gilles Antonowicz, demande qu'un médecin soit autorisé à lui prescrire dix grammes de penthotal pour mettre fin à ses jours. Il estime que "le caractère grave et incurable de la situation médicale dans laquelle elle se trouve (...) s'apparente à un cas de force majeure".
La justice rendra sa décision lundi sur cette requête.


L'avocat souligne que la loi Leonetti du 22 avril 2005 sur les droits des malades et la fin de vie "touche à ses limites" dans le cas de Chantal Sebire. "Dès lors, l'intervention du juge devient absolument nécessaire". Ce texte avait été adopté après l'affaire Vincent Humbert, ce jeune tétraplégique qui avait réclamé le droit de mourir. Il est mort en septembre 2003.
"Je pense que le juge ne fera qu'appliquer la loi Leonetti s'il nous donne satisfaction", a déclaré à l'Associated Press l'avocat, dénonçant un texte "ambigu". Dans cette loi, "on n'appelle pas un chat un chat, c'est une loi d'une hypocrisie rare".
"La situation exceptionnelle dans laquelle elle se trouve du fait d'une maladie non moins exceptionnelle s'apparente à un cas de force majeure justifiant une décision judiciaire tout aussi exceptionnelle qui seule est susceptible d'assurer le respect de sa vie privée, de sa liberté et de sa dignité", note l'avocat.
Pour Me Antonowicz, il s'agit d'une "demande exceptionnelle mais néanmoins légitime, en fait comme en droit".


Chantal Sebire souhaite ainsi "mettre elle-même, en pleine conscience, un terme à un calvaire de huit années, chez elle, entourée de l'amour des siens", souligne dans un communiqué l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). L'ancienne professeur des écoles n'a pas exclu de se rendre dans des pays où l'euthanasie est légalisée, comme en Suisse.
"Tout ce qu'elle demande, c'est un acte de compassion, un acte d'amour. Je pense que oui, avec le dossier que Chantal a déposé, avec la situation dans laquelle elle est, le juge pourrait très bien lui donner raison", a souligné sur France Info le président de l'ADMD Jean-Luc Romero, qui l'a accompagnée avec son avocat au tribunal mercredi.
La loi Leonetti sur la fin de vie crée un droit à "laisser mourir" en autorisant un patient à refuser toute "obstination déraisonnable" quand il n'y a plus d'espoir, sans légaliser l'euthanasie. AP

 

 

 

Publié dans Société

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