Stratégie politique du MoDem
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Je reprends ici 2 articles postés dans e-soutiens par Thucydide, qui sont de mon point de vue pertinents en terme de stratégie pour le développement d'un mouvement démocrate MoDem, du moins en adéquation avec ma propre vision. Et le sont toujours même si ce n'est pas cette stratégie et loin s'en faut que le MoDem a adopté.
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Pour une stratégie politique asymétrique
L'histoire bégaie (sur la stratégie de résistance)
Pour une stratégie politique asymétrique
Thucydide le 27/09/2007 lien e-soutiens
Il est peut-être temps de lever la tête de sur le guidon, et de regarder ce qui se passe.
Le Mouvement Démocrate que nous appelons de nos voeux a pour l'heure TROIS OBJECTIFS:
- NAITRE quoi que nous en pensions ou voulions, il n'est pas encore né. Et si nous continuons tous à vouloir "le Mouvement idéal", il ne naîtra pas. Il faut tordre le cou au canard de l'idéal démocratique: la démocratie, c'est justement l'acceptation que l'idéal est condamné à demeurer hors d'atteinte. La démocratie, c'est le compromis perpétuel. Cela ne veut pas dire que nous ne puissions formuler un idéal, au contraire. L'idéal est nécessaire, c'est "l'étoile qui nous guide la nuit"; mais l'étoile est, et doit demeurer lointaine, notre but est terrestre.
- SE STRUCTURER. Même les amibes ont une structure..... Pour l'heure, l'embryon de structure comporte en gros trois composantes, trois "acides aminés": les adhérents MoDem, les petits nouveaux, les écologistes, et "l'ancienne UDF" (dont incidemment je fais partie, m'étant inscrit à l'UDF en... Décembre 2005!). C'est un bouillon de culture intéressant, mais justement ce n'est encore qu'un bouillon de culture, une "soupe de Miller" sans arc électrique. L'arc électrique, c'est la fusion de ces trois composantes. Plus exactement, je parlerai d'alliage "à froid": il est important que pendant "un certain temps" ces trois composantes demeurent telles quelles. Ce n'est que plus tard qu'elles pourront se fondre avec fruit.
Convenez qu'il serait idiot de réclamer des écologistes qu'ils répudient leur approche écologique de la politique. Ils refuseraient avec raison. Alors pourquoi vouloir que les "anciens UDF" répudient leur propre approche? Je ne parle pas des pratiques; celles-ci sont du domaine de la "culture" (de l''expérience passée de la vie politique, ce qui est tout différent). Et c'est justement ces "cultures" qui doivent fusionner au sens propre cette fois. Mais PAS les doctrines originelles, qui elles doivent se mélanger.....
- ENFIN IL DOIT EXISTER . C'est bien beau de naître, encore faut-il le faire savoir: le bébé pleure (braille...) pour qu'on s'occupe de lui. Pour cela, bien sûr, il y a les élections. Or il me semble que la stratégie préconisée çà et là est erronée.
Il faut avoir les moyens de sa stratégie, comme il faut avoir les moyens de sa politique. Ou alors, il faut changer de stratégie.
Quels sont "les moyens" du Mouvement Démocrate?
Des adhérents assez nombreux.... et pratiquement rien d'autre! Ceux d'entre nous qui sont allés à Seignosse l'ont certainement entendu comme moi: il n'y aura aucune aide de Paris pour les Municipales.
Car le Mouvement Démocrate n'a pas de moyens propres. Les subventions gouvernementales prévues par la Loi seront attribuées à l'UDF. Et de toutes manières, le Mouvement n'est pas encore né légalement.
Dans le domaine militaire, se battre contre un adversaire qui a "les moyens" quand soi-même on n'en a pas s'appelle "guerre asymétrique", "guerilla" ou "résistance", et par dévoiement "terrorisme". C'est la guerre du fusil contre le char d'assaut...... Et c'est désormais bien connu.
Lorsque François Bayrou parle de "Résistance", il fait aussi allusion à la stratégie à adopter pour les actions immédiates: la "politique asymétrique".
L'action asymétrique a TOUJOURS un HORIZON A LONG TERME. Toutes les guerres d'indépendance ont été longues. Toutes ont suivi un canevas similaire:
- refuser le "contact": on ne frappe qu'à coup sûr (ce qui demande une longue préparation) et on refuse systématiquement l'affrontement rangé. C'était le voeu de l'Armée Française en Algérie que d'affronter le FLN en bataille rangée: il n'aurait pas tenu 24 heures. Enfin, c'était la théorie: à Dien Bien Phu, la bataille rangée a mal tourné....
- occuper les "vides": la montagne (FLN), les campagnes (Vietminh, IRA), la jungle (Malaisie). Laisser l'ennemi dans ses garnisons, ses forts, ses villes fortifiées.
- harceler les voies de communication. Pour asseoir son autorité, l'ennemi a besoin de relier ses points d'appui entre eux: c'est son point faible. Un "convoi" est une embuscade ambulante...
- bien sûr, désorganiser les activités "civiles". Le "syndrome de Stockholm" joue à plein quand les services quotidiens sont perturbés durablement. De plus, la nécessité de contrôle générée par l'insécurité a tendance à "monter" la population contre "les forces de l'ordre".
Enfin, le plus important, sans doute: le "recrutement":
- "les forces de l'ordre" auront tendance à s'appuyer sur les notables locaux, pour étayer les arguments de "ralliement" des populations. C'est quasi-mécanique: elles n'ont pas le temps, et sont contraintes à des résultats "rapides" sauf à voir pourrir la situation.
- "la Résistance", une fois acceptée l'hypothèse du long terme, aura le temps. elle recrute de préférence dans la population, et se fournit en cadre parmi les couches moyennes. Dans cette configuration, un Postier "vaut" beaucoup plus qu'un Maire qui sera de toute façon déconsidéré (par sa collaboration forcée ou volontaire), et un Agent de Maîtrise plus qu'un PDG.
Lorsque les circonstances deviennent favorables, alors et alors seulement le soulèvement général a des chances de succès (exemple: le Débarquement en Normandie). Auparavant, l'action la plus "payante" est le harcèlement et le renseignement.
D'où la stratégie que je propose pour les mois à venir, étant donné que notre manque de moyens matériels nous impose une stratégie asymétrique.
- utiliser notre "pouvoir de nuisance". Même en période de majorité confortable, les élections se gagnent toujours "à la marge", cette frange d'environ 20% d'indécis ou d'abstentionnistes potentiels. Dans ces conditions chaque voix compte, et nos "recommandations" peuvent dans un grand nombre de cas signifier la victoire ou la défaite. Dans ce cas de figure, il n'est même pas nécessaire de présenter une liste: faire campagne "pour" ou "contre" suffit à nous amener à la table des négociations.
- refuser le contact. Sun Tzu, le plus grand stratège de tous les temps a dit deux choses: "tirer l'épée en dernier ressort, car c'est un aveu d'échec", et "il y a des batailles qu'il ne faut pas mener, des fleuves qu'il ne faiut pas traverser, des villes qu'il ne faut pas prendre". Il faut manoeuvrer pour que l'adversaire déclare forfait: c'est tout l'art de la politique.Se battre est à la portée de n'importe qui; gagner sans se suicider (la "victoire à la Pyrrhus" de triste mémoire) est beaucoup plus difficile. Et les "alliances" sont des batailles rangées.
Tout comme d'ailleurs les grandes villes: les "points d'appui", les "forts" du système bi-partite actuel que nous dénonçons. Car là, ce sont des batailles rangées à mener, pour lesquelles nous n'avons pas le moyens matériels de la victoire, alors que l'adversaire les a.
- occuper les vides: "attaquer" les petites villes, les villages, des objectifs à la portée de nos moyens; "mettre le paquet" sur les Cantonnales. Nombre réduit d'électeurs et d'éligibles (les fameuses listes), aire géographique réduite: peu de moyens matériels à mettre en ligne, et meilleur impact sur les électeurs.
Le Maire de Paris ou de Marseille est "légalement" l'égal de celui de Vaison la Romaine ou de Saint Beauzille de la Sylve: UN MAIRE "comme les autres".
Les moyens à la disposition d'un Conseil Général sont sans commune mesure avec ceux d'une Mairie, aussi grande soit-elle. Plus discret, moins visible, le conseiller Général a plus de moyens qu'un Conseiller Municipal.
Maires et Conseillers Généraux sont décisifs dans l'élection des Sénateurs.
- jouer "la société Civile", les socio-professionnels contre les Notables. Artisans, commerçants, quelques professions libérales, mais aussi cadres, employés et Agents de Maîtrise, sans oublier naturellement les fonctionnaires, sont "l'eau" dans laquelle vivra le Mouvement pendant les années à venir. Partout où il y aura des listes, ils doivent être majoritaires. NB pour les pointilleux: la parité rigoureuse évidemment; dieu merci, les femmes ont suffisamment conquis le terrain professionnel pour que les termes employés ci-dessus soient devenus "neutres", ni masculin ni féminin.
36000 Communes, et 20 grandes agglomérations: le calcul "démocratique" (la loi du plus grand nombre) est vite fait: occupons les campagnes, les montagnes, le "désert français". A long terme, c'est l'ennemi qui pliera bagage.
Démocratiquement vôtre,
Thucydide
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L'Histoire bégaie
Thucydide le 09/10/2007 lien e-soutien
L'Histoire bégaie, c'est bien connu. L'ennui, c'est que nous n'avons pas de mémoire.
Bien entendu, l'enfantement du Mouvement Démocrate ne se fera, ne pourra se faire que dans la douleur. La vie n'a jamais été un champ de roses.
Beaucoup savent que "j'ai l'esprit militaire"; je n'en suis pas plus fier pour autant (voir le bilan de l'Armée Française depuis un siècle). Mais ça donne un certain esprit pratique en ce qui concerne les manoeuvres à faire pour atteindre un but; et surtout ce que ça va coûter.
Etat des lieux (redite, mais cent fois sur le métier...): le Mouvement est dans l'exacte position de tout mouvement de résistance:
- troupes "moyennement" nombreuses, mais éparses et menées par peu de chefs.
- moyens légers, et déficients en communications (oui, oui, malgré internet).
- (heureusement) aucune position clef dans nos mains (sinon, gare à la râclée, voir Glières et Vercors).
En face:
- gros moyens lourds.
- troupes nombreuses et bien entraînées (pas mal de mercenaires).
- tiennent toutes les positions clefs.
La stratégie "d'en face" est simple:
- tenir les positions et maintenir les grandes voies de communication (ah! ah! les medias!) "ouvertes".
- faire tout un battage là-dessus.
- enrôler le plus de chefs locaux possibles (en parlant de "ralliement"). Aucun occupant, dans l'Histoire n'a manqué de "collaborateurs", des "pragmatiques" pour la plupart, beaucoup d'opportunistes aussi, et quelques adeptes, quelques partisans honnêtes, les éternels cocus.
L'écueil principal "chez nous": la dissension. C'est déjà arrivé maintes fois: en Yougoslavie (luttes entre Cetniks et Partisans), en Pologne (Armiya Krajowa contre Partisans), en Algérie (Messalistes contre FLN). Chacun avait semble-t-il de bonnes raisons d'en vouloir à l'autre. Celui qui en a profité, chaque fois, c'était l'occupant.
Ce n'est pas par hasard qu'en 1943 se crée en Alger le C.N.R. fédérant tous les mouvements de Résistance: cela nous a évité une Guerre Civile en 1945 (en Grèce et en Yougoslavie il y a eu une Guerre Civile). Ce C.N.R. (Conseil National de la Résistance) a lui aussi accouché dans le doute, la défiance mutuelle et la douleur. Ce n'est pas nouveau. C'est idiot mais c'est comme ça: après tout, vouloir garder ses idées, est-ce si condamnable?
L'Histoire montre aussi une espèce de règle: l'occupant finit toujours par partir. Oh! ça peut prendre des années, mais c'est un fait. Souvent, l'occupant emporte des "victoires" (1943: la Gestapo décime la Résistance; 1957: les Paras gagnent la "Bataille d'Alger"; 1968: les Américains brisent l'Offensive du Têt), mais en définitive perd la guerre. Et il emporte dans ses valises les "pragmatiques".......
Un seul impératif: tenir. Vous croyez vraiment que les Résistants n'ont jamais désespéré, ni les Partisans, ni les Vietminh, ni les "fellaghas"? Ils ont pleuré de désespoir plus souvent qu'à leur tour. Certains ont "lâché", certains sont passés à l'ennemi. et ça aussi, il faut le regarder en face. Quelquefois, le prix à payer paraît trop lourd.
Nous sommes entrés en Résistance en adhérant au Mouvement Démocrate: il n'y aura sans doute pas de sang, mais il y aura de la sueur et des larmes.
L'adversaire, le "système" comme eût dit De Gaulle, est lourdement handicapé par un impératif: il doit gagner, sans cesse, encore et toujours. Il "sent" qu'il ne peut pas perdre une seule bataille. Donc, il est condamné à aller crescendo: toujours plus, plus vite, plus fort.
Nous, nous devons simplement "ne pas perdre": rester là, comme des chiens dans un jeu de quilles. Notre simple présence "les" empêche de dormir, de bouger de crainte de faire un faux pas et de se casser la figure. Et, simplement en ne perdant pas, nous gagnerons A LA LONGUE.
La Résistance, ce n'est pas pour les gens pressés.
Démocratiquement vôtre.
Thucydide
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